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Bruno Gollnish, vice président du FN avait déja été condamné en Première Instance à 3 mois de prison avec sursis et 5000 euro d’amende. Cette condamnation vient d’être confirmée en appel, augmentée de 39 000 euro de dommages-intérêts à verser à neuf parties civiles. M. Gollnish a été reconnu coupable de “négationnisme par insinuation“(…) pour avoir déclaré “je ne nie pas les chambres à gaz homicides mais je ne suis pas spécialiste de cette question et je pense qu’il faut laisser les historiens en discuter et cette discussion devrait être libre”.
La charge de la preuve en droit français appartient au demandeur …elle s’en trouve, ici, singulièrement facilitée

(mardi 26 février 200 8)

La vanité, en général un tampon servant à cacher à soi-même et aux autres un sentiment d’infériorité, lui même presque toujours lié à la peur (de ne pas être reconnu, de ne pas être accepté, d’être rejeté) peut se greffer comme un aspect particulier, sur d’autres traits de caractère. Elle peut donc être un aspect de l’orgueil, mais c’est loin d’être toujours le cas.

La vanité est basée sur la non-sincérité, l’orgueil est basé, lui, sur l’utilisation d’une sincérité illusoire.
L’orgueil utilise des attitudes de supériorité. On se retire dans sa tour d’ivoire. Mais ce sentiment de supériorité cache un sentiment d’infériorité; par exemple dans les situations qu’on n’arrive pas à maîtriser.
La vanité cherche en général à se concilier les autres -on se vante pour exister aux yeux des autres- par l’abnégation apparente ou en cherchant à en imposer.
L’orgueilleux dédaigne les autres. Contrairement au vaniteux qui veut toujours en mettre plein la vue, il est silencieux, trop fier pour parler de lui. Le vaniteux veut être le meilleur, il veut être aimé, plaire, il veut avoir raison, être remarqué. L’orgueilleux, lui, préfère s’abstenir de faire quelque chose quand il sait qu’il risque de ne pas le faire parfaitement, ou bien il se trouve des justifications à l’avance. Il essaie toujours d’éviter la possibilité de l’échec et fait tout pour éviter d’être dans cette situation. Donc il ne prend pas de risque.
Les deux peuvent être mêlés quand il y a désir d’être reconnu, aimé, et peur. La vanité aimerait faire quelque chose pour être en vue et l’orgueil tire en arrière parce qu’il y a risque d’échec.
Quand il y a blessure (pour l’un comme pour l’autre la moindre remarque est une blessure), la vanité blessée fuit, l’orgueil contre-attaque et devient violent. La vanité est liée à l’image très extérieure qu’on a de soi, qui s’effrite quand elle est blessée, alors que l’orgueil, lié à l’image intérieure qu’on a de soi, ne peut courir le danger de se laisser effriter : il réagit donc avec violence.
Celui qui n’a plus d’image de soi à donner aux autres est tout simplement lui même. Ce que les autres pensent ou disent de lui n’a plus aucune importance puisqu’il fait tout le temps ce qu’il y a à faire.
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Avant d’avancer sur le Chemin:

-on pense que les autres nous doivent quelque chose
alors qu’il faudrait considérer qu’on doit quelque chose aux autres;
-on imagine pouvoir changer les autres,
alors qu’il faudrait s’efforcer de donner de l’espace aux autres;
-on croit que la vie nous doit quelque chose,
alors qu’il faudrait savoir que la vie est une école;
-on pense que l’homme est conscient, qu’il a un moi unique et est capable de volonté,
alors qu’il faudrait s’efforcer de combattre le fait que l’homme est endormi, multiple et sans volonté réelle;
-on croit savoir ce qui est “bien” et ce qui est “mal”,
alors qu’il y a seulement des “trop” et des “pas assez”, et qu’il importe seulement de changer ce qui nous fait souffrir.
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Le vaniteux doit apprendre à se taire. L’orgueilleux devra apprendre à ne plus se réfugier dans sa tour d’ivoire.
Par ailleurs, l’activité à cultiver est de faire des actes d’humilité. Il y a aussi l’humour qui sauve les orgueilleux et les vaniteux s’ils arrivent à ne pas l’utiliser quand celà les arrange, pour dénigrer les autres par exemple, ou pour se moquer, et à l’exercer à leur propre dépens.
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L’orgueil est une fierté en déséquilibre, d’une qualité elle se transforme en défaut …
La Voie Païenne est l’Equilibre dans toutes choses.

“C’est en étant fort de son identité que l’on peut être prêt à accepter la différence. Encore faut-il qu’elle ne nous soit pas imposée.”

(Dimanche 17 février 2002-200 8)

On n’est pas encore dimanche et on n’est plus samedi … en fait il est minuit et comme je ne peux pas dormir je descends fumer une cigarette dans le hall où je trouve installé … Sharad qui est là depuis une heure … il n’avait pas osé monter, craignant de nous réveiller… Il a des cadeaux pour nous, une statuette de ……. Shiva pour moi et pour France un plant de Tulsi dont le blog “l’Inde où je vis” (dont j’ai donné le lien au début de ce voyage) dit :
“Le Tulsi (basilic) est regardé comme l’épouse de Vishnu. Cette plante sacrée que les hindous cultivent en pot dans les temples et à leur domicile apporte le bonheur. Il lui font des Puja chaque matin, et y mettent une emphase particulière lors du mois de kartik, (oct-nov) consacré à Vishnu, avec le mariage du Tulsi. Une lampe à huile brûle devant elle. On considère que mettre des feuilles de Tulsi dans l’Eau la rend aussi pure que l’Eau du Gange (Ganga jal). On met une feuille de Tulsi dans la bouche d’un mort pour le purifier.”
Un joli cadeau en vérité, mais “mon” Shiva est aussi très beau, sans doute ancien …à Mc Leod Ganj, moi, je lui avais donné mon harmonica…
Jusqu’à 2 h dans la chambre, il parle sans arrêt et France et moi en arrivons vite à une complète saturation … je comprends quand même qu’à mon sujet il dit que je dois avoir trop de pensées en tête -sur les gens, sur les choses, etc.- et qu’il faudrait que je les écrive pour débarrasser mon esprit et en même temps y voir plus clair … il a bien su lire en moi le bougre et su discerner mon agitation mentale …
Quand nous voulons partir, les employés de l’hôtel qui ne sont toujours pas couchés (mais bon c’est vrai que s’ils dorment dans le hall on doit les déranger pas mal …) insistent pour qu’on paye les trois dernières nuits. Il n’a jamais été question de ça et on est persuadé qu’on a déjà payé l’Agence pour ça précisément, alors on les renvoie à Bablu. Et c’est ce qu’on fait aussi pour le chauffeur de la voiture qui vient nous chercher : pas question de le payer directement comme il le réclame, qu’il s’adresse à Bablu. D’ailleurs, on s’offre une petite peur quand il nous demande s’il doit nous emmener à l’aéroport international ou l’aéroport domestique … pas la peine de se fier à leur dénomination, il nous précise que l’un comme l’autre présentent des vols internationaux … Alors plutôt que répondre au hasard, France demande à son pendule qui penche pour le premier: bingo ! gagné ! ouffff………….
Nous y retrouvons Anne qui est allée à Haridwar (quand nous y étions aussi), Agra et Jaïpur et nous commençons à échanger ce qu’on appelle désormais nos “souvenirs” …
A l’aéroport, je suis “aux oiseaux”, je perds mon billet, je ne retrouve plus ni ceci ni celà alors que je l’ai sous le nez … y a de la fatigue dans l’air … et puis des anecdotes bizarroïdes : à la Sécurité par exemple on me confisque la boite d’allumettes que j’ai dans la poche de pantalon mais pas celle dans mon coupe-vent …
Nous arrivons à Paris vers 15 h, heure locale, où France s’aperçoit qu’elle a perdu son plant de Tulsi, récupérés par le frère de France presque une heure et demi plus tard, parvenus à Poitiers dans la nuit où j’éprouve une certaine excitation à me retrouver bientôt tout seul et (curieux, non ?) impatient de me mettre aux “Fragments d’un enseignement inconnu” d’Ouspensky dès demain …

ben voilà, c’est fini …..

Namasté.

(Samedi 16 février 2002-200 8)

Notre dernier jour ici. Après une douche de mise en forme … tiens je m’aperçois que dans les choses dont je n’ai pas parlé figure la douche indienne que j’affectionne tout particulièrement …il faut d’abord parler de la salle de bains qui est entièrement carrelée avec un trou au milieu par terre … le but du jeu est donc de se savonner si on en a envie et de se rincer ensuite avec une sorte de broc, un récipient qu’on remplit d’eau au robinet… c’est curieusement très agréable et particulièrement économique … Donc, après une douche de mise en forme, je passe une bonne partie de la matinée à me balader dans le quartier, à naviguer entre les tranchées qui, par ci par là, éventrent les rues, les animaux en nombre, les véhicules vociférants, les passants affairés … dans un état de bonheur sans taches … j’achète des couverts, je me doute bien que les fourchettes surtout ne résisteront pas à un morceau de viande même pas coriace mais ils sont plutôt jolis, et encore une ou deux statuettes de Shiva.
inde-20-2002-2008-052.jpg Avec France, nous restons un bon moment à prendre le soleil dans le petit jardin public au pied de l’hôtel, puis nous mangeons très copieusement dans un restaurant végétarien. Je n’arrête pas de m’émerveiller devant les couleurs des légumes et leur diversité, et leur goût !!! enfin une cuisine végétarienne qui donne faim … inde-22-2002-2008-055.jpg celle que j’ai pu “essayer” en France est tellement triste … et d’une fadeur …Nous retournons ensuite dans le jardin où je somnole tranquillement pendant plus d’une heure, les pieds nus sur la terre fraîche. En fait, on attend Sharad qui devait passer nous prendre en voiture pour un dernier tour dans le centre de New Delhi … je voudrais notamment y changer mon pendjabi acheté chez le Sikh qui, sans doute parce qu’il n’en avait plus en stock, m’avait soutenu qu’on ne faisait pas de pendjabi en coton pour pouvoir m’en vendre un en synthétique … Pas de Sharad, alors nous partons une nouvelle fois à pied … Je cherche une édition de Sherlock Holmes en Hindi pour Patrick, mais en vain, en revanche j’achète encore quelques objets et France des vêtements … nous sommes un peu perdus et un môme se propose pour nous piloter… l’élémentaire bon sens voudrait qu’on se méfie mais nous sommes toujours en état de grâce et on se laisse faire … bon, c’est vrai qu’il nous conduit où il veut, mais après tout comme on n’a pas de but bien précis, ce n’est pas vraiment un problème …Et finalement on l’emmène dans un petit resto pour lui offrir un repas qu’il avale goulument …et avec ce qui ressemble bien à de la reconnaissance … Avant de rentrer à l’hôtel, une question que je me pose depuis sans doute notre arrivée et que je n’ai pas pensé à poser à qui aurait pu me répondre, c’est de savoir ce que les indiens peuvent bien faire sur les toits des maisons et des immeubles … il y en a partout, à côté d’espèces de gros réservoirs … de l’eau ? pour la lessive ?…inde-21-2002-2008-049.jpg
Sur la petite place rond-point juste à côté de l’hôtel, sur les barres d’acier qui l’entourent, du linge avait été étendu pour sécher et France, au moment de partir, y avait ajouté son pantalon qu’elle venait de laver : il est encore là à notre retour, ce qui franchement m’épate beaucoup et j’imagine juste en vitesse le même truc en France : rigoureusement impossible à mon avis … dans le petit jardin, c’était pareil, France avait déjà mis son pantalon et un châle à sécher sur les petites haies ce qui avait sans doute semblé tout à fait normal aux gens qui passaient qui n’y avaient absolument pas prêté attention …
J’ai nettement l’impression que depuis notre arrivée, nous avons passé un certain nombre d’initiations avec succès et franchi quelques murs …
Il est 19 h45 et nous n’avons toujours pas de nouvelles de Sharad alors que nous devons quitter l’hôtel à 2 h du matin, mais comme France ne semble pas du tout inquiète, je décide qu’elle a raison et d’en faire autant … On tente bien de dormir un peu mais on dirait que l’Inde en a décidé autrement, qu’elle a décidé de nous dire au revoir à sa façon, en nous empêchant de dormir : beaucoup de bruit dans l’hôtel lui même et beaucoup de musique dehors, un autre mariage sans doute parce qu’il semble que ce soit la période …

Christian Goudineau: “Par Toutatis ! Que reste-t-il de la Gaule ?” (Seuil)

J’avais été plutôt séduit je dois l’avouer par la liberté de ton qu’affectait Goudineau … de la simple affectation malheureusement parce qu’avec une absence totale d’humilité l’auteur, loin des révélations promises, ne nous apprend en définitive pas grand chose. Qu’en pleine période romaine, persistaient des cérémonies organisées selon un calendrier gaulois fort ancien. Que la Gaule était un pays largement défriché, exploité économiquement, au sol organisé pour des raisons d’agronomie et sans doute à des fins fiscales. Que les Gaulois étaient assujettis à l’impôt et même pressurés au maximum par leurs chefs. Qu’il y avait une zone monétaire indexée sur le denier ce qui montre que la Gaule s’était déja pliée aux nécessités économiques (et capitalistes) et que devaient s’échanger des cargaisons entières de navires romains contre des centaines d’esclaves (monnaie d’échange semble-t-il habituelle contre le vin …), des milliers de boeufs sur pied, des tonnes de sel et des quintaux d’étain. Les interlocuteurs gaulois des commerçants romains ne pouvant être que les aristocrates qui disposaient seuls des fonds et de la culture appropriée. Que la Gaule enfin, n’était pas une nation unie, que c’est César qui a fixé des frontières arbitraires et que l’essentiel des “grands peuples” de Gaule se joignirent à César pour soumettre les régions encore indépendantes du Nord et de l’Ouest jusqu’à ce que le romain commette assez d’erreurs pour qu’éclate l’insurrection générale.Tout ça, le druidisant doué d’un minimum de bon sens et d’esprit critique le sait déjà … il n’y a que ceux (nombreux malheureusement) qui pratiquent l’idéalisation forcenée qui seront froissés par ces vérités qui n’entachent en aucune manière le respect qu’on doit à nos Ancêtres, les anciens Celtes … Pour nous faire cette démonstration, Goudineau emploie les trois quarts de son bouquin, le reste est consacré à la difficile histoire de l’archéologie et à l’incurie des autorités humaines dès qu’il s’agit de mettre en balance un intérêt historique et de civilisation avec des intérêts économiques et marchands… triste …

(Vendredi 15 février 2002-200 8)

Je me réveille ce matin en pleine forme, je suis même assez enthousiaste à la pensée de mon projet d’un petit recueil de citations celto druidiques. J’ai passé une super bonne nuit, la première depuis longtemps et je suis d’excellente humeur dès que j’ouvre les yeux… Sur les coups de 10 h/10 h 30, je suis assis sur une des marches qui conduisent à une petite boutique où on peut téléphoner n’importe où … en train d’attendre France qui téléphone à son Gillou … je suis bien là, le cul sur la marche et les pieds sur le trottoir, au soleil, les gens passent dans la rue et devant moi sans interruption, certains me regardent, d’autres non, il y a beaucoup de monde, beaucoup de couleurs, de bruit et de poussière, d’odeurs, et le soleil me chauffe agréablement la couenne après le froid qu’on a du affronter dans le nord … je ne sais même pas si je pense à quelque chose de précis et tout d’un coup, comme ça, sans raison particulière et sans signes avant-coureurs je me sens soudain envahi d’un bien être indicible, ineffable, je me sens envahi d’amour, d’un sentiment de gratitude pour tout ce qui m’arrive en ce moment, le beau et le moche, le facile et le difficile, et je me prends à remercier, merci, merci, merci, et je me fous à pleurer, comme ça, sous le soleil, dans les couleurs, les bruits et la poussière et les odeurs, au milieu des gens dont certains me jettent un regard avant de continuer leur chemin … si ça se trouve, pour eux, je ne suis jamais qu’un occidental de plus qui vient de péter un plomb, mais en fait, non, il y a toutes les chances pour que le spectacle que j’offre ne les interpelle même pas … normal pour eux …. on dit bien qu’”en Inde, tout peut arriver, et tout arrive continuellement”…Je dois être complètement illuminé parce que France, quand elle sort de la boutique-téléphone me demande ce qui se passe, et me dit que je semble être un homme neuf tout d’un coup . Elle me tombe dans les bras, les gens font un écart pour nous éviter … j’ai lu, avant notre voyage, que les démonstrations publiques ne sont guère prisées en Inde, mais là je n’ai pas vraiment l’impression qu’on soit en train de créer un scandale. De toute manière je m’en fous parce que je ressens toujours ce sentiment de gratitude et lui seul compte. France me dit que je suis transfiguré et que je rayonne tout autour de moi… mais elle aussi rayonne: elle vient de laisser un message sur le répondeur de son chevalier blanc (qui, en fait, est loin de l’être, marié et papa, dragueur du samedi soir dans les bistrots de Chatellerault…) et on dirait une ado amoureuse …
Alors, qu’est-ce qui vient de m’arriver ? je n’en sais trop rien … l’Eveil ? mais l’Eveil, d’abord, dans son acceptation habituelle j’y crois pas trop parce que “tel qu’il est défini dans certains courants mystiques de l’hindouisme (Samadhi) ainsi que du Bouddhisme (Nirvāna) et du Christianisme (Apatheia) il représente l’aboutissement d’une évolution de l’être humain qui conduirait à une émancipation radicale.” Ce qui n’est pas mon cas, et d’ailleurs je n’en veux pas de cet Eveil, je ne tiens pas à m’émanciper, et de quoi grands dieux pourrais-je m’émanciper ? devenir un pur esprit, une ombre éthérée, bof… moi j’aime mon incarnation, charnelle, matérielle autant que spirituelle, le noir et le blanc, le yin et le yang, le trop et le pas assez, le pile et le face, le rire et les larmes … le seul but que je peux dire que je poursuis, peu ou prou, c’est d’accéder à une vie plus consciente, moins mécanique (voir Gurdjieff, la 4ème Voie, etc… tout à fait “mariable” au paganisme …)…
Je connais pas mal de gens qui sont en “recherche spirituelle”, depuis des années et des années. Des bouddhistes, des adeptes de mixtures orientales, des franc-maçons hermétistes, des chrétiens plus ou moins déviants, et certains “païens” aussi. Tous ils sont à la recherche de la Lumière, ils attendent l’Eveil. Ils y travaillent: des années et des années, parfois toute une vie de méditation, de pratiques diverses, de rituels, de lectures plus ou moins bien assimilées… et leurs vies, pour la plupart, sont affligeantes: la plupart se débattent dans des frustrations d’ordre égotique (complexes d’infériorité/supériorité), professionnel, sexuel (difficultés d’assumer ses “préférences”, ses besoins ou ses absences de besoins), ou au niveau du rapport à l’argent (j’en connais qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts mais j’en connais aussi qui passent leur temps à acheter/vendre des immeubles et boursicoter pour amasser toujours plus…)…
Il y en a aussi, beaucoup, qui se débattent dans des histoires de fesses (je parle bien d’histoires de fesses, de coucheries, et pas d’histoires d’amour…), convoitent le mari ou la femme de l’ami(e), ruminent la rancoeur de s’être fait piqué le mari ou la femme par l’ami(e); essaient, au bord du dégout, de nouvelles expériences parce qu’il ne faut pas avoir l’air coincé…(parce qu’en plus tous ces gens fonctionnent la plupart du temps en “circuit fermé”… ce qui induit aussi un état d’esprit particulier)… Il y a ceux qui ne comprennent pas pourquoi leurs enfants, “eux aussi”, ont des problèmes d’alcool ou de drogue (”pourquoi est-ce que ça m’arrive à moi ?…” sous entendu “à moi qui ai des préoccupations spirituelles”)…
Il y a aussi ceux qui souffrent de frustrations d’ordre spirituel, qui attendent un Eveil qui ne vient pas et qui se refusent ne serait-ce qu’envisager que l’Eveil, finalement ça n’existe peut être pas dans le sens où ils l’entendent, parce que ça reviendrait à remettre en cause toutes leurs années de méditation, de pratiques,etc.etc…. Il y ceux qui tombent alors dans des Voies beaucoup plus extrêmes et contraignantes pour finalement se retrouver à flirter avec la schizophrénie…
Et tout cela me semble bien dérisoire et pitoyable et certainement très significatif… bien dérisoires toutes ces privations, tous ces efforts pour “s’élever” au niveau d’une espèce de béatitude spirituelle où le Ciel, seul et unique, serait le But et la Terre, l’ennemie, où l’Homme serait amputé de sa partie obscure au seul bénéfice de sa “partie claire et lumineuse”… mais en se retrouvant ainsi complètement déséquilibré… certainement très significatif que toutes ces privations, tous ces efforts pour s’abstraire des contingences matérielles pour arriver “à se mettre en prise directe avec le divin” ne mènent qu’à s’engluer dans leur aspect le plus “matérialiste”qui soit et dans les frustrations de tous ordres…mais bon, il y en a aussi qui se trouvent très bien de leur recherche de la Lumière…après tout, tant mieux pour eux…
mais en ce qui me concerne ce que je viens de connaitre, c’est certainement pas l’Eveil mais UN éveil… à quelque chose …une porte qui était fermée vient de s’ouvrir, ou alors elle était déja ouverte mais je n’avais pas eu l’occasion jusqu’alors de m’en apercevoir … et c’est vraiment vachement agréable …
inde-16-2002-2008-048.jpg Vers la fin de la matinée, un rickshaw nous aborde, enfin je devrais dire carrément qu’il nous fait du rentre dedans, particulièrement collant … mais parce que nous sommes tous les deux dans un état de béatitude, on est tout naturellement porté vers la confiance et comme France voudrait trouver de la pâte de santal, on se laisse embarquer puisqu’il nous dit qu’il sait où il y en a … en fait, il n’en sait rien du tout et nous arrête devant … l’emporium où nous avons passé l’après midi d’hier. Finalement j’ai plus envie de rire qu’autre chose et France prend ça pour “une leçon”. Nous le plantons là sans autre forme de cérémonie alors que nous avions envisagé de le garder toute la journée pour un forfait intéressant pour lui et nous. Tant pis pour lui, il paye pour les autres … Nous sommes bien décidés à rentrer à pied mais nous sommes embarqués par un nouveau rickshaw qui nous avait suivi depuis l’hôtel !!!… et qui supputait que nous pourrions avoir besoin de lui … Un peu curieux tout ça, mais à quoi bon, ici, se poser trop de questions ?…
L’après midi, nous sommes pris en charge par une voiture envoyée par Bablu et l’Agence et qui nous emmène au Tibetan Camp. C’est un ensemble de bâtisses parcouru de ruelles étroites, labyrinthiques, un peu inquiétantes. Une véritable enclave où nous nous faisons un peu l’impression d’être de nouveaux Tintins mais où ne serions pas surs d’oser nous promener la nuit … Heureusement, de temps en temps, les couleurs des robes de quelques moines éclairent un peu ces ruelles, il faut bien le dire assez sordides. Nous y croisons d’ailleurs des jeunes aux mines assez patibulaires, abruties je dirais plutôt (il n’y a certainement pas que de l’alcool qui circule ici …) et je prends conscience une nouvelle fois que je me sens bien mieux au milieu des indiens, malgré leur faconde et leur roublardise … allez hop … on achète un peu d’encens dans une des rares (la seule ?) boutique qui ne soit pas fermée pour cause de Nouvel An et on s’en va …
inde-17-2002-2008-050.jpg Le chauffeur tourne pas mal dans la ville avant de trouver l’ashram de Sri Aurobindo. C’est une autre enclave, en quelque sorte, mais d’un autre genre que le Tibetan Camp… D’abord, c’est une enclave ouverte au monde puisqu’il fut créé en 1956 pour être un Centre de pratiques prônant le développement d’ une conscience spirituelle plus élevée . Il s’étend sur une énorme surface, plus de 300 personnes y vivent . Il y a même un terrain de sport, une bibliothèque, bien sûr et puis une épicerie où nous faisons le plein d’épices et une boutique où se vendent les publications de l’ashram mais aussi de l’encens, des papiers faits à la main, des cassettes de chants de dévotion, des huiles essentielles, etc… et surtout des photos, innombrables, de Sri Aurobindo et de la Mère.Le culte qui est fait autour de la personnalité de ces deux personnages n’est pas vraiment mon truc (les reliques de Sri Aurobindo ont été enchassées ici en décembre 1957) mais le calme et la sérénité qui y règnent sont agréables, même si, à quelques rares exceptions près, les gens qui vivent ici sont loin de paraitre épanouis … inde18-2002-2008-051.jpg
Le soir nous attendons Sharad avec lequel nous devons aller diner mais il arrive tard, et repart vite pour aller voir Bablu dont la femme a été hospitalisée avec “quelque chose de sérieux au niveau de la tête”… Et quand France appelle ce dernier au téléphone, au bout du fil, il craque, s’accuse de ne pas avoir été quelqu’un de bien avec nous et toutes autres sortes d’auto-flagellations sans aller pourtant jusqu’à nous proposer de nous rembourser alors que nous avons payé la location de la voiture pendant deux jours sans qu’elle soit mise à notre disposition …
Quoiqu’ il en soit, pas de dîner ce soir, seulement les trois quarts d’un sachet d’amuse-gueules ultra pimentés. Et puis à partir de 23 h on entend des pétards et une musique assourdissante dans la rue. On ne peut guère faire autrement qu’aller voir et nous tombons sur un mariage : le marié est en vêtement d’apparat sur un cheval idem : les lumières sont alimentées par des gros camions et seuls les hommes dansent sur les musiques d’une fanfare, et extériorisent leur joie. M’ont l’air bien bourrés , aussi ou en passe de l’être. Les femmes et les enfants restent groupés, à part, autour de la mariée… quelques ados plutôt inquiétants, rôdent ici et là … j’ai lu quelque part qu’ils s’amusent à pincer au sang les femmes occidentales qui passent à leur portée, et tentent de leur serrer la main, ce qui est un geste très sexuel … et effectivement, il y en a quelques uns qui essaient avec France mais elle les rembarre vertement.
Nous ne nous attardons pas plus d’un quart d’heure et remontons nous coucher …

(Jeudi 14 février 2002-200 8)

inde-12-2002-2008-034.jpg Hier Sharad est parti par le bus pour Delhi à 18 h et en remontant à l’hôtel, peu enchantés de passer une nouvelle nuit tristoune dans cette chambre glaciale, France a eu l’idée véritablement géniale que nous partions tout de suite. On n’a pas mis longtemps pour rassembler nos affaires et moins d’une demi-heure plus tard la voiture démarrait. L’idée première était de rattraper le bus pour en faire descendre Sharad et qu’il fasse le reste du voyage avec nous mais nous n’avons pas pu. Soit le bus roulait beaucoup trop vite pour qu’on le rattrape soit on n’a pas pris le même chemin… France et moi avons longtemps discuté, elle surtout de son Gillou (grands dieux, comment est-ce qu’on peut oser porter un diminutif aussi ringard ?…) et de son fameux principe d’ Unicité : elle ne veux plus faire de bises aux gens qu’elle aime bien parce que c’est elle qu’elle embrasse en fait et elle ne peut quand même pas se remercier elle même d’exister … bon, même si je comprends pas grand chose à ce discours, ça me berce tranquillement et comme je sais assez bien écouter, je vois pas pourquoi je la priverais de se faire du bien en s’épanchant un peu …
Nous roulons un bon bout de temps et puis comme Viki a tendance à s’endormir, on s’arrête sur une espèce d’aire où il y a comme un grand hangar haut de plafond avec des grandes tables sur trétaux, sur un sol mal équarri en béton … c’est assez curieux, ça ne tient pas à grand chose mais c’est vraiment très, très dépaysant … et les gens que j’y croise ont l’air d’avoir des préoccupations, ou des occupations tout court d’ailleurs, qui sont aux antipodes des miennes… j’y bois quelques verres de thé brûlant , en fumant, pendant que les autres dorment dans la voiture alors que je n’ai pû qu’y somnoler quelques dizaines de minutes avant de me retrouver complètement réveillé et incapable de rester en place …
Nous arrivons à Delhi à 8 h du matin pour nous retrouver,inde-13-2002-2008-040.jpg garés dans un quartier populaire qu’on ne connait pas du tout, à attendre dans la voiture Viki qui s’est arrêté chez quelqu’un de se famille, dévisagés par tous les gens qui passent dans la rue… et Viki prend tout son temps …décidément, on a un peu de mal à s’habituer à leurs comportements…
L’après midi, nous allons à pied dans le centre, en renouant -avec bonheur- par la même occasion avec la chaleur,les odeurs, les bruits et la poussière… inde-14-2002-2008-042.jpg France a décidé de retourner à l’Emporium où elle a acheté pour plus de 200 euro pour rendre la marchandise, dont la fameuse bague avec une topaze qui ne serait pas une topaze … et se faire rembourser …. à ce que je comprends, cette dépense (vraiment très importante en Inde …) est en passe de la mettre dans une merde financière noire … Elle est épuisée,fatiguée par sa nuit de voyage, et ses nerfs ont du en prendre un bon coup mais elle obtient pourtant en grande partie satisfaction … le pire est que quand les employés -le patron est là lui aussi, pour distribuer ses décisions- acceptent de reprendre un truc, ils cherchent illico à lui vendre autre chose à la place …et je suis en butte aux mêmes attentions : on sait que je suis avec la femme française qui fait un peu de scandale dans le coin là-bas et qui exige d’être remboursée, mais on essaie pourtant de me vendre tout un tas de trucs … d’ailleurs je me laisse faire pour des statuettes de Ganesh et de Shiva quand on me les propose à moitié prix … j’ai même pas besoin de marchander, tant mieux d’ailleurs, j’ai horreur de ça et je sais pas faire … inde-15-2002-2008-039.jpg Quand nous en sortons, (nous y avons quand même passé une grande partie de l’après midi …) nous sommes tous les deux très fiers d’elle … Bablu, lui, l’est beaucoup moins qui nous jette un drôle de regard quand elle lui explique ce qu’elle vient de faire et ce qu’elle pense de lui et des marchands de l’Emporium … j’imagine sans peine qu’il a du toucher une commission et qu’il va sans doute y avoir de l’orage dans l’air …
Nous passons une agréable soirée à discuter de choses et d’autres et je commence sérieusement à réfléchir à une idée qui me trotte dans la tête depuis quelques temps: il s’agirait de réunir des citations “signifiantes” sur le druidisme et le paganisme celte pour faire un petit bouquin du genre “1 pensée par jour” … d’ailleurs, j’en ai quelques unes dans un carnet que j’ai apporté, alors je me mets tout de suite à trier les phrases qui me séduisent…

(dimanche 16 février 200 8)

Les Charentes aller et retour aujourd’hui, les bords de la RN 10 dégueulasses … à chaque fois ça me fout en rogne et surtout ça me dégoûte, surtout ces bouteilles en plastique à moitié pleines pour la plupart : les camionneurs pissent dedans sans s’arrêter et balancent le tout par la vitre…..

(Mercredi 13 février 2002-200 8)

Brrrr, la nuit a encore été glaciale et quand je me lève ce matin et descend pour aller faire un petit tour, les employés de l’hôtel ne sont pas tous levés, couchés dans le hall, par terre ou sur le canapé dans l’entrée, dans des duvets ou sous des couvertures, tout habillés… bizarre, vous avez dit bizarre ……. Quoi qu’il en soit le ciel est d’un bleu d’une pureté éblouissante et les jeux de lumière sur la neige et sur l’herbe sont magnifiques. L’air est pur et le soleil est chaud, mérite bien une petite ode à Belen, tiens:
“Salut à toi, Belen, protecteur du monde. Protège moi aujourd’hui, inspire mes oeuvres, accorde moi amour et bonté, courage et sagesse, pour que, nous quittant ce soir dans ta gloire, tu me laisses sain et joyeux et me retrouves tel demain”.
C’est un sujet dont je n’ai pas encore parlé : je n’éprouve aucune gène à invoquer mes dieux gaulois sur cette terre indienne, n’y vois aucune antinomie et c’était particulièrement évident quand je me suis plongé dans le Gange, même si j’éprouve beaucoup de respect pour Shiva et Ganesh notamment… j’ai essayé un peu de parler de ça avec Sharad mais je ne sais pas trop si j’arrive à me faire comprendre quand je lui dis que nous sommes issus peu ou prou d’un même foyer indo-européen et que je suis venu là parce que c’est là que vivent encore les dieux … en tout cas, il est sensible à mon médaillon de Cernunnos et je pense qu’eux aussi ont un dieu cornu …
Nos accompagnateurs nous donnent journée libre (sympathique attention de Sharad) et France et moi passons un peu de temps sur le balcon en plein soleil qui domine la vallée …inde-8-2002-2008-027.jpg juste en dessous, des maisons occupées par des familles tibétaines, avec des chèvres dehors … nous sommes un peu à l’écart ici et la neige que quasiment personne n’a foulée, donne une impression de propreté. C’est une autre histoire dans le centre où la gadoue a envahi les ruelles et nous pataugeons à qui mieux mieux pour aller au Namgyal, inde-10-2002-2008-032.jpg le Temple dans lequel sont célébrées les cérémonies religieuses pour le Dalaï Lama. Y est perpétué le rituel de Kalashakra La tradition du Kalachakra tourne autour des concepts du temps et des cycles : du cycle des planètes, du cycle respiratoire, et du contrôle des énergies les plus subtiles qui sont dans le corps de chacun afin d’atteindre l’illumination. La déité du Kalachakra représente un Bouddha et son omniscience. Tout est sous l’influence du temps, et lui est le temps donc sait tout. De même, la roue (du temps) n’a ni début ni fin.
L’église catholique serait jalouse… héhéhé … car il faut faire la queue pour y avoir accès. Il y a effectivement beaucoup de monde et ça nous fait perdre beaucoup de la visite … on voit beaucoup de choses, ça c’est un fait, mais de là à savoir ce que c’ est,inde-9-2002-2008-030.jpg mis à part les moulins à prières et les offrandes, c’est une autre histoire …
Quand nous en sortons, nous allons encore passer deux heures chez le marchand de pierres qui nous offre un cristal à chacun, c’est agir en bon commerçant car France s’y laisse aller à quelques folies et moi même j’y achète un bol à offrandes que je destine à mon autel. D’ailleurs tout ça me pousse à faire un rapide petit bilan de ce qu’a été ma vie spirituelle jusque là et comment j’envisage qu’elle soit maintenant tant en ce qui concerne le druidisme et la sorcellerie que des cours de Sélim Aïssel et de la 4ème Voie et du groupe de Stéphane. Toutes ces matières je compte bien m’y impliquer car je les sens faire partie intégrante de moi même, au moins pour les deux premières … en revanche je n’ai plus trop envie de continuer les satsanghs chatelleraudais (maintenant que je sais ce qu’est vraiment un satsangh et que nous n’en faisons qu’une parodie profane) et j’ai bien envie aussi d’abandonner le groupe de prières de Maguy Lebrun… De manière anecdotique, j’ai beaucoup aimé tout au long de notre séjour, les petits autels qu’on voit dans tous les commerces et chez les particuliers aussi, y compris dans les voitures et je suis vraiment très tenté d’”aménager/décorer” en conséquence la petite Panda …
Donc, on sort de chez le marchand de pierres qui, entre parenthèses, a dit à France qu’elle s’est faite avoir à l’Emporium de Delhi, la bague avec une topaze que le dragueur au “langage du coeur” lui a vendu, c’est du toc, c’est pas une topaze …hahaha … et pour nous laver un peu de toutes les fritures et de tous les épices que nous ingurgitons depuis plus d’une semaine, nous achetons carottes et radis noir que nous assaisonnons d’un filet de citron et de sel. Manque d’habitude, France cale sur le radis et moi j’ai plus trop faim alors elle le donne à une mendiante qui semble ravie de l’aubaine et qui le donne à son moutard qui, lui même, se précipite dessus avec une joie qui fait plaisir à voir … Nous marchons le long des boutiques et des maisons dans les petites ruelles étroites … toutes les boutiques ne sont pas ouvertes d’ailleurs car, à un ou deux jours près, ce doit être le Nouvel An tibétain … des cris fusent ça et là, et des rires sortent des maisons … les tibétains boivent sec et certains sortent en T.shirts, par ce froid, et chahutent dehors dans la gadouille … inde-11-2002-2008-036.jpg Après avoir croisé un chien qui a … un trou dans la tête … grands dieux, comment a-t-il pu se faire ça ? et ça n’a pas l’air de le géner outre mesure… un peu plus loin c’est un cireur de chaussures qui insiste tellement que je le laisse s’occuper de mes mocassins… les pauvres en ont bien besoin d’ailleurs, soumis à rude épreuve d’abord dans la poussière et puis maintenant dans la neige fondue et la boue … le problème c’est qu’ils sont bleus et que le cireur n’a pas de cirage bleu, que du noir et que je m’en aperçois un peu tard alors que le mal est fait … enfin, quand je dis “le mal”, c’est histoire de causer parce que après tout, bleu ou noir qu’est-ce que ça peut bien me faire … ce qui me fait plus en revanche, c’est quand il me demande le double de ce que nous étions convenu … et même si ça me fait un peu honte (mais pourquoi ?), je le plante là après lui avoir donné le montant initialement prévu…
Nous passons une bonne partie de l’après midi dans un bistrot à boire du thé et du café, à regarder dehors et à écrire chacun de notre côté. C’est un moment de calme que je mets aussi à profit pour réfléchir à diverses choses … Il est évident que ce voyage a le mérite de clarifier un certain nombre de choses dans mon esprit… il me rend par exemple beaucoup plus ouvert… Ouvert et plus tolérant aux diverses personnalités de France, ouvert aux gens aussi : c’est un fait que je n’arrête pas de sourire aux gens que je croise et même si tous ne me le rendent pas, il y en a suffisamment qui le font ou même qui me gratifient du traditionnel “namaste” en joignant les mains sur la poitrine pour me mettre en joie …je suis aussi très fier, pourquoi ne pas l’avouer, d’être souvent allé au devant de mes peurs … ça n’a peut être l’air de rien mais j’avais peur des mendiants je les ai nourris, j’avais peur de me perdre, je me suis perdu volontairement, j’avais peur de parler l’anglais, je me suis mis dans des situations où j’étais obligé de le faire, etc… autant de défis (mais oui !) lancés et relevés…

(Mardi 12 février 2002-200 8)

La nuit a été glaciale et je me lève à 7 h … personne ne bouge alors je bois un thé pour essayer de me réchauffer et je descends dans le village inde-6-2002-2008-022.jpg après une photo du petit temple en bas de l’hôtel. Il pleut un peu et la boue s’insinue partout, les nuages s’accrochent aux sommets des montagnes. Je croise quelques moines tibétains qui, pour la plupart, ont le sourire aux lèvres… ils ont le crâne rasé, portent indiféremment des grosses chaussures de montagne ou des tennis et leurs robes semblent bien crasseuses …Les Tibétains, fuyant l’invasion de leur pays par les Chinois, se sont installés là il y a plus de quarante ans, suivant leur chef spirituel, le quatorzième Dalaï Lama. Près de 10 000 Tibétains vivent aujourd’hui à Dharamsala ou plus exactement quelques kilomètres plus haut, à Mc Leod Ganj. Chassées des temples et des monastères du Tibet, les autorités religieuses ont fait de Mc Leod Ganj un sanctuaire où leur culture serait préservée. Tout comme Lhassa, Mc Leod Ganj concentre sur son territoire le pouvoir religieux et le pouvoir politique.Quand je rentre à l’hôtel, le ciel est en train de se dégager et la promenade m’a donné faim : je prends beaucoup de plaisir à boire un autre thé en mangeant une omelette … c’est carrément divin, d’ailleurs ici, je prends en général beaucoup de plaisir à manger… c’est d’autant plus agréable que je suis seul dans la salle à manger maintenant baignée de soleil, à côté d’une grande fenêtre qui donne sur les montagnes et la vallée…
Nous déménageons pour rallier Mc Leod Ganj par une route de montagne qui grimpe dur. Arrivés là bas, France et moi nous promenons pour prendre contact dans le Tibetan Market. Elle sent là, une autre énergie, plus pure, plus forte … en ce qui me concerne, au contraire, moi je trouve que les bandes de jeunes tibétains que nous croisons semblent moins rassurantes que les bandes d’indiens que nous avons pu croiser à Delhi … en fait j’apprendrai qu’une grande occupation des jeunes exilés est de draguer les occidentales seules pour qu’elles les entretiennent le temps de leur séjour …et la drogue est parait-il de circulation courante dans leur milieu…
inde-7-2002-2008-035.jpg Le ciel s’obscurcit pour devenir vite noir et il commence à tomber de la grêle un peu fondue. A moitié pour nous mettre à l’abri et à moitié parce que ça nous intéresse l’un et l’autre, nous entrons chez un marchand de pierres. Il est très sympa et ne pousse pas à la consommation même s’il ne perd pas de vue son intérêt… nous discutons un peu, parlons de son gourou dont la photo est accrochée dans un cadre au mur, comme ça se fait dans de nombreuses boutiques, et nous achetons quelques pierres. Quand nous sortons, nous sommes surpris parce qu’ à présent, il neige, carrément et nous nous réfugions dans un café pour y boire du thé, noyés au milieu des européens qui sont nombreux ici. Puis un rickshaw nous remonte vers la voiture en nous révélant de somptueux paysages de montagnes et de rochers, enrobés de neige et de lumière.
C’est curieux, l’hôtel où nous descendons ne semble pas ouvert, il ne semble pas terminé non plus d’ailleurs, il est glacial, et nous sommes apparemment les seuls clients. La première chambre où on nous installe est vraiment trop froide et une vitre de la salle de bains est cassée. Je demande une cuvette et de l’alcool pour y faire du feu mais on me regarde comme si j’étais fou … ce qui est peut être le cas, je ne peux pas leur jeter la pierre…la seconde est un peu plus acceptable mais pour manger nous sommes obligés de rester emmitouflés tout habillés, dans nos duvets, ne sortant que le bout des doigts pour porter la bouffe à nos bouches… et on en fout partout naturellement … qu’importe, à la guerre comme à la guerre, d’ailleurs on se croirait un peu pendant la campagne de Russie … et nous nous installons pour dormir sans nous déshabiller, dans nos duvets avec par dessus, toutes les couvertures qu’on peut trouver …

ben, décidément, y a pas grand monde qui trouve grâce à mes yeux en ce moment … Céline Dion qui pouvait être, à une époque, une pas mauvaise chanteuse (j’aimais bien la chanson du Titanic …), maintenant se contente de hurler … c’est moche comme tout… c’est pathétique
bon, pendant qu’on y est, on va flinguer en vitesse ce pauvre Christophe Mahé… qui braie et grince, de manière discordante en plus … y en a beaucoup que j’aime pas, mais lui est peut être le seul à me propulser vers la radio pour lui couper le sifflet dès que je reconnais sa laide petite musique … même les premières notes, sans la voix, me font grincer des dents … il a pourtant l’air d’afficher une grande conscience de sa valeur… il a tort
puisqu’on parle de nouvelles variétés, Da Silva et Ridan sont à cent coudées (et même bien plus) au dessus de ce produit fabriqué …

L’inspecteur John Rebus est un héros récurrent extrêmement sympathique qu’on a plaisir à retrouver à chaque épisode de la série qui le met en scène. Il est inspecteur détective dans la police d’Edimbourg et la ville, qu’il connait par coeur, tient elle aussi un rôle de premier plan dans les intrigues souvent compliquées que sait concocter avec maitrise Ian Rankin. Rebus ne se démarque pas fondamentalement de l’archétype du héros de roman policier … il est divorcé, quitté par sa femme, dont il a une fille, parce qu’elle ne pouvait plus supporter qu’il donne tant de son temps à son métier et sa nouvelle compagne prendre plus tard la même décision. Il a des problèmes d’alcool mais sait parfois les maitriser et il passe son temps à se culpabiliser. Il ponctue ses pensées et ses actions par l’évocation, en situation, de morceaux de rock des années 1970-1990 et entretient un rêve : faire tomber le chef de la pègre locale, son ennemi intime, le Gros Roger avec lequel il entretient pourtant des rapports ambigus, allant même jusqu’à passer des pactes objectifs avec lui… Le personnage est profondément humain, dans tous les sens du terme, l’auteur a beaucoup d’humour, les intrigues sont complexes et bien ficelées et les personnages secondaires très attachants, je pense surtout à Siobhan Clarke (sergent dans la police) et aux rapports qu’elle entretient avec Rebus, et à Sammy, sa fille qui a perdu l’usage de ses jambes après avoir été renversée par un chauffard. Sans oublier la ville d’Edimbourg qui est présente à chaque page. Exactement le genre de personnages qu’on aime voir évoluer au fil des livres et des années dont les archétypes sont, à mon sens, les protagonistes de la série du 87e District d’Ed Mc Bain … malheureusement, et il semble que ce soit là une maladie spécifique à l’édition française, les livres traduits de Rankin sortent n’importe comment chez nous, sans aucune considération pour la chronologie et dans n’importe quelle collection (Livre de Poche, Folio, etc…), c’est aussi un manque de considération pour l’auteur et par ricochet pour le lecteur …

(Lundi 11 février 2002-200 8)

Mes difficultés d’endormissement sont toujours préoccupantes et cette nuit je ne m’endors pas avant 3 ou 4 h du matin. C’est pourquoi quand un grand coup de sonnette à la porte retentit à 5 h. je me réveille en sursaut sans trop savoir où je suis ni ce que je peux bien y faire. Instantanément ça me fout de mauvais poil … c’est Sharad, un des types de l’Agence et c’est lui que France avait appelé, hier au soir, d’une de ces petites boutiques à partir desquelles on peut téléphoner dans tous les pays du monde pour pas très cher. Elle lui avait demandé de venir et il est venu … en y repensant je me souviens que c’est probablement celui que j’avais trouvé aussi le plus sympa lors de la poujâ, mais c’est pas une raison, merde alors, pour réveiller comme ça les gens fatigués … d’autant que France commence à lui faire des démonstration excessives d’amitié qu’elle ponctue de petits rires exaspérants. Tout ça attise ma mauvaise humeur, je la montre, France en prend ombrage et se met à me faire la gueule et c’est reparti pour un tour… un tour qui ne dure heureusement pas trop longtemps puisque 1 ou 2 heures plus tard, l’atmosphère se détend et l’entente et la bonne humeur reviennent.
Nous partons à 6 h du matin il fait encore nuit et rapidement je m’endors dans la voiture et c’est peut être ce qui contribue d’ailleurs à atténuer ma mauvaise humeur… Au bout d’un moment nous nous arrêtons à une sorte de “complexe” où on peux manger mais il faut attendre qu’on nous ouvre un des nombreux (chapiteau ? je ne vois guère d’autre mot…) pour nous installer et avoir une espèce de petit déjeuner (je dis “espèce de ” parce que les indiens ne connaissent pas le petit déjeuner comme nous l’entendons…) … Il pleut à verse mais on en sort requinqué… Un peu plus tard, on s’arrête de nouveau pour déjeuner cette fois, dans un restaurant avec un joli jardin aux trois quarts plein de pots de fleurs contenant chacun une salade à ce qu’il semble …
inde-5-2002-2008-025.jpg Tard le soir, il doit être dans les 20 h, nous arrivons haut sur les contreforts de l’Himalaya, dans la région de l’Himachal Pradesh à Dharamsala, l’” auberge à pèlerins “, sous la pluie et dans le froid. Nous avons traversé une Inde du Nord de plus en plus pauvre et de plus en plus sale. Ici, contrairement à plus au sud, les gens continuent d’entasser leurs détritus le long des routes et les places de toutes les cités traversées, qui semblent là aussi être des marchés permanents, sont de véritables champs de gadoue avec la flotte qui tombe sans discontinuer… A un moment, nous sommes arrêtés dans un barrage de policiers, Viki descend pour aller discuter un peu avec quelques uns d’entre eux et revient, la tête plutot basse je trouve … j’ai bien l’impression qu’il a essayé de refiler un bakchich pour passer plus vite et que ça n’a pas marché … Nous croisons aussi des camions qui débordent d’hommes brandissant des drapeaux et des banderolles … sans doute des élections en préparation et j’apprends qu’il n’est pas rare, quand deux camions de tendances opposées se croisent, que ça se termine dans le sang … en plus, on n’est pas si lon du Pakistan et la région n’est pas vraiment sûre …on est dans le Penjab, ou pas loin, et on voit beaucoup de militaires indiens… Nous ne trouvons pas non plus où changer d’argent … à un moment, le “banquier” local me demande mon passeport qu’il examine longuement avant de décreter qu’il est trop tard pour changer l’argent …
Sur la route, un seul chien écrasé sur plusieurs centaines de kilomètres alors qu’en France ce serait une véritable hécatombe … et pourtant les indiens roulent comme des brutes … mais font apparemment des prouesses pour éviter les chiens nombreux qui galopent partout …
Une fois arrivés, nous avons du mal à trouver un hôtel et devons en visiter trois avant de découvrir une chambre à peu près correcte mais glaciale. Heureusement, un diner très sympa chez un petit chinois vient nous remonter le moral en flèche… il fallait bien ça …

(Dimanche 10 février 2002-200 8)

Hier au soir, pour l’anniversaire de Bablu, nous avons diné dans le chambre à côté de la nôtre avec France et Viki selon un scénario bien rôdé maintenant : un coup d’oeil dans la chambre et puis des feuilles de papier journal sur le lit, avant que les repas ne soient livrés : du poulet aux épices avec de la bière à gogo (celle que nous avions achetée extra muros) … Ce matin, je sens qu’il est temps de manger un peu moins épicé et de revenir à de la nourriture plus … occidentale ? Je ne sais pas trop si le repas avait été mis sur la note de Bablu mais un peu auparavant nous avions eu un petit heurt avec lui parce que France et moi avons eu quelques doutes sur le gestion de l’argent qu’on lui a donné et les dépenses correspondantes … doutes qu’il s’est empressé de contrer en clamant haut et fort son honnêteté mais très franchement, je serais bien en peine d’affirmer s’il a raison ou s’il nous mène en bateau …
inde-1-2002-2008-014.jpg Quoi qu’il en soit, ce matin nous allons dans le Corbett National park. Cette réserve qui fait plus de 800 km de long doit son nom au chasseur de tigres Jim Corbett qui fut le premier à signaler que les tigres étaient en train de disparaitre de l’Inde et qui, symboliquement, enterra ses fusils de chasse. Nous arrivons à un ensemble de maisons groupées autour d’un arbre magnifique qui doit être un banian … et ça me rappelle des vieux films qu’on a pu voir se déroulant dans des réserves africaines, genre “le lion Clarence” ou même “les Misfits” qui se passe dans l’Ouest américain… Le but du jeu est de faire une promenade à dos d’éléphant et c’est une expérience extraordinaire. Un léger roulis mais c’est exactement ça la “force tranquille” : un pas lourd et assuré, parfois l’éléphant s’arrête pour arracher des branches ou bien alors simplement, mais habilement, les effeuiller et son kornac, qui ressemble à Fidel Castro lui balance des grands coups de barre de fer sur le crâne pour qu’il reparte, mais ce n’est pas toujours probant et l’éléphant, en fait, fait ce qu’il veut … Le caresser est très agréable, la peau est chaude, on a un peu l’impression de caresser un arbre dont l’écorce serait lisse et les poils, pas très denses, font penser à des cheveux qui repoussent après avoir été rasés… La promenade se révèle être une balade dans le jardin d’Eden: une végétation luxuriante, des tas d’oiseaux, des paons, des chevaux, des vaches, des biches et des cerfs … en revanche, pas de tigres (mais il n’y en a que six dans le parc, alors question probabilité …) ni de léopards ni de tout ce que le prospectus mentionne … Nous faisons la connaissance d’un couple de hollandais qui avaient prévu de passer trois mois au Cambodge, Laos … mais qui, à la suite d’un petit accident de voiture à Amsterdam avec un indien ont été séduits par l’Inde que leur avait décrite ce dernier…Lui a été malade comme un chien, il est encore pâlichon d’ailleurs, pour avoir bu les quelques gouttes d’eau sacrée d’un temple dont je parle ailleurs…
En fin de matinée, Bablu trouve une combine pour rentrer à Delhi et Viki nous emmène à Richikesh (”le pays des Sages”) sous le charme duquel nous tombons tout de suite… Pourtant ça ne commence pas très bien parce que Viki tente par tous les moyens de nous faire entrer dans une boutique qui doit probablement lui reverser une commission … on ne s’attendait pas vraiment à quelque chose comme ça de sa part alors on le plante là et on part tous les deux faire une grande balade dans la ville qui se trouve être au confluent du Gange et du Chandrabhaga …inde-2-2002-2008-017.jpg les dieux aiment jouer au bord des lacs, dans les rivières et près des sources, d’ailleurs les rives ont toujours un caractère sacré et à plus forte raison les confluents … on le sent bien ici … on y voit notamment “notre” premier sadhu, un parmi les millions de moines errants qui parcourent les routes, couverts de poussière ou de cendre, un bâton dans une main, un petit pot en cuivre dans l’autre et ne mangent que ce qu’on leur donne. On le rencontre après avoir traversé le pont immense qui relie les deux rives du Gange et en continuant à travers les rues encombrées, on arrive sur une petite plage où nous prenons le temps de nous poser … il fait bon, chaud même et là il n’y a presque personne … inde-3-2002-2008-016.jpg en repartant, en montant l’escalier qui nous ramène à la rue, nous sommes abordés par un indien qui est accompagné d’un de ses amis et de son fils qui nous offrent avec une gentillesse confondante de partager leur repas. Les tomates, carottes et radis blancs agrémentés d’un filet de citron et d’un peu de sel sont délicieux … c’est bien l’avis d’une vache qui descend les marches à notre rencontre et tente de nous piquer des trucs qu’on finit par lui laisser… Nous parlons un bon moment avec les Indiens qui viennent de Delhi passer ici quelques jours, échangeons même nos adresses et leur offrons le dernier paquet de gateaux qui nous reste …
Richikesh est donc le Pays des Sages et à ce titre, y sont installés plus de cinquante ashrams très fréquentés par les Occidentaux …les plus célèbres d’entre eux furent les Beatles qui y passèrent deux mois dans l’ashram du Mahesh Yogi sans d’ailleurs semble-t-il laisser dans le ville de souvenir impérissable …L’ashram le plus connu est celui qui fut fondé en 1936 par Swami Shivananda qui résumait l’essence de son enseignement à ces quelques mots « Sers, aime, donne, purifie, médite et réalise. Sois bon, fais le bien, Sois doux, sois compatissant. Adapte-toi, ajuste-toi, à chaque situation ! »
On est donc prévenu, beaucoup d’occidentaux … mais ça nous surprend quand même, on avait perdu l’habitude, presque … des allemands surtout qui sont venus avec leurs boutiques (et oui, il y a au moins une “German Backery” … très forts côté intendance … et fort sympathiques au demeurant). Nous prenons un jus de fruit à la terrasse d’un bistrot exclusivement entourés de visages pâles. France me lance un des défis dont elle elle semble vouloir se faire une spécialité : je dois aborder une de ces françaises qui parlent si fort à la table voisine …bien obligé de le relever, j’aurais l’air de quoi sinon ? … mais en réponse, je me contente du regard vaguement ennuyé de la demoiselle qui me jette un oeil comme si j’étais un insecte importun … c’est vrai, ça, je ne présente aucun intérêt, je suis pas habillé hippie-mondain-indien-à-la-mode …et je tourne les talons … pendant ce temps France a engagé la conversation avec une jeune hollandaise qui nous parle deshantimayi_mother_mary_and_baby.jpg l’ashram de ShantiMayi, une américaine devenue gourou après la rencontre d’un Maître… et ce qui nous étonne c’est quand elle nous dit qu’elle fait le voyage, non pas surtout pour recevoir l’enseignement de ShantiMayi comme on aurait pu le croire mais pour retrouver “le groupe” … l’attrait de l’ashram serait-il uniquement le désir de satisfaire un instinct grégaire ?
En tout cas, on décide de suivre la groupie jusqu’à l’ashram où doit se dérouler un satsangh en présence de ShantiMayi. Un satsangh c’est un mélange de méditation collective, d’ enseignement et de chants de mantras et celui ci se déroule donc dans un décor magnifique, dans cet ashram qui domine le Gange inde-4-2002-2008-019.jpg et sur le toit duquel galopent les singes au cul rouge. ShantiMayi est une américaine d’une cinquantaine d’années qui doit dégager une belle aura, pleine d’énergie et d’humour … attentive aussi parce que je surprendrai son regard à deux ou trois reprises fixé sur moi … pour ce que je peux en comprendre, elle parle notamment de quelqu’un qui s’est suicidé il y a peu et disserte sur les émotions et les sentiments qu’il ne faut pas combattre ni rejeter mais vivre : “tu ris, tu ris, tu pleures, tu pleures…” Elle chante bien aussi, et les mantras sont très beaux, accompagnés à la flute et à la guitare .. on chante tous, des paroles ont été distribuées, mais ce que je trouve un peu dommage c’est que la majorité des disciples, au milieu desquels notre groupie hollandaise, tournent le dos au Gange comme si l’on devait faire un choix entre le regarder ou écouter la “bonne parole” et j’ai peur de leur trouver un air de “cul-bénits”…( http://www.shantimayi.com/french/ )
Pendant quelques dizaines de minutes, nous profitons encore du Gange avant que le soleil ne se couche et nous achetons diverses petites choses … de l’encens mais aussi des graines de Rudraksha, c’est à dire des Tears of Lord Shiva, des “Larmes de Shiva” La graine de Rudraksha est le noyau du fruit de l’arbre Rudraksha, considéré comme sacré dans la religion hindoue parce que poussé sur l’emplacement où tombèrent des larmes des yeux du dieu Les graines sont des porte-bonheurs et on les utilise pour faire des chapelets et des colliers. Enfin après diner nous faisons un agréable petit tour au milieu de la foule où nous croisons aussi le couple rencontré ce matin à dos d’éléphant avant d’être récupérés par Viki.

J’ai retrouvé dans mes notes le descriptif d’un “yoga” druidique, ressemblant en fait peut être plus à du taï chi Chuan, que pratique le Groupe Druidique des Gaules
http://groupedruidiquedesgaules.chez-alice.fr/

… Cela s’appelle “le Bosquet au bord de la Rivière”:

Chaque posture (forestière) doit être menée à fond pour sentir les
limites des éléments du corps. Ces positions, copiées sur la nature de
notre pays, permettent un captage des énergies bénéfiques qui nous
entourent.

La première posture est celle du Sapin (Sapos en gaulois). Comme
ses branches, les bras légèrement relevés vont naturellement tirer sur
les épaules vers la terre. La tête monte vers le ciel, le bassin est
basculé pour avoir le tronc bien vertical. Les pieds sont les racines
qui s’enfoncent dans le sol.

Pour le Pin (Padis) ou 2eme posture : même position avec les bras
horizontaux qui tirent en opposition , mains relevées comme les pommes
de pin.

Passons à l’If (Eburos) en tendant les bras devant soi,
légèrement divergents, mains tournées vers le sol, au dessus du niveau
des épaules.

Enfin le Chêne Sessile (Cassanos) va permettre d’ouvrir au
maximum ses bras vers le ciel, paumes des mains regardant le soleil.

Pour le Peuplier (Elto), toujours colonne vertébrale bien
verticale, monter par l’intérieur les bras verticalement, paumes des
mains se regardant. Les mains montent, montent encore.Les pieds
rentrent dans la terre. On est comme le fil à plomb des bâtisseurs, on
s’étire au maximum.

Pour le Hêtre (Bagos) faire comme pour le Chêne mais tourner les mains vers le sol.

La rivière cache dans le courant de l’onde claire une plante
extaordinaire, l’algue (Gweman). Comme elle, élever ses bras au dessus
de la tête et faire onduler tout le corps en grande souplesse, sans
résistance. Toutes les articulations doivent tourner dans tous les sens
: cheville, genoux, bassin, épaules, coudes, poignets, etc.

Pour terminer dans la souplesse, revenons dans les sous bois avec
la Ronce (Drepso). Elever ses bras en tirant fort dessus, puis basculer
lentement en avant tout en continuant l’extension. Comme la ronce
flexible on se courbe sans plier les jambes, jusqu’à venir toucher la
terre pour marcotter. Remonter lentement en position droite.

(samedi 9 février 2002-200 8)

Bablu est vraiment un drôle de type. France m’a dit qu’il était brahmane … je vois pas comment ça pourrait être possible parce que brahmane, jusqu’à nouvel ordre, c’est le nom donné aux prêtres formant la première des quatre grandes castes hindoues. Même s’ils peuvent aussi être des enseignants ou des hommes de loi, leur rôle social est l’enseignement de la doctrine des Védas ou des Ecritures sacrées, et pour autant que j’en sache, je n’ai pas encore vu Bablu enseigner la doctrine des Védas … Non, ce que je veux dire, c’est qu’il semble connaitre tout le monde, même à des centaines de kilomètres de Delhi, c’est un as du marchandage et de la négociation et il sait même faire preuve d’une grande autorité, le type même du “commercial” qui ne s’embarrasse pas trop de scrupules et à côté de ça, il affiche, non le terme est mal choisi parce qu’il n’est pas ostentatoire, il sait exprimer une conscience spirituelle . Hier au soir en laissant filer ses offrandes et ses bougies sur l’eau du Gange et ce matin, en se plongeant dans le Fleuve et en nourrissant les mendiants.(au passage, j’adore cette coutume qui consiste à livrer une petite bougie à l’eau d’une rivière ou d’un fleuve)
inde-bb-2002-026.jpg Je ne savais vraiment pas si je serais capable de le faire, d’ailleurs c’était pour moi une sacrée préoccupation : appréhension, peur, espoir, excitation …et puis ce matin à 9 h sous un ciel gris et des températures pas trop clémentes … je sais pas trop mais je suis sur qu’il doit pas faire tellement plus de 10 ° parce que j’ai une chemise sous un pull avec un coupe vent et je n’ai pas spécialement chaud , en plus il tombe même parfois une sorte de bruine… bref, on s’installe sur cette espèce de quai, on se met en slip, Bablu, Viki et moi, je crois que France est un peu plus loin parce que je suis pas sur que ce soit bien vu que les femmes fassent ça avec les hommes et on s’ immerge … je me tiens à une sorte de filin d’acier parallèle au quai et bien m’en prend parce que le courant est fort et l’eau est froide, cette eau, je la sens m’empoigner, me bousculer un peu, me malaxer tous les muscles du corps, j’en ai le souffle coupé mais je sens en même temps que pour le fleuve, c’est sa manière à lui de m’accueillir et je me replonge en entier une fois, puis une autre, me livrant à lui, du bout des orteils à l’extrémité des cheveux… Quand je ressors, je ruissèle mais je n’ai pas froid, je mets même un moment pour me décider à me rhabiller … je suis, comment dire, revigoré … et nettoyé… et nous remplissons tous des petites gourdes avec l’eau du Gange, comme tous les pélerins qui viennent ici.
Ensuite donc, il y a ces repas offerts aux mendiants sous la haute autorité de Bablu où je me porte volontaire pour être serveur.
Emotionnellement, et même si ça ne transparait peut être pas trop à travers ces lignes, tout ce que je vis ici depuis notre arrivée est assez dur et je me mets souvent à pleurer, comme ça, sans prévenir … Je me sens bien ici, les mendiants m’effraient beaucoup moins qu’au début, la langue évidemment me pose de gros problèmes, même si j’essaie de suivre les directives de France :”si tu écoutes avec le coeur, tu comprends” … ben , c’est pas si évident que ça , je dois pas savoir bien faire parce que je ne comprends pas. J’ai déja dit que j’aime ces foules, que j’aime ces bruits et cette poussière. inde-ee-2002-032.jpg Et je m’émerveille devant tous ses animaux en liberté: ces cochons qui fouillent dans les détritus (derrière l’hôtel j’ai vu une petite truie traverser la route avec trois adorables porcelets qui la suivaient en file… indienne…), ces vaches indolentes (mais qui ont toutes des propriétaires), ces innombrables corbeaux (mais qui ne ressemblent pas trait pour trait aux nôtres) et surtout tous ces chiens, bouffés aux puces, qui se laissent tomber au milieu d’une rue pour se gratter et que toutes les voitures qui se fonçaient dessus la seconde d’avant, s’efforcent alors d’éviter… d’ailleurs, quand ils ne sont pas attaqués par les puces, les chiens sont plutôt prudents, ils regardent à droite et à gauche avant de traverser, même quelques chèvres sont visibles par ci par là…
Je voudrais pouvoir parler plus longtemps et mieux de l’Inde intime et quotidienne, des sourires éclatants des petits mendiants, de ceux des vieux aussi d’ailleurs, des odeurs et de l’encens qui fume à tous les coins de rue et sur tous les étals, des couleurs : la végétation par exemple, est extraordinaire, on dirait une peinture fraîche sur laquelle on passerait un doigt léger pour brouiller/mélanger/densifier en même temps les couleurs des feuillages. J’aimerais aussi pouvoir parler de mes impressions mais elles s’apparentent plus aux émotions et sont indescriptibles, ineffables est un bon terme… Tout celà n’est pas très facile à vivre mais je crois que j’apprends beaucoup. Spirituellement (même si j’aime pas ce mot, je vois pas trop lequel employer à la place), spirituellement donc, je ne sais pas trop. je ne sais pas d’où viennent ces émotions ni ce qu’elles veulent dire. Mais je ne sais pas non plus ce que j’attendais, ni ce que je peux attendre. C’est quoi progresser spirituellement ?…
inde-dd-2002-030.jpg En tout cas pour revenir à des choses plus concrètes, jamais je ne me serais cru capable de nourrir des mendiants, ces mendiants qui me faisaient si peur, de poser des assiettes ou des plateaux dans des mains déformées, léprosées, sans doigts parfois, sur des moignons, sans éprouver de recul, et avec le sourire en prime, en plus, mais en passant aux larmes sans crier gare. C’est tellement imprévu que je me le redis une fois de plus : jamais je n’aurais cru être capable de sourire avec tant de chaleur et de sincérité à des … mendiants ! Il y en a quatre dont je me souviens plus particulièrement : un très bel homme d’abord, d’une cinquantaine d’années, avec un turban rose et des yeux aigus, un nez aquilin avec une belle barbe, au maintien très aristocratique … puis un autre homme, plus vieux, avec une barbe blanche qui remercie avec un grand sourire et force gestes de la main; une vieille femme édentée qui me parle et qui, quand elle voit que je la comprends pas, m’adresse un grand sourire chaleureux, l’air de dire “laisse tomber, c’est pas grave, y a plus important”, et une petite fille aux dents très blanches dans un visage noir qui n’arrête pas , elle aussi, de m’adresser des sourires éclatants quand je lui donne des trucs
Un peu plus tard on va s’asseoir quelques dizaines de minutes sur une espèce de promenade qui tient aussi du terrain vague et du terrain de jeu, entre le Gange et les temples et des baraques de fête foraine pour y grignoter des friandises, à un moment, France dit à Bablu qu’il est un saint, et lui, imperturbable répond :”oui, absolument”. Drôle de personnage …
L’après midi, nous allons visiter un temple dans la montagne dont je ne me rappelle plus le nom. Un grand temple avec plusieurs niveaux pour lequel nous avons du prendre une sorte de téléphérique … les singes y sont légion, avec un cul rouge, et il faut faire attention parce qu’ils sont toujours prêts à chaparder quelque chose, effrontés et parait-il méchants à l’occasion … Autour du temple, des magasins où on peut acheter des tas de choses et des boutiques où on peut manger, des tas de choses aussi. Encore un sujet que je n’ai pas encore abordé : les temples …inde-ff-2002-033.jpg En ville, il y en a plein, certains ne paient pas de mine, d’autres sont luxueux, beaucoup sont dédiés au très populaire Ganesh, le dieu éléphant … D’abord pour pénétrer dans un temple, il faut enlever ses chaussures … au début j’avais la trouille qu’on me les fauche parce qu’il faut les laisser dehors mais je crois que c’est une peur typiquement occidentale … A l’intérieur, j’ai l’impression qu’il y a une sorte de parcours avec différentes stations. Dans certains il y a plusieurs de ce que je croyais au début être des prêtres qui prient pour vous contre des pièces de monnaie et qui vous attachent un fil rouge autour du poignet (quand ces fils se détacheront d’eux mêmes, il faudra les jeter dans un cours d’eau à côté de chez moi…) … certains sont effectivement des prêtres, mais beaucoup sont ce que d’autres appellent des “marchands du temple” qui ne sont intéressés que par le gonflement de votre porte monnaie … les représentations des divinités sont dans un “sanctuaire” qui peut être une petite pièce ou bien une grosse anfractuosité dans le mur, en fonction de la taille du bâtiment et on les honore avec des lampes de ghi (c’est du beurre clarifié. utilisé comme carburant pour les lampes à huile dans les rituels. Il symbolise la clarté de l’esprit et l’illumination), des fleurs, des bâtonnets d’encens, des sucreries, des pièces de monnaie. Il y a d’ailleurs souvent à l’extérieur du temple des marchands avec des étals recouverts d’offrandes diverses, de l’encens (qu’on achète par grosses poignées), des fleurs, des couronnes, des plateaux d’offrandes “composées”, etc… Et si vous tombez sur un prêtre, il peut vous imposer la marque sur le front en versant dans vos mains en coupe trois cuillères d’eau sacrée dont vous devez boire quelques gouttes et vous aspergez avec le reste le haut du crâne et les cheveux… ce qui est aussi un bon moyen, même si pour moi ça n’a rien fait, pour se choper un dérangement intestinal car ce n’est pas de l’eau minérale …

(Vendredi 8 février 2002-200 8)

France est revenue plutôt déçue de sa soirée et si j’ai bien compris, c’est parce qu’elle a senti comme un parfum de dérive sectaire … bon, d’un autre côté je me demande un peu à quoi elle s’attendait, en Inde, où les choses sont quand même plutôt démesurées et où il y a une culture de la secte -entendue comme un grand mouvement religieux- et du gourou -entendu comme maître spirituel ou précepteur religieux.
Quoi qu’il en soit, elle et moi nous parlons avec Bablu jusqu’à une heure avancée de la nuit et il décide de rester dormir …qu’à cela ne tienne, plus ou moins mis devant le fait accompli je ne peux faire autrement que de le laisser partager mon lit et il me ronfle dans les oreilles jusqu’à ce qu’il soit temps de se lever…
Nous levons le camp dans la matinée, direction Haridwar dans le Nord. Nous y sommes accueillis quelques heures plus tard par un formidable orage qui, j’en suis sur est un signe des Dieux. Car Haridwar signifie “la porte du domaine des Dieux” : c’est la porte du chemin qui mène aux sources du Gange qui sort, à cet endroit, des contreforts himalayens et débouche dans la plaine qu’il va féconder sur près de 2000 km. Elle est une des sept villes saintes de l’Inde.
On fait connaissance avec l’hôtel et la chambre où il n’y a pas d’eau chaude: il faudra aller la chercher avec un seau et on va se promener dans les rues. inde-g-2002-022.jpg Je me fais couper les cheveux dans une de ces petites boutiques ouvertes qui jalonnent les côté de la rue … curieux … d’abord le coiffeur refuse d’en couper autant que je le voudrais sur le dessus … bon après tout je suis pas là pour lui apprendre son boulot, mais quand il a terminé il se met à me masser le crâne énergiquement ce qui équivaut à me flanquer des grandes taloches sur la tête … ce qui fait bien rigoler Bablu qui m’a servi de … “traducteur” (bon, il ne me comprend pas bien alors je sais pas trop comment il peut traduire ce que je dis, m’enfin …)… J’ai vraiment une drôle de tronche, avec ma moustache (exit depuis …) , mes cheveux courts sur la nuque et les oreilles et encore assez longs dessus et mon bonnet mais tout le monde me dit que je ressemble à un “vrai” indien … et j’ai même pas l’impression qu’ils se fichent de moi … On monte dans un rickshaw kamikaze qui se faufile à toute allure entre les autres rickshaws, les voitures qui ont à peine la place de passer, les pélerins (parce qu’il y en a beaucoup), les promeneurs, les animaux … et la nuit tombe rapidement avec le ciel toujours obscurci par les orages …inde-a-2002-024.jpgNotre destination : le bord du Gange. Je vais être à court de qualificatifs si je continue dans cette voie là, mais une fois de plus le spectacle est étonnant, bouleversant, renversant : bruits, foule, odeurs, lumières parce que plein de lumières s’allument partout autour et dans les temples… la foule des pélerins est énorme … nous sommes à touche touche … des sortes de terrasses s’étendent des temples nombreux jusqu’aux eaux du Gange qui roulent, noires dans l’obscurité qui tombe, et s’y enfoncent même, par quelques marches . J’enlève mes chaussures et j’en descends une: j’ai les pieds dans l’eau, dans le Gange sacré comme beaucoup d’autres autour de moi… Un homme se précipite vers moi et m’entretient d’un discours rapide … je comprends qu’il me propose de dire des prières pour moi … après tout pourquoi pas, j’accepte et le voilà lancé à toute allure dans des phrases que je ne comprends pas mais qu’il me demande de répéter après lui, ce dont je m’acquitte de manière tout à fait phonétique. Naturellement ça n’est pas sans contrepartie et il s’arrête assez vite pour me demander de l’argent que je lui donne … il me propose alors de faire une seconde série de prières, plus “sacrée” celles là et le scénario se répète : diction très rapide, arrêt pour me demander de l’argent (plus que la première fois), proposition de continuer, et puis encore une fois… mais quand je m’aperçois que je lui ai déja donné 500 roupies (une petite fortune pour les indiens) je comprends la technique, je le fais cesser … Je suis vexé de m’être fait avoir ainsi mais je me souviens que tous les écrivains voyageurs l’ont dit : il faut payer un tribut à l’Inde et j’arrive à me persuader que c’est ce que je viens de faire …inde-c-2002-027.jpg

Une fois rentrés à l’hôtel j’aimerais autant y rester, ne pas avoir tout de suite à traverser à nouveau cette petite entrée où il y a un canapé toujours plein (le canapé comme l’entrée) de tout un tas de types venus de je ne sais trop où .. et qu’est-ce qu’ils font là, tous, à longueur de temps … certains travaillent à l’hôtel mais pas tous, loin de là… enfin c’est pas mon problème et je suis quand même Bablu et Viki (?) le chauffeur et nous nous enfonçons en voiture dans la montagne… Les routes sont étroites et sinueuses et je ne suis pas plus rassuré que ça, d’autant qu’il fait bien noir maintenant… en tout cas ça grimpe sec …Le voyage dure une vingtaine de kilomètres et nous arrivons finalement à une sorte de palier dans la montagne, comme une petite place où il y a déja pas mal de voitures groupées autour d’une boutique cellule. J’appelle ça une “boutique cellule” parce qu’en dur il n’y a que le toit et une façade, les trois autres sont faites de grosses grilles et à l’intérieur, sous l’éclairage violent on voit des tas de bouteilles d’alcool … Il faut dire que l’alcool est complètement interdit dans les Holly Places, c’est à dire les villes saintes et j’imagine qu’autour des 6 autres villes indiennes, il doit y avoir comme ça des petites boutiques pleines de gnôle…Ici, on demande ce qu’on veut et le type à l’intérieur tend les bouteilles à travers les barreaux et prend l’argent de même…Bablu et Viki achètent de la bière et du whisky.
Quand on arrive à l’hôtel il faut encore traverser cette entrée et Bablu prend le chemin des chambres… j’ai beau me dire que non, il ne va pas oser … et bien si, mais là, un employé de l’hôtel est avec nous et on rentre directement dans une chambre qui est pourtant manifestement occupée … alors, par un employé ? ou bien par quelqu’un qu’on n’attend pas avant un bon moment ? le mystère ne sera pas levé pour moi … Quand on n’est plus que tous les trois, Bablu sort une petite flasque de whisky et prend un verre et une bouteille d’eau, il en verse la moitié dans le verre, remplit ce dernier avec de l’eau et, une deux trois, sans prendre sa respiration il le vide d’un coup et puis il recommence: le reste de le petite bouteille dans le verre qu’il remplit d’eau et il avale le tout comme s’il s’agissait d’un verre de lait … je suis soufflé … comment fait-il ça sans tomber par terre ? je n’en reviens pas … et il ne semble pas ébranlé plus que ça, allume la télé et se met même tout de suite à recouvrir le lit de feuilles de papier journal sur lesquelles nous prenons place alors qu’un employé entre avec un plateau dans les mains… tout ça me permet de vérifier que je suis devenu vraiment accro à la cuisine indienne et je me surprends même à regarder la télé d’un oeil attendri, qui diffuse une série télé à la guimauve à laquelle je ne comprends rien …

Moi … (nom et prénom civil) enfant de la grande forêt celtique,
devant ces témoins de mon serment
devant les déesses et les dieux qui m’écoutent,
je jure sur l’honneur dès maintenant et pour toujours,
de renoncer aux religions du désert,
Judaïsme, Islam, Protestantisme, Christianisme,
même s’il se prétend celtique.
Au Christianisme je renonce,
au Jéhovah du Talmud et de la Torah je renonce,
au Mahomet du Coran je renonce.
Je ne me reconnais dans aucune forme du monothéisme
qui sépare le divin du monde
et impose le dogme du dieu unique.
Je répudie librement le baptême
qui m’a été imposé contre ma volonté.
Mon hommage ira désormais
aux seules divinités de mon sol.
Vous ici, prenez acte de mon serment.

Ainsi parlaient les divinités des Celtes païens et polythéistes
par la bouche du poète Amorgen :
Je suis un vent de la mer,
je suis une vague de l’océan,
je suis une voix de la mer,
je suis le taureau aux sept combats,
je suis un faucon sur une falaise,
je suis un sanglier de valeur,
je suis une larme du soleil,
je suis une fée parmi les fleurs,
je suis un saumon dans un lac,
je suis un lac dans une plaine,
je suis une colline de poésie,
je suis une flèche décochée pour la bataille,
je suis un dieu qui met le feu à la tête.
Qui, si ce n’est moi
peut pénétrer les secrets des phases de la lune
et l’endroit où se couche le soleil ?

(samedi 9 février 200 8)

ça me laisse pantois de voir que la présidente de confession libertaire (donc qui privilégie la responsabilité personnelle  à l’autorité) d’une association dont le principal moyen de communication est un forum, puisse dire :

” j’ai pris une fichue habitude, quand je suis enervée, de venir me défouler ici. Ca m’est arrivé de penser explicitement “Tiens, je vais aller sur [forum] voir si untel ou untel n’auraient pas posté un truc qui me donnerait une ouverture pour les faire ch*er”. Genre le forum c’est un terrain de chasse ou les gens contre qui j’ai une dent sont mon gibier. “

et que ça n’a pas l’air de lui poser plus de problèmes que ça alors que l’asso vient de connaitre une succession de règlements de comptes sanglants qui ont largement décimé ses rangs et ressemble maintenant plus ou moins à un champ de ruines …

(Jeudi 7 février 2002-200 8)

Même si France a pu me dire, hier au cours de nos pérégrinations, qu’elle était prête à ce qu’on s’installe en Inde, soit pour ouvrir un ashram, soit pour y faire le commerce de cartes postales (ses capacités d’imagination m’ont toujours surpris …), même si elle prétend être aux petits soins pour moi, même si elle m’attache à sa “Mission” : “quand on va être rentré en France, ça ne va pas être facile pour nous de travailler pour l’Unité” . Bon, pour préciser les choses, deux mots sur sa “Mission” : l’Unité, c’est son nouveau cheval de bataille spirituelle et travailler pour l’Unité, ça veut dire qu’en rentrant en France, elle compte bien, (avec moi !…) répandre la “bonne parole” : il faut comprendre que personne d’autre n’existe. C’est moi qui suis assis là sous la forme de Truc. C’est moi qui suis assis là sous la forme de Machin. “C’est moi qui joue tous ces différents rôles. Tout est moi. C’est la recherche du Soi de ne plus faire la différence. Peut être que ce corps ci est un peu plus proche, celui là un peu plus éloigné mais c’est la seule différence. L’Etre est Un. Aussi,quand le mental reconnait cette unité, il se dissout, il disparait. Tous les êtres sont moi, une partie de moi. Jeff est une partie de moi. Lloyd est une partie de moi. Shirley est une partie de moi” (Sri Sri Ravi Shankar: “Dieu aime s’amuser”)… inutile de préciser que j’ai du mal à bien percevoir tout ce que ça implique, que j’ai du mal à le percevoir tout court, d’ailleurs … ça me donne simplement une impression de tristesse, on ne doit pas rigoler tous les jours quand on s’aperçoit qu’on est les autres et qu’ on voit son mental se dissoudre et disparaitre, parce que le mental, oui c’est vrai que quand il est trop envahissant, il est particulièrement pénible mais que d’autres fois il est bien agréable et même utile je dirais …
Donc, malgré ce comportement bienveillant (… étrange mais bienveillant …), un petit incident est venu hier au soir me rappeler à l’ordre en me montrant ce qu’au delà de son sourire et de sa gentillesse elle est en train de devenir. En fait, à partir d’une spiritualité curieuse et ouverte elle est en train de verser dans la bondieuserie et l’intransigeance, persuadée qu’elle est de détenir LA Vérité, d’être La Vérité. Je faisais simplement des comparaisons anodines sur les personnels des deux hôtels quand elle a commencé à m’entreprendre sur mon Ego, égo détestable bien sûr qui, s’il n’est pas reconnu et maté impitoyablement m’empêchera de travailler avec elle en France … J’avais les nerfs à fleur de peau sans doute, et j’ai pris la porte sans attendre, en la claquant si fort que je me suis trouvé tout con en face d’un type de l’hôtel qui passait dans le couloir et m’a jeté un regard désapprobateur …ben désolé… moi quand je suis en rogne, je donne des coups de poing dans les murs et je claque les portes …
Quand je plonge dans la rue, encore chaude, bruyante, odorante, colorée ça m’est comme un bain de jouvence … je respire cette poussière et cet encens à pleins poumons… je flâne un peu et puis, comme la colère me creuse l’estomac, je m’offre un petit régime d’une dizaine de bananes petite taille que j’avale en me promenant et buvant des yeux tous les spectacles qui s’offrent à moi…
Ce matin nous ne parlons pas beaucoup et je vais faire un grand tour dans le quartier … c’est fou comme j’aime cette ambiance, ce bruit, cette poussière … et quand je reviens à l’hôtel elle a disparu… ce qui me permet de réfléchir tranquillement à tout ce qui se passe… En fait plus tard, après être rentré en France, je lirai un bouquin de Régis Airault, “Fous de l’Inde” au joli sous-titre: “délires d’occiden