vient de paraitre :

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(déjà paru dans La Main Rouge)

Imbolc, ( environ le 1er février, soit le mois d’anagantios selon le calendrier de Coligny), qu’on appelle aussi Ambivolcios ( celtique ancien), est présidé par Brigantia, qui correspond à l’irlandaise Brigit, fille et mère du Dagda. Par ses attributions (patronne des poètes, des médecins et des forgerons avec un aspect guerrier) elle participe des trois fonctions celtiques. Elle correspond à la nouvelle lune, ascendante. Elle est une déesse vierge mais cela n’a rien à voir avec la conception chrétienne, triste et réductrice de la virginité, car elle ne refuse pas pour autant « les devoirs liés à la féminité ».

La fête est le pendant, symétrique, de Lughnasad (car c’est une constante des fêtes d’avoir chacune leur opposé symétrique, leur vis à vis qui vient l’équilibrer six mois plus tard), quand la Terre, fatiguée par les moissons, était redevenue vierge . Pour Imbolc, la Déesse, tout comme la Terre, sont toujours vierges mais l’une comme l’autre sont redevenues fécondables: la Déesse vierge est alors la préfiguration de la Déesse Mère. A ce titre elle est aussi la Déesse de fécondité, et donc associée à la Nature, au moment de sa correspondance avec le cycle saisonnier et agraire. C’est le début du Printemps.

Pourtant, Imbolc semble être un peu la fête mal aimée du festiaire celto druidique, celle sur laquelle on trouve le moins de témoignages, de survivances ou de pages d’étude consacrées (15 seulement dans « les Fêtes Celtiques » de Guyonvarc’h). On la sous estime un peu dans la mesure où l’on ne retrouve pas beaucoup de traces et que l’on ne sait pas grand chose à son sujet si ce n’est que les chrétiens l’ont récupérée, selon leur habitude, et consacrée à Ste Brigitte (avec quelques survivances folkloriques). On estime alors qu’elle n’était peut être pas très importante ou/et qu’elle n’était destinée qu’à la 3ème fonction. Raimonde Reznikov et d’autres auteurs avancent pourtant une théorie séduisante: les autres fêtes celto druidiques sont essentiellement connues grâce aux copistes chrétiens qui n’en ont pourtant laissé transparaitre que ce qu’ils voulaient bien. Si l’on ne sait presque rien sur Imbolc, ne serait-ce pas parce que c’était une fête ésotérique si importante (le 4ème pilier du monde, selon la Tradition) que les chrétiens se seraient efforcés d’en supprimer tout souvenir ?…

Comme symboles de la fête nous avons le Houx (Colenos) et le Bouleau (Betua), le signe astrologique du Verseau et la sève des arbres. C’est aussi une fête de Feu, la « fête des chandelles » où l’on fête le retour de la lumière.

Le Bouleau, étroitement associé à la jeune Déesse est l’arbre du commencement, un arbre de sagesse, d’illumination, de protection, de purification au sortir d’une épreuve, et de renaissance. En ce qui concerne la purification, il faut souligner le fait que la sève de bouleau est un diurétique, dépuratif, sudorifique, entrant dans les cures de printemps: que rêver de mieux comme produit de purification ?…

Comme Uranus (qui gouverne le signe du verseau), le bouleau (divination par les oghams) nous incite à remplacer ce qui est vieux et mauvais par ce qui est nouveau et bon, ce qui est la traduction même d’un nouveau départ et ce qui correspond tout à fait à ce moment de l’année.

Le Houx, lui, est symbole de protection et d’équilibre, qui sont deux notions complètement nécesaires à tout nouveau départ.

Avec la sève, on pense à la Vie, au Sang qui recommence à monter dans les veines d’une Nature qui s’éveille peu à peu. Mais on pense aussi au Soma des Hindous, symbole d’un breuvage d’immortalité (immortalité que symbolise aussi le Houx, toujours vert) qui ne s’obtient que par une « véritable transsubstantiation des sucs végétaux, laquelle ne s’achève que dans le monde des Dieux » (dictionnaire des Symboles).

Le rite le plus représentatif de la fête est la purification: « se laver les pieds, les mains, la tête ».

On admet généralement qu’Imbolc est une fête lustrale destinée à la purification après les rigueurs et les souillures de l’hiver. Mais la fête correspond aussi symboliquement à l’éveil initiatique et à la préparation qui aboutiront à la Renaissance de Beltaine. C’est une fête initiatique d’un passage primordial.

On sait que la tenue de chaque rituel nécessite une purification préalable. On comprend donc que cette purification est d’autant plus nécessaire quand il s’agit d’un véritable rituel initiatique. Et à cette occasion précise, la purification devient le rite lui même.

La purification se fait de deux manières:

1) par l’Eau (et l’on précise bien ici, « se laver les pieds, les mains, la tête »),

et 2) par le Feu: Imbolc est une fête ou le feu joue un rôle primordial puisqu’il symbolise le Soleil, source de chaleur et de lumière. Outre son rôle purificateur il est aussi le protecteur des hommes et des animaux (la fête est d’ailleurs aussi connue sous le nom de « fête des chandelles » et ces chandelles, parfois des flambeaux, sont restés dans certaines coutumes: processions,etc…)

Les aliments rituels d’Imbolc sont les crèpes, le miel et le cidre.

La crèpe est l’image du jeune Soleil, apparu au solstice d’Hiver, et qui commence à prendre des forces (les jours ont commencé à rallonger et la lumière à regagner un peu sur les ténèbres) mais elle peut aussi être l’image de la Lune dont la plénitude (attendue pour Beltaine) est annoncée par son premier quartier, image de la jeune déesse vierge qu’on honore lors de cette fête.

Je signalerai au passage qu’on peut faire un cidre de la sève de Bouleau. Quant au miel, on sait qu’il est à la base de l’hydromel, boisson d’immortalité, comme la Soma (et dans la préparation de laquelle il peut d’ailleurs être associé au cidre).

Les qualités propres du signe du Verseau qui gouverne Imbolc sont l’éveil de l’intellect et des facultés mentales, et l’ouverture de l’esprit aux idées nouvelles et à la spiritualité.

Dans la nature, le signe du Verseau correspond à la première assimilation de la graine semée (le stade de la graine enfouie correspondait au Capricorne) qui s’intègre au sol. Le germe de blé est donc la promesse du champ qui s’épanouira sous le soleil du Lion.

Le dictionnaire des Symboles précise: « le signe a été mis en rapport avec Saturne dans la mesure où l’astre libère l’être de ses chaînes instinctives et dégage ses forces spirituelles sur une voie de dépossession. On lui donne aussi Uranus pour maître qui remobilise l’être libéré dans le feu de la puissance prométhéenne en vue de se dépasser ». Et si « l’étoffe de ce type zodiacal est pour ainsi dire angélique, il existe aussi un Verseau uranien, prométhéen qui est l’être de l’avant garde, du progrès , de l’émancipation, de l’aventure ».

Cette image prométhéenne me parait personnellement plus en accord avec le sens de la fête en tant que « fête initiatique d’un passage primordial » et en tant qu’étape du Chemin entre le solstice d’hiver et le solstice d’été: Cernunnos pouvant être honoré à ces deux dates, à la première en tant que « lumière nouvelle », à la seconde comme « lumière renouvelée » ce que symbolise l’image astrologique de la chèvre cornue escaladant une montagne ( le Capricorne), le cheminement de l’homme cherchant à s’élever à l’image du cycle du grain de blé: le grain enfoui dans la terre pour mourir en hiver pour renaitre au printemps et porter les épis de l’été.

Si les jours rallongent, on remarque pourtant que l’hiver exerce toujours son emprise sur la terre. Néanmoins les graines qui dormaient jusque là en son sein, commencent à s’éveiller à une vie nouvelle: c’est du plus profond des ténèbres que nait la lumière, comme c’est de la mort que nait la vie.

C’est donc une fête d’ouverture de la vie, déjà contenue dans le sein de la Terre et c’est le retour du soleil qui permettra à ces graines de donner en été les fruits et les récoltes espérés. D’ailleurs, c’est autour de ce thème que tournent toutes les coutumes relatives à la crèpe qu’on a pu conserver: lancer la 1ère crèpe avec une pièce d’argent dans l’autre main, lancer cette 1ère crèpe sur le haut de l’armoire et l’y garder toute l’année, etc…Il faut dire aussi que la crèpe avait un effet pour ainsi dire multiplicateur: confectionnée avec de la farine, des oeufs, du lait, c’était l’espérance d’avoir de ces produits en abondance toute l’année. Enfin, souvent, autrefois, les paysans invitaient leurs voisins à venir manger des crèpes pour avoir une belle moisson ou pour préserver les blés de la maladie.

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D’habitude, même si j’ai collé sur ma boite à lettres un petit billet qui indique que je refuse les publicités, je reçois quand même chaque mois le bulletin municipal (comme si ce n’était pas en fait une méga-publicité en l’honneur de la municipalité -socialiste- de Poitiers auto-satisfaite …). Chaque mois, sauf ce mois de janvier … je suis passé à l’ as et je ne comprends pas trop pourquoi … Quoi qu’il en soit, si je n’avais pas trouvé l’écho chez l’excellent « des choses », l’info serait elle aussi, passée à l’as…

En fait je me suis demandé pendant un bon moment, si ce n’était pas une preuve d’humour … avant de me dire que non, décidément non, ce ne pouvait pas en être … vous avez déjà vu un dessinateur socialiste faire preuve d’humour

vous ? Un gaucho, pourquoi pas, un coco même peut être, ou un facho .. mais un socialo ? Nan, vous rigolez … connaissent pas l’humour les zozos, encore moins l’auto-dérision …

(photo : Notre Dame la Grande aujourd’hui)

J’ai déjà parlé de l’érection de la mosquée à Poitiers, déjà parlé de l’érection du minaret surtout, qui ne devait pourtant pas être, selon l’engagement des maitres d’œuvre… ( ) … mais je ne me serais jamais douté du raccourci qu’allait se permettre le dessinateur en question … pourtant, après tout, d’un monothéisme à l’autre, est-ce vraiment surprenant .?… en tout cas, découvrir l’église Notre Dame affublée de deux minarets laisse quand même rêveur …

(en bas à droite, Notre Dame la Grande affublée des minarets)

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Les chrétiens nous ont sciemment coupés de notre antiquité. Il ne nous est parvenu qu’un dixième de l’œuvre d’Eschyle, presque rien de Pythagore. Les transmetteurs possibles ont été assassinés, comme les Pythagoriciens d’Alexandrie, brûlés vifs, comme la mathématicienne et prêtresse Hypatie déchiquetée à coups de tessons de verre par la racaille chrétienne excitée par l’évêque Cyrille (canonisé). Ceux qui nous sont parvenus : Socrate, Platon, Aristote notamment, sont en fait des pré-chrétiens, négateurs de la réalité du monde sensible et de la valeur de la vie, ou des impasses de l’évolution comme les stoïciens dont l’héroïsme se situe sur fond de désespoir et de recours au suicide (il est dur d’être asservi à la nécessité, mais je ne vois pas la nécessité d’y rester asservi). Tout ce qui pouvait gêner l’implantation du judéo-christianisme, l’essentiel de notre âme a été anéanti.

[mais aujourd'hui] nous assistons à la phase finale de l’échec total de toute la philosophie judéo-chrétienne, tant dans sa version religieuse que dans sa version athée, tant au plan culturel qu’économique et politique.

Être révolutionnaire de nos jours, ce n’est pas seulement vouloir un changement socio-politique. C’est surtout savoir qu’il n ‘y a plus de solution pré-catastrophique, qu’il n’y a rien à attendre d’aucune idéologie, d’aucune proposition autorisée par le système, qu’il ne faut plus compter sur l’école pour instruire nos enfants, que l’appareil médiatique, tout autant que le politique, ne peut compter que des carpettes des lobbies, complices même à travers leurs infectes chamailleries, que le corps médical est gangrené et le lobby pharmaceutique des plus dangereux, que l’EDF est un État dans l’État, fauteur de gaspillage systématisé, d’information truquée, de danger atomique, que tout ce sur quoi on feint de nous informer est en fait un système qui consiste à nous faire raisonner sur des problèmes dont les données sont falsifiées, une comédie montée pour nous faire croire que c’est nous qui nous trompons lors de nos choix électoraux, alors que tous les candidats sont complices pour taire et falsifier les données fondamentales des plus graves problèmes.

Il n’y a plus de salut général possible, mais reste la possibilité des radeaux de sauvetage. C’est précisément ce que veut empêcher la crapulocratie (…). Il faut passer outre [et créer des réseaux de survie, en précisant] que la survie ne signifie pas une agonie plus lente que celle des autres, mais un nouveau départ optimiste selon une perspective millénaire (…). Tout est encore possible pourvu que nous soyons lucides et de volonté inébranlable.

Robert Dun

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Ça y est, Rivages a sorti le dernier Ellroy sur lequel je n’ai pu faire autrement que me jeter … Pour ne pas être complètement paumé, je me suis pourtant remis au début de sa trilogie parce qu’avec le nombre de personnages et l’imbrication des évènements, on a vite fait, si on ne suit pas bien, de ne plus savoir où on en est …

Donc, d’abord terminer American Tabloïd (pour lequel, à l’époque de sa sortie, le représentant du Seuil avait eu la gentillesse de m’avoir une dédicace bien déjantée de l’auteur), puis embrayer sur American Death Trip, pour terminer ensuite par Underworld USA, soit plus de 2000 pages au total… si j’en crois les quelques coups d’œil que j’ai donnés à ce petit dernier, Ellroy ne semble pas faire mentir sa réputation : qu’on en juge par la 4ème de couverture :

« 24 février 1964, 7h16 du matin à Los Angeles. Attaque d’un fourgon blindé de la Wells Fargo. Quatre convoyeurs abattus, trois braqueurs morts ; le quatrième a pris la fuite en emportant seize sacs de billets et quatorze mallettes remplies d’émeraudes.

C’est sur ce braquage, disséqué avec une maestria éblouissante, que s’ouvre Underworld USA, dernier volet de la trilogie commencée avec American Tabloid. Le narrateur reste dans l’ombre ; il a « suivi des gens, posé des micros et mis des téléphones sur écoute ». Il nous prévient que le livre est fondé sur « des documents publics détournés, des journaux intimes dérobés, la somme de mon expérience personnelle et quarante années d’études approfondies ».

Le récit lui-même peut commencer, suite directe d’American Death Trip. Eté 1968 : Martin Luther King et Robert Kennedy ont été les victimes de conspirations meurtrières. La Convention démocrate de Chicago est sabotée par des spécialistes en coups fourrés. Howard Hughes s’est fait escroquer dans le rachat des casinos de Las Vegas par la mafia. Les militants noirs se préparent à l’insurrection dans les quariters sud de Los Angeles, et le FBI, toujours sous la houlette de J. Edgar Hoover, utilise tous les moyens pour les détruire. A la croisée de ces événements, le destin a placé trois hommes : Dwight Holly, l’exécuteur des basses oeuvres de Hoover, Wayne Tedrow, ancien flic et trafiquant d’héroïne, et Don Crutchfield, jeune détective obsédé par les femmes. Dwight, Wayne, Don : leurs vies s’entrechoquent sur la piste de Joan Rosen Klein, la « Déesse rouge », et chacun d’eux paiera « un tribut élevé et cruel à l’Histoire en marche ».

En 131 chapitres et cinq parties au titre aussi évocateur que provocateur, ce roman noir et politique reconstruit les années les plus tourmentées de l’Amérique du XXe siècle, avec une largeur de vision et une profondeur stupéfiantes. Underworld USA est la flamboyante conclusion de la trilogie qui a placé James Ellroy au rang des « plus grands écrivains américains d’aujourd’hui », selon le Los Angeles Times Book Review. »

à mon avis, pour une fois, l’éditeur et le Los Angeles Times Book Review pèchent par excès d’humilité : il y a belle lurette qu’Ellroy est le plus grand…

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Avec Augiéras, tant de poncifs menacent ! Anti-héros de la Gesta dei per sceleratos, Saint inverti d’une Légende dorée mal fagotée, anachorète d’un âge atomisé, fusée constellée du feu d’artifice de l’Enfer, scribe maudit de paroles foudroyées. Sacer esto !, disaient les Romains, les dieux t’ont frappé de leur langue de feu, tu es intouchable, ton crime dépasse les limites de l’humain et du droit ! Tel Rimbaud, ainsi François Augieras : mort sur [un] lit d’hôpital, à Périgueux, le 13 février 1971, à 46 ans, soûl de misère et de vapeurs d’encens, pathétique malade au cœur amputé.

J’aime sa tombe, un parterre nu, à même la glèbe, paré en son centre d’un cercle de cailloux entourant une touffe de fleurs racornies, lopin de terre scellé d’une stèle rompue à l’arête supérieure, avec une simple inscription, en lettres capitales, du ciseau maladroit, enfantin, de son ami Paul Placet : AUGI et dessous : ERA et encore dessous, comme une caresse : S. Sur le guide Michelin, à l’article Domme, bastide où il tenta, dans une solitude presque absolue, d’abriter sa vie usée, aucune mention de la sépulture. On dit qu’il avait été question, un temps, de supprimer cette dernière. Pour faire de la place. Sort ironique pour celui qui n’en eut jamais de son vivant… On la cherche, on longe des caveaux familiaux (familles, je vous hais !), on a du mal à la trouver, elle est là, enfin, en lisière du cimetière, ombre naufragée sur la grève cimmérienne. En bas, c’est la Dordogne à la longue mémoire, aux eaux noires. Derrière le muret de pierres sèches bordant le jardin du promontoire, on se prend à voir avec les mêmes yeux du chaman qui se perdait dans ses rêves solaires. Où se trouve la grotte dans laquelle il se recueillait durant de longs jours et de longues nuits ? Et, revenant au bourg, tournant résolument le dos au triste hospice, penché sur la barrière du belvédère, on suit des yeux la lente courbe des eaux, ondulant comme une longue et sentencieuse couleuvre, le ventre plein de songes, au sein de cette « terre d’enchantement que les poètes ont jalonné », ce « lieu saint », « l’approximation la plus voisine du Paradis » (1).

Terre de présence, donc, parousia. Augiéras éprouvera toute sa courte vie, au contact charnel de ce sol, les vibrations telluriques qui relient aux splendeurs constellées. Car l’art se nourrit d’un terroir et le rend à la lumière. Et cette lumière porte loin. Des remparts de Domme, le regard vole jusqu’aux belles falaises, à l’horizon, et devine, là-bas, beaucoup plus loin, à Limeuil, où François résida quelque temps, la rencontre vénérable de la Dordogne et de la Vézère, qu’il descendit sur un radeau de Moustier aux Eyzies, avec Paul Placet (2), Argos mal ficelé qui sombra doucement dans les eaux lustrales. Il y a du Jason chez Augiéras, mais qui n’aurait pas trouvé sa Médée (à moins qu’il ne fût Médée). Son existence est piquée de micro-épopées avortées : ainsi lors de son engagement dans des mouvements de jeunesse plus ou moins pétainistes, ou bien au sein d’une troupe de théâtre traversant le Centre d’une France bientôt entièrement occupée, ou alors sous un uniforme de marin réformé, égaré dans une attente sensuelle et spirituelle, ou plutôt dans les monastères d’un Mont Athos dont il arpentait les chemins brûlant avec la peur des vipères au fond du ventre, vipères toujours menaçantes, même dans le sein de la Terre, à Domme.

On ne le prit jamais bien au sérieux. Dans l’atelier de Bissière, à Boissierette, dans les Causses du Lot, on le soumit à des besognes domestiques, avant qu’il ne se livrât à de magiques bouffonneries. Et dans ses expérimentations d’artiste gyrovague, il s’essayait à des peintures brutes sur des matériaux tragiquement périssables, comme des étoffes, des draps, des bandes de jute, ou des surfaces murales mal préparées, parfois destinées à l’oubli éternel, comme dans le blockhaus d’El Goléa,… (3)

Le Périgord est terre d’épopée humaine, la grande. La Vézère porte la souvenance des ancêtres primordiaux. Les remous du fleuve préhistorique nous basculent l’âme, cette chose qu’on a en commun avec les dieux et les escarpements ocres. Elle porte avec elle, dans ses eaux glacées, l’écho de troupeaux bondissant sur des parois torses, dans les tripes de la Terre, de Lascaux, Rouffignac, Fond-de-Gaume, Combarelles …, ces noms envoûtés…Terre de « la plus ancienne humanité », disait Pierre Chaunu (4), « qui entretient un rapport religieux métaphysique avec le cosmos, les autres et l’être ». Ici, ajoute-t-il, dans le Sud de la France, « 15 milliard de tombes ont enrichi notre sol ».

François Augiéras, lui, affirmait avoir, par sa mère, du sang slave, juif, mongol et hun. Barbare, se réjouissait-il. Son nom, vieux patronyme du Sud-Ouest viticole, remonte au latin médiéval adalgarius, « qui viendrait du germain adal garé, signifiant « noble lance » ». (5)

Jack Kerouac était homme de la route. Augiéras le fut, mais aussi homme de la poussière. Poussière des âges sur ses paupières émerveillées, lui qui se souvient avoir déjà vécu de nombreuses vies, poussière du désert algérien, d’où il ne s’achoppe, à El Goléa, limes paradisiaque d’un Empire suranné, qu’à un oncle-amant, terrible souverain d’« une sorte de bordj dans une oasis » (6), colonel, explorateur fameux, chroniqueur du Sahara, collectionneur d’antiquités africaines et de bêtes sauvages, féru d’études électromagnétiques et cosmologiques, prédateur féroce de chair fraîche, chasseur immoraliste, maître de volontés juvéniles qu’il ploie à ses impitoyables fantaisies sexuelles. Souffrance et jouissance …Poussière immémoriale de monastères orthodoxes, que des moines concupiscents et mystiques ouvrent pour découvrir des icônes aux regards tournés vers l’Un, au-delà de l’humain. Poussière du corps qui chute sur la terre avant de s’y mêler.

Car Augiéras recherche la Terre. Les étoiles qui dansent au-dessus des rondes adolescentes, sur les collines caniculaires, du temps d’un Maréchal cacochyme, s’enivrent des parfums terreux, engendrent les fleurs, les herbes et les corps fondus dans le feu qui sourd du centre pour se fondre avec la Lune. Nature vibrante, panique, riante. « Cet enlacement amoureux avec l’univers, physique et spirituel, Augiéras en a peu à peu approfondi l’expérience jusqu’à en faire l’aliment capital de son être. » (7). Par cette exaltation, il est bien plus grec que romain. Ses Géorgiques sont de l’ordre de la contemplation, non de l’action. Il ne sait pas chausser des sabots, ni jardiner, à peine sarcler les raves. Seulement inventer des rituels, des sortilèges. C’est un vates, un mage [revenant] « à la civilisation des astres, de la lumière et de l’or »(8), un brahmane, non un vaisya, encore moins un ksatriya. Un sectateur orgiaque du grand Tout.

Cependant, toute vie est un échec. Pindare le dit bien, que l’homme est l’ombre d’un rêve. Et il faut bien le rayon des dieux pour donner à son existence la douceur du miel. Toute génération est perdue. Depuis le Platonov de Tchékhov au moins, le problème central n’est-il pas celui des pères ? C’est qu’il y avait l’abîme, une immense flaque d’eau salée entre lui est son père. Celui d’Augiéras est mort avant que celui-ci fût né. 1925, Rochester. Le père, emporté soudainement, en pleine tournée de pianiste réputé, par une appendicite purulente avec perforation. Augiéras est posthume. Il recherche le père au pays des morts, au Mont Athos, parmi les rochers oubliés du Sahara, ou lové dans une grotte, au flanc broussailleux de Domme, comme les néanderthaliens ou les Cro-Magnon trouvés en position fœtale dans des tombes antédiluviennes, qui désiraient renaître, peut-être, comme Esprits, du sein de la Terre Mère, pour retrouver notre Père, le Ciel.

Il traverse donc la vie comme un songe obscur en quête d’éveil. Il est de là et d’ailleurs, de Chaldée, d’Egypte, de Grèce ou de la vallée de la Beune, de ce Périgord, « si proche de l’Asie » (9). « Tu n’es qu’à demi-incarné », lui révèle un astrologue. « Ton aventure est un peu celle d’un esprit, ta vie est un voyage parmi les hommes […] » (10). Son indifférence à l’égard des frivolités sérieuses de l’existence, comme le travail, le mariage, la morale, est celle d’un voyageur qui regarde l’activité des hommes par les fenêtres d’un wagon halluciné. Il file vers un terminus qui ne peut être que tragique. Car la vraie vie est ailleurs. Son corps est d’autre part. Il le torture par un dérèglement irraisonné des sens, le livrant innocemment à la « suprême immoralité », comme le Guhyasamâja-tantra l’affirme (11) : « la perfection peut s’acquérir facilement moyennant la satisfaction de tous les désirs ». L’abandon érotique alors devient réception du flux vital, androgynie, « homosexualité » (qu’il faut entendre dans un sens éminemment socratique, loin des stupres décadentes du ghetto), « masochisme » écartelé en quête de désintégration absolue, par laquelle le cuivre s’éveille clairon, et parfois humiliation de l’Idiot dostoïevskien.

Dévoiler ses propres racines est une tâche qui demande quelque franchise, même si l’on sait depuis Rousseau qu’elle ne va pas sans torsion. Il est bien entendu aussi que le récit de soi-même a toujours quelque chose d’inconvenant, que deux siècles de narcissisme romantique et freudien ne sont pas parvenus à rendre propre. C’est que la réalité ne ressemble pas toujours à l’épopée, ni à la tragédie pure. Il s’y mêle toujours un peu de sordide.

Augiéras n’a été ni adulte, ni héros, si être adulte consiste à se ranger, à ordonner ses idées pour les fixer comme des papillons, si être héros, c’est figer son image dans le miroir. Il fut un fol païen, admirateur de Rimbaud, de Nietzsche et de Schopenhauer, anti-chrétien, simple d’esprit, épris d’absolu. Il est probablement le seul écrivain contemporain à s’être pris pour un mutant !

Augiéras a ignoré mai 68. Il avait d’autres délires, moins politiques, plus essentiels. Comme Baudelaire après 48, il était antipolitique. Genet, lui, a été canonisé très vite par le pape de la subversion médiatisée, Sartre, qui décréta : « Genet est un moraliste ». Non certes un moralisateur, on l’aura compris, mais quelqu’un qu’on soit en mesure de comprendre. L’inversion a ceci de commun avec la règle qu’elle entre dans la même grille de lecture. L’Eglise a besoin de Théophiles pour mener le pécheur jusqu’à la plus grande gloire de Dieu. Ce que l’on admirait chez Genet, le paria, on ne l’aurait guère admis, chez son propre domestique. La bourgeoisie éclairée de France, pour qui le mot morale était un gros mot, ne pouvait néanmoins absorber et digérer certains mets qu’à conditions qu’ils fussent cuisinés à la sauce idéologique, assaisonnés avec un lexique intelligible pour elle. On n’admet Genet que dans une fresque à la Rivera, comme Saint François peint par Giotto.

Sauf pour Le Vieillard et l’enfant, Augiéras n’a jamais mis beaucoup de coeur à se faire connaître, même s’il a souffert de ce manque de reconnaissance. Peut-être Gide est-il mort trop tôt (les rencontre de Taormina et de Nice sont quasi post-mortem) ou bien lui manquait-il une librairie accueillante, comme celle que Lawrence Ferlinghett, à San Francisco, proposait à William Burroughs, Jack Kerouac, Allen Ginsberg. Et puis, vivre à Périgueux ou bien dans une maison perchée, louée par l’instituteur Paul Placet, en surplomb des Eyzies, haïr Paris le décadent, le refuser, l’exécrer, c’est, en France, un choix rédhibitoire quand, par quelque fatal destin, on se reconnaît écrivain.

Ses aveux étaient comme lui, trop clairs, trop primitifs, sans ces remords qui font excuser ou pardonner. Trop païen. Il était une matière trop brute, trop peu lavée au savon mondain, littéralement immonde, pas du tout stratège ni machiavélique, manquant d’entregent, un cynique au sens antique, un chien mal éduqué, l’un de ces cabots qui crottent au mauvais endroit, de ces malpropres comme le fut Arthur à Paris, au grand désespoir des gendelettres, ou Artaud le momo, celui qui gênait même les surréalistes.

Et il va de soi qu’en France écrire est un métier, une condition. Sous le Roi Soleil, Chapelain y avait mis bon ordre, et les salons ont fait le reste. Vivre de sa plume est devenu aussi acceptable que d’être universitaire, danseur titulaire à l’opéra, actionnaire à la Comédie française ou propagandiste. On a ses entrées, surtout quand on est d’une écurie ou d’un parti. Vivre sa plume sans pensée de derrière, c’est autre chose ! On appellerait cet écart, selon le canon classique, qui régit encore les métiers à main, le mélange des genres. Car la vie, c’est une chose, et la plume, c’est une autre…

Ce que l’on n’a pas pardonné à Augiéras, ce n’est pas tant d’avoir été en avance sur son temps (il est intempestif), mais d’avoir écrit sa vérité, sans fioriture, naïvement. Un sagouin ! Un Rousseau de la Vézère, en quelque sorte, aussi impudique que l’était l’écrivain suisse.

Il va de soi que nous avons plusieurs vies, pratiquement simultanées, ou parallèles. L’expression « Je est un autre » n’est pas une figure de rhétorique vaine. Les pulsions névrotiques de François, ses tendances sexuelles insolites, ses rapports haineux avec une mère (née Kaczinski, fille d’un comte polonais, qui, selon lui, porte trop les défauts de son origine : slave, donc esclave), sans oublier d’autres travers, comme ce complexe tenace de l’échec, qui le condamne à la marginalité comme un héros grec à son châtiment, tout serait pain béni pour les psychanalyses et les critiques un peu trop journalistiques (12). Il est nécessaire de jauger (de juger ?) Augiéras avec d’autres yeux moins contingents, délivrés par ailleurs de certains préjugés hérités de la weltanschauung judéo-chrétienne (qui, au demeurant, présente un corpus assez volumineux d’exempla sadomasochistes).

Il faut prendre Augiéras pour exactement ce qu’il est : un mystique, un être éminemment religieux, l’écrivain le plus pieux, le plus dévot de l’après-guerre, celui qui n’a cessé, au péril de sa santé, de son équilibre mental, de sa vie, de recueillir respectueusement dans son âme et son corps l’esprit de la Terre et du Cosmos, celui qui a pris au sérieux le lien que toute religion tente d’établir et de maintenir entre l’être de finitude que nous sommes et les forces universelles qui nous traversent. Augiéras a donné ses lettres de noblesse au paganisme. Ce n’était pas un païen de bibliothèque, ni un archéo-païen, adepte programmatique d’un tourisme nostalgique des hauts lieux de l’Antiquité grecque, romaine, celte et germanique. Partant cependant d’un passé doté de solides racines, il était résolument tourné vers l’avenir, mêlant vieilles pierres, champs de blé, astres aux édifices bétonnés à la géométrie futuriste, centrales électriques et hypothétiques plateformes d’écoutes des extraterrestres, ce « mythe moderne » (C.G. Jung). En plein cœur d’un siècle irréligieux, nihiliste, matérialiste, il a retrouvé le sacré hellénique, la pure sensation immédiate de l’Autre, du transcendant-immanent de la nature et du Cosmos. Ça et là, et même relativement souvent (car il faut aborder l’œuvre d’Augiéras comme un hymne), nous lisons, dans son style dépouillé, de longs passages lyriques, enthousiastes (dans son sens littéral), où toute l’intensité d’une fusion érotique entre le corps, l’esprit, le Tout du monde est exprimée avec un accent digne des plus grands mystiques et des plus profond poète. Il y a du Hölderlin, de l’Hypérion, chez Augiéras. Parfois jaillissent des éclats de ciel bleu, sidérations qui le ravissent comme des extases, comme aussi l’écume spermatique à la limpidité mouvante des eaux. (13)

Un moment clé mérite d’être signalé, qui soutient la comparaison avec la conversion de d’Augustin dans son jardin de Milan, un jour de juillet 386 : Tolle, Lege. Ici, ce n’est pas l’Ecriture sainte qui répond à la demande sollicitée, mais les signes qu’envoie la Nature. Il s’agit d’un épisode éruptif de son adolescence, lors d’un camp de jeunes organisé en Corrèze par la S.P.E.S. (Société Périgourdine d’Education Sportive, royaliste – 14). Les sensations qu’il rapporte, ses émotions, sa metanoïa rappellent irrésistiblement ce que l’on peut saisir de l’expérience brute et originelle de la religion grecque, pour laquelle toute manifestation de la nature est langage, rencontre avec le sacré : « Ah, tu existes, me dit [le petit bois]. – Eh oui, lui répondis-je sur le même ton, comme toi… » Les arbres, les ombres, les eaux son là et nous renvoient à notre présence. « Je reprenais un contact perdu. La peur de mourir s’effaça ce soir-là. » (15). Il se soumet alors à un rituel de passage, de conversion, il se déprend de la peau du « vieil homme » : « Humblement, […] j’appuyai mes lèvres contre l’écorce fraîche d’un arbre, et je bus à longs traits toute ma joie d’être au monde à nouveau. ». Puis, guidé par des jeune filles, qui sont autant de prêtresses initiatrices, [il descend] au ruisseau, […] [s]’y lav[e] le visage » : « Je m’y lavai de mon enfance triste, je m’y lavai du Christ ; et, plus que de l’eau, j’y puisai de l’âme, j’y puisai de l’amour et de l’envie de vivre ; j’y bus ma destinée quelques années parmi les forces de la Terre et du Ciel… » ; « Il y eut comme un silence, et je crus bien que l’on me répondit : -Toi aussi, je t’aime ; ne le savais-tu pas ? ». Un peu plus tard, dans la nuit, « mille pipeaux accompagnèrent nos jeux sous les étoiles dans la lueur de cent feux. » « Un grand cercle presque aussi vaste que le Ciel », noué par des mains fraternelles d’adolescents, tourne lentement « devant la Voie lactée », retrouvant « une bienheureuse éternité » et « l’unité primordiale ». (16)

notes

1 – H. Miller ; Le colosse de Maroussi; Editions du Chêne, Paris, 1958 ; p.10 et 11.

2 – F. Augiéras ; La Trajectoire; Fata Morgana ; Montpellier ; 1990.

3 – F. Augiéras ; Une adolescence au temps du Maréchal ; Editions de la Différence ; Paris ; p.339.

4 – Pierre Chaunu; La France; Editions Robert Laffont, Paris, 1982, p.37.

5 – in Serge Sanchez ; François Augiéras, le dernier primitif; Grasset, Paris ; 2006 ; p.15.

6 – F. Augiéras ; Une adolescence au temps du Maréchal; p. 177.

7 – Ph. Berthier; François Augiéras, l’apprenti sorcier; Champ Vallon, Seyssel ; 1994 ; p.47.

8 – F. Augiéras ; Les Barbares d’Occident; Fata Moragana ; Montpellier ; 1990 ; p. 42.

9 – F. Augiéras ; Un voyage au Mont Athos; Grasset ; Paris ; 1996.

10 – F. Augiéras ; Une adolescence au temps du Maréchal; p. 94.

11 – M. Elade; Le Yoga; Payot ; Paris ; 1983 ; p. 208.

12 – Ibid. « […] voir s’il existe encore quelque chose au-delà de ces conditionnements. »; p. 9.

13 – F. Augiéras ; Un voyage au Mont Athos; p. 176.

14 – F. Augiéras évoque souvent Pétain (« Comme je n’ai pas eu de père cela m’en faisait un, symbolique. » (Une adolescence au temps du Maréchal, p. 178). Il affirme plusieurs fois dans son autobiographie n’ « être [pas] entré vraiment » dans ce régime, ni dans une collaboration trop entachée par la férocité des brutes nazies. C’est bien possible, d’autant plus qu’il n’avait que 15 ans lors de l’Armistice. Cependant, outre que le paganisme germanique l’attirait, « comme un retour aux forces cosmiques, solaires » (p. 39) (de même que les jeunes soldats de la division Der Fürher, entrevus dans la neige, en gare de Limoges, à une heure et demie du matin, « en bras de chemise » (p. 91-92)), cet étrange régime occasionné par la défaite, cette parenthèse improbable de l’Histoire, avait soudain découvert les forces conservatrices d’une vieille France occultée par un Etat issu de 1789, un vaste mouvement provincialiste, proche de la Terre, paradoxalement accueillant pour maintes expériences artistiques (le Théâtre du Berger en faisant foi). Cette société sans pères (qui végétaient au Stalag), livrait les jeunes à eux-mêmes dans des communautés plus ou moins sauvages hantant les profondeurs des forêts, autour de feux et dans une étrange fraternité, société que d’aucuns ont vu comme les prémisses d’une civilisation d’avenir, « d’artistes et de poètes ». ( p.66).

15 – F. Augiéras; Une adolescence au temps du Maréchal ; p.47.

16 – Ibid. ; p.48.

reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur :

Claude Bourrinet

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Vient de paraitre :

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Rudyard Kipling est né le 30 décembre 1865 à Bombay

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The Stranger within my gate,
He may be true or kind,
But he does not talk my talk–
I cannot feel his mind.
I see the face and the eyes and the mouth,
But not the soul behind.

The men of my own stock,
They may do ill or well,
But they tell the lies I am wanted to,
They are used to the lies I tell;
And we do not need interpreters
When we go to buy or sell.

The Stranger within my gates,
He may be evil or good,
But I cannot tell what powers control–
What reasons sway his mood;
Nor when the Gods of his far-off land
Shall repossess his blood.

The men of my own stock,
Bitter bad they may be,
But, at least, they hear the things I hear,
And see the things I see;
And whatever I think of them and their likes
They think of the likes of me.

This was my father’s belief
And this is also mine:
Let the corn be all one sheaf–
And the grapes be all one vine,
Ere our children’s teeth are set on edge
By bitter bread and wine.

L’étranger qui passe mon portail,
Il peut être sincère ou aimable,
Mais il ne parle pas ma langue,
Je ne peux pas connaître son esprit
Je vois son visage et ses yeux et sa bouche,
Mais pas l’âme qui est derrière.

Les hommes de mon propre sang,
Ils peuvent faire le mal ou le bien,
Mais ils disent les mensonges que je connais.
Ils connaissent les mensonges que je dis,
Et nous n’avons pas besoin d’interprète
Lorsque nous allons acheter et vendre.

L’étranger qui passe mon portail,
Il peut être mauvais ou bon,
Mais je ne peux pas dire quel pouvoir le contrôle
Quelle raison gouverne son humeur ;
Ni quand les dieux de son lointain pays
Reprendront possession de son sang.

Les hommes de mon propre sang
Ils peuvent être très mauvais,
Mais au moins ils entendent les choses que j’entends
Et voient les choses que je vois ;
Et quoi que je pense d’eux et de leurs goûts
Ou qu’ils pensent de mes goûts.

C’était la croyance de mon père
Et c’est aussi la mienne :
Le grain doit former une seule gerbe
Et la grappe doit donner un seul vin,
Et nos enfants doivent se faire les dents
Sur le pain dur et le vin.

Rudyard Kipling (1865-1936)

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Jacques Laurent-Cély, né le 5 janvier 1919 à Paris, mort le 29 décembre 2000 à Paris, était un journaliste, romancier, et essayiste français, ayant notamment publié sous divers pseudonymes dont celui de Cécil Saint-Laurent, et élu à l’Académie française en 1986. Militant royaliste dans sa jeunesse devenu anarchiste de droite, son nom reste associé au mouvement littéraire dit des Hussards.

Jacques Laurent aurait aimé que les étudiants se constituent en une classe. Au lieu d’aller faire la cour aux ouvriers dans les usines (quand ils y allaient encore). Qu’ils admettent que le prolétariat s’est intégré au système capitaliste et a cessé de détenir une vocation révolutionnaire. Selon ses vœux, c’était à eux, les étudiants, qu’il appartenait d’inventer une classe dont le rôle serait essentiellement critique.

Il considérait que dans une société de consommation, l’action révolutionnaire devait prendre une autre forme qu’au XIXe siècle et au début du XXe. Qu’elle devait reposer non pas sur des revendications élémentaires, mais sur une exigence intellectuelle et spirituelle.

Mais il fallait que les étudiants soient à la hauteur de cette entreprise en remettant en cause des habitudes de pensée, issues de la mode qui les conduisent trop souvent à bêtifier. Il fallait qu’ils s’insurgent « en faveur des hommes contre les schémas ».

Mais ils ne furent pas à la hauteur … et ils ne le sont pas plus aujourd’hui …

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On ne voit bien souvent en Jean Fontenoy, au mieux, qu’un écrivain journaliste passé du parti communiste au PPF de Jacques Doriot. Au pire, et bien, on ne voit rien du tout, parce qu’il est carrément oublié. On se souvient pourtant d’André Malraux mais il est vrai qu’il appartenait au camp des vainqueurs et que Fontenoy, en tant que réprouvé, ne mérite que la fosse commune de l’Histoire. Pourtant, Dominique Venner voit en lui un « être d’exception » et quand il le compare à l’auteur de « la Voie Royale », il en fait « une sorte de Malraux sympathique, plus aventureux et plus vrai ».

C’est en outre, un véritable héros de roman qui figurerait avantageusement aux côtés des personnages d’Hugo Pratt : Pratt et Corto eux mêmes, mais aussi Raspoutine, le Baron Ungern, le général Enver Pacha, Butch Cassidy, Jack London, le Baron von Richthofen, et tous les autres…

Né en 1899 dans une famille paysanne, à 17 ans, il fréquente les milieux ultra-anarchistes. Ce qui ne l’empêche pas, mobilisé à la fin de 14-18, de décrocher un galon de sous-lieutenant et la croix de guerre. Il est attiré par le bolchevisme, mais comme il méprise la copie française, il veut aller sur place pour découvrir l’original. Il s’inscrit à l’École des langues orientales, apprend le russe et le chinois (déjà il lit Sophocle et Ovide dans le texte) et se fait envoyer à Moscou pour l’agence Havas. C’est une période de grands reportages et de grandes déceptions : en 1925, les fonctionnaires, qui vont faire le succès du régime , ont déjà remplacé les exaltés… Alors Fontenoy va traquer la révolution jusqu’en Chine : il y fonde le « Journal de Shangaï », devient conseiller de Tchang Kaï-Chek, mais s’intéresse, dit-on, surtout à la jolie femme du maréchal, Song Meiling . Parcourant le pays à cheval, la main sur le pistolet, il assiste aux exploits d’un général chrétien qui baptise ses troupes avec une lance d’incendie

Déçu et guéri du communisme et du « tiers-monde », il lorgne du côté du fascisme. Après un rapide passage aux Croix-de-Feu, il adhère en 1936 au PPF de Jacques Doriot, mais le quitte à l’époque de Munich. La brouille, très personnelle, sera durable. Il se fait connaître par la publication de ses romans et de ses reportages. Entre temps, il bourlingue dans l’Europe qui bouge : en Allemagne, où il rencontre Otto Abetz, en Pologne, en Hongrie, au Portugal, en Espagne où il fait le coup de feu avec les nationalistes à Irun. Dans cette vie bien occupée, il trouve pourtant le temps de traduire Tolstoï pour la Pléiade et d’épouser Madeleine Charnaux, aviatrice célèbre qui partage ses options politiques et qui mourra de la tuberculose en 1943.

En janvier 1940, il s’engage dans l’armée finlandaise pour combattre l’Armée rouge. Il a le visage gelé et le maréchal Mannerheim, commandant en chef des forces finlandaises , lui offre un poignard d’honneur. A Paris, en juillet 1940, puis à Vichy, il sert d’intermédiaire entre Abetz et Laval et se lance dans les tourbillons de la Collaboration. Après un nouvel accrochage avec Doriot, il devient l’un des chefs du MSR du cagoulard Eugène Deloncle, et fait également partie de la direction du RNP de Marcel Déat. A ce titre il participe à la fondation de la Légion des Volontaires Français contre le bolchévisme en 1941 et, contrairement à d’autres, part se battre en Russie. Chef de la section de propagande, il se fait muter au 1er bataillon, pour participer aux combats devant Moscou en novembre-décembre 1941. Il fait toute la retraite à pied dans des conditions effroyables puis ses démêlés avec Doriot lui valent d’être renvoyé à Paris. Il y fonde l’hebdomadaire « Révolution nationale ». On le décrit alors comme ne s’éloignant jamais de son « calibre » et passant beaucoup de son temps à « téter le bambou ». Ayant suivi la retraite allemande à la fin de 1944, il se tue dans les ruines de Berlin d’une balle de pistolet, le jour de l’entrée des troupes soviétiques en mai 1945.

Dans « Péché d’orgueil », son ami Lucien Combelle le mettait en scène en 1942, déjà désabusé :  « Quand ce fascisme pour lequel nous nous défonçons prendra le pouvoir, supposition docteur ! Supposition ! Que fait-il de nous, le fascisme ? Eh bien il nous fout en taule, toi et moi, docteur, en taule pour mauvais esprit… »

Source : Dominique Venner : « Histoire de la Collaboration ».

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