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Je me demandais, comme ça, s’il y avait des écrivains -romanciers ou philosophes- catholiques “militants” qui trouvaient grâce à mes yeux et trois noms me sont venus :
Gustave Thibon, le philosophe-paysan avec son éternelle cigarette entre les lèvres, celui là même qui a dit : “« Economiser, au sens vrai et sain du mot, cela signifie surtout : réserver pour mieux donner. ».
Jean de la Varende, dont les personnages historico-romantiques ont pour une part été les guides de mes pas adolescents. J’ai même été membre plusieurs années des “Amis de La Varende” (lire absolument “Man d’Arc”, “Les Manants du Roi” et “Nez de Cuir”).
Michel de Saint Pierre qui m’a appris qu’”en tout il y a la manière” et que le mot “aristocrate” venait du grec “aristos”: “excellent”. A lire “Les Aristocrates”, “Les Nouveaux Aristocrates”, “La Mer à Boire”.
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Gustave Thibon (2 septembre 1903 à Saint-Marcel-d’Ardèche, France - 19 janvier 2001) est un philosophe français. En tant que philosophe-paysan, il a passé une grande partie de sa vie à Saint-Marcel-d’Ardèche.
Très tôt féru de littérature malgré sa sortie de l’école à l’âge de treize ans, il fut marqué par les horreurs de la Première Guerre mondiale, d’où lui vint son rejet du patriotisme revanchard et de la démocratie. Sa jeunesse aventurière le mène à Londres, puis en Italie. Il effectue son service militaire en Afrique du Nord, mais revint définitivement dans son village à 23 ans.
« Philosophe-paysan », catholique, monarchiste et autodidacte, il fut l’ami de la philosophe d’origine juive Simone Weil, qu’il recueille dans sa ferme pendant la Seconde Guerre mondiale et dont il publie en 1947 La Pesanteur et la grâce.
Il a reçu en 2000 le Grand prix de philosophie de l’Académie française.
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Jean Balthazar Marie Mallard de La Varende Agis de Saint-Denis, baron Agis de Saint-Denis, « vicomte » de La Varende, connu sous le nom de Jean de La Varende, né le 24 mai 1887 au château de Bonneville à Chamblac (Eure), mort le 8 juin 1959 à Paris, est un écrivain français.
Parmi les centaines de nouvelles que compte son œuvre, le terroir normand (notamment le pays d’Ouche) constitue le cadre principal. S’y ajoutent des contes et des romans dont les éditions numérotées sont aujourd’hui recherchées.
Mais l’attrait de la mer, sa passion pour la navigation, mais aussi la Bretagne et l’Espagne, la mise en scène de curés de campagne, de paysans mais également de hobereaux normands, milieu auquel il appartient et la nostalgie de l’Ancien Régime forment la trame essentielle de son œuvre. Son écriture à la fois sentimentale et romantique est très attachée au sol, au sens de la terre labourée, aimée, transmise intacte. Elle cherche à décrire la pureté tout en sachant exprimer l’homme dans ses travers et ses erreurs. Les récits ont souvent pour fond une sorte de transmission idéale des traditions rurales du passé, tant dans les chaumières que dans les châteaux, qu’il décrit dans quelques beaux livres.
Ce traditionaliste catholique à la foi tourmentée était en outre monarchiste, proche du journal l’Action française. Cette position politique est probablement la cause d’une sorte de “mise sous scellés” de ses écrits, aujourd’hui méconnus, à l’instar d’autres Henry Bordeaux, Paul Bourget ou Michel de Saint-Pierre, aussi prolixes et lus de leur vivant.
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Michel de Saint-Pierre, de son vrai nom Michel de Grosourdy, marquis de Saint-Pierre (né le 12 février 1916 à Blois, mort le 19 juin 1987 à Saint-Pierre-du-Val, dans l’Eure) était un écrivain et journaliste français.
Faisant ses études à Paris, il passe, après son baccalauréat de philosophie, une licence de lettres classiques mais manifeste peu d’interêt pour ses études. A l’âge de dix-huit ans, il décide de partir pour Saint-Nazaire où il va travailler en usine comme ouvrier métallurgiste. Il s’engage ensuite quatre ans dans la marine, comme matelot de pont et combat pendant la seconde guerre mondiale dans les forces navales, puis devient résistant. Il sera décoré de la Croix de guerre, de la médaille de la résistance avec rosette, de la Croix du combattant volontaire et de la Médaille militaire. Il sera également Chevalier d’honneur et de dévotion de l’Ordre souverain de Malte.
Royaliste et catholique, défenseur de la messe traditionnelle, il se lance avec vigueur dans les grands débats qui agitent une société française en pleine transformation. En 1964, en pleine crise conciliaire, son roman Les Nouveaux prêtres, met ainsi en scène, avec une grande profondeur d’analyse, la détresse intérieure de beaucoup de catholiques devant la vague des réformes liturgiques et pastorales de Vatican II1. Un autre de ses romans à succès, Les Aristocrates, peint avec finesse la vie d’une certaine noblesse française, tiraillée entre tradition et modernité, sens du devoir et aspiration à la liberté.
Romancier très prolifique, Michel de Saint-Pierre fut aussi un ami fidèle d’Henry de Montherlant et Jean de La Varende avec lesquels il a échangé une riche correspondance. Ses œuvres, écrites dans un style vigoureux, empreint d’une vaste culture et de douce ironie, touchent aussi par la foi de leurs personnages, aux prises avec un monde qui semble perdre le sens de ses racines et de Dieu.
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en fait, je les aime parce qu’ils sont païens sans le savoir … qu’ils sont des hommes libres et parce qu’ils écrivent 100, 1000 fois mieux que tous les plumitifs d’aujourd’hui …
Je parlais l’autre jour du Salon du Livre et de Léo Malet… j’y ai aussi rencontré Gabriel Matzneff, pétillant de séduction, entouré d’une petite cour de minaudantes minettes boutonneuses, adolescentes bourgeoises aux joues rouges et aux pieds plats… on avait échangé quelques phrases : avait eu l’air intéressé par ma librairie et m’avait promis de passer me voir s’il passait par Poitiers …
J’ai appris tout récemment, après la publication du dixième volume de son journal, qu’il allait cesser de publier de son vivant ses fameux « Carnets Noirs », « vu les conditions atmosphériques ». Merde, les cagots ont donc eu sa peau (j’ai cru comprendre que ces connards de Field et Polac , maîtres es terrorisme intellectuel, y étaient pour quelque chose …) … bien dommage … et ça donne une autre dimension aux citations que j’avais relevées :
“Ils croient que je suis comme eux parce que, comme eux, j’ai une tête, un corps, deux bras, deux jambes. Mais la ressemblance s’arrête là, pauvres pommes !”
“Donnez la moindre parcelle d’autorité à un médiocre, il se transforme incontinent en tyranneau“.
“Tant que j’inquiéterai les cons et exaspérerai les larves, je saurai que je suis dans la voie juste. Leur hargne me conforte dans ce que je suis“.
Patrice Lajoye : “Des Dieux Gaulois. Petits essais de mythologie”. Editions Archaeolingua. 36 €
La religion gauloise est fort mal connue, et sa mythologie ne subsiste qu’à l’état de fragments épars. Le but de ce recueil d’essais n’est donc pas de révéler cette mythologie, mais d’en éclairer certains aspect, en comparant ce qui subsiste avec d’autres mythologies mieux connues, en essayant quelques hypothèses nouvelles, et surtout en rassemblant des informations sur des divinités qui parfois, n’avaient été que peu étudiées.
Ces quelques fragments montrent toutefois l’ampleur de ce que nous avons perdu: la mythologie gauloise était, très vraisemblablement, tout aussi riche et variée que ses homologues mieux connues, grecque ou indienne.
Sommaire
| Introduction | 11 | |||
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11 | |||
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14 | |||
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16 | |||
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18 | |||
| Les Dieux | 21 | |||
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22 | |||
| - Un dieu solaire ou une pomme de l’Autre Monde ? | 22 | |||
| - L’île | 23 | |||
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24 | |||
| - Le sens du nom « Baco » : une approche linguistique | 25 | |||
| - Baco : un dieu-hêtre ? L’apport de la mythologie | 26 | |||
| - Quelques surnoms de Jupiter en Gaule | 27 | |||
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29 | |||
| - Un dieu-taureau ou un dieu-fleuve ? | 29 | |||
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30 | |||
| - Le plus vieux des dieux gaulois | 31 | |||
| - Une évolution iconographique précoce | 31 | |||
| - Cernunnos gallo-romain | 32 | |||
| - La corne gauloise | 34 | |||
| - Une biche cornue | 35 | |||
| - Des survivances encore actuelles | 36 | |||
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37 | |||
| - Le culte de Circius | 37 | |||
| - Les vents gaulois | 38 | |||
| - Pourquoi prier les vents ? | 39 | |||
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39 | |||
| - Un héros ou un dieu ? | 40 | |||
| - Le sens du nom | 41 | |||
| - La parèdre | 41 | |||
| - Des fragments de mythologie de Lero dans la Vie de saint Mathurin ? | 41 | |||
| - Saint Pipe / Pipio | 42 | |||
| - Le problème de la transmission | 43 | |||
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44 | |||
| - Hercule et les eaux en Gaule | 44 | |||
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46 | |||
| - Authenticité du texte de Lucien | 46 | |||
| - Ogmios dans l’épigraphie | 47 | |||
| - Un dieu lieur mal connu finalement | 48 | |||
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50 | |||
| - Une tradition hellénistique tardive | 50 | |||
| - Le Rhin père | 50 | |||
| - L’Océan | 51 | |||
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53 | |||
| - La légende arthurienne | 54 | |||
| - L’homme sauvage et le Dagda | 54 | |||
| - Merlin et la forêt | 56 | |||
| - Sucellus, un archétype antique ? | 56 | |||
| - Une preuve par latinisation ? | 56 | |||
| - Dieu céleste ou dieu rustique ? | 59 | |||
| - Dieu de la forêt | 59 | |||
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59 | |||
| - Des commentaires sur Taranis | 60 | |||
| - L’orage | 60 | |||
| - Une interprétation romaine imparfaite | 61 | |||
| - Le dieu à la roue | 61 | |||
| - Des survivances tardives | 62 | |||
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63 | |||
| - Les inscriptions mentionnant Toutatis | 64 | |||
| - Des Mars locaux | 65 | |||
| - Rapport à l’Italie | 67 | |||
| - Mars roi | 68 | |||
| - Contre exemples | 68 | |||
| Les Déesses | 71 | |||
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71 | |||
| - Un nom à l’orthographe multiple | 71 | |||
| - De curieux partenaires | 72 | |||
| - Héra, une erreur d’auteurs grecs ? | 72 | |||
| - Une divinité infernale | 73 | |||
| - Une survivance médiévale ? | 73 | |||
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73 | |||
| - *Dea Ana | 73 | |||
| - Diane démon de midi ? | 74 | |||
| - Une mère des dieux ? | 75 | |||
| - Un examen du nom | 75 | |||
| - Une interprétation romaine achevée ? | 77 | |||
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79 | |||
| - Une étrange localisation géographique | 79 | |||
| - Le sens du nom | 80 | |||
| - Un sanctuaire ? | 81 | |||
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81 | |||
| - Epona, une divinité celtique | 82 | |||
| - L’introduction d’Epona à Rome | 83 | |||
| - Le culte d’Epona | 84 | |||
| - Des fêtes locales ? | 84 | |||
| - Fonction d’Epona | 86 | |||
| - Une mythologie | 87 | |||
| - Epona et Isis | 87 | |||
| - La fin du culte | 88 | |||
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91 | |||
| - Sainte Apolline | 91 | |||
| - Minerva Sulis | 92 | |||
| - Sulevia / les Suleviae | 92 | |||
| - Belisama | 93 | |||
| - Brigid / Brigindona | 93 | |||
| - Une seule et unique déesse | 94 | |||
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94 | |||
| - Segeta | 94 | |||
| - Les inscriptions | 95 | |||
| - Segeta sur des monnaies impériale | 95 | |||
| - Pourquoi avoir frapper ces monnaies ? | 96 | |||
| - Qui est Segeta ? | 97 | |||
| - Segesta à Rome | 98 | |||
| - Le sens du nom | 98 | |||
| - Paradoxes temporels | 99 | |||
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99 | |||
| - La danse au-dessus du gouffre | 100 | |||
| - Des divinités de source | 100 | |||
| Les couples divins | 103 | |||
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103 | |||
| - Borvo et Damona | 103 | |||
| - Le bouillonnant | 103 | |||
| - Les premiers Celtes d’Anatolie | 104 | |||
| - Une toponymie abondante mais difficilement utilisable | 105 | |||
| - Apollon médecin | 105 | |||
| - Une seule parèdre: Damona | 106 | |||
| - Une vache sacrée | 106 | |||
| - Un mythe irlandais | 107 | |||
| - … Mais aussi un mythe gaulois christianisé | 108 | |||
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108 | |||
| - Un Mars étrange | 109 | |||
| - La Terre | 109 | |||
| - Les raisons du culte | 111 | |||
| Le dossier « lugien » | 113 | |||
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113 | |||
| - Lug au Pays-de-Galles : Lleu Llaw Gyffes | 113 | |||
| - Lug en Irlande | 115 | |||
| - Les dédicaces | 119 | |||
| - Gémellité | 120 | |||
| - La plus ancienne légende celtique connue : Gargoris de Tartessos | 123 | |||
| - Le bras long | 127 | |||
| - Toponymie | 135 | |||
| - Rosmerta | 140 | |||
| - Mars forgeron : Cobannos | 145 | |||
| - Cordonnier | 151 | |||
| - Le dieu à la lance et au taureau : Gisacus | 151 | |||
| - Esus, le dieu par excellence | 157 | |||
| - Des grues, des corneilles ou des corbeaux: Cathubodua | 161 | |||
| - Mars Loucetius et Victoria Nemetona | 163 | |||
| - La femme-fleur | 167 | |||
| - Le cochon polytechnicien | 167 | |||
| - Les chaînes et les frontières | 169 | |||
| - Le voyant | 170 | |||
| - Le bélier infernal : Moltinus | 171 | |||
| - Pourquoi pas plus de dédicaces à Lugus, finalement ? | 174 | |||
| - Mercure | 175 | |||
| - Apollon | 175 | |||
| - Le plus connu des dieux gaulois: Bélénos | 175 | |||
| - Le Soleil a rendez-vous avec la Lune: Grannos et Sirona | 182 | |||
| - Mars | 189 | |||
| - Inédits gaulois | 190 | |||
| - Le combat final | 190 | |||
| - Une bataille eschatologique | 191 | |||
| En guise de conclusion | 201 | |||
| Bibliographie | 203 | |||
| Index | ||||
Beaucoup de choses m’agacent en ce moment et je supporte vraiment de plus en plus mal l’injustice, la laideur, la mauvaise foi, la vanité, la bêtise ce qui laisse peu de place au reste, donc pas grand chose pour trouver grâce à mes yeux… Ce qui m’incite à ne pas bouder mon plaisir et dire deux mots de samedi dernier où, à Chauvigny, j’ai non seulement fait la connaissance de deux païens comme je les aime, mais en plus j’ai vu que la municipalité avait donné à une rue le nom de Léo Malet, le père de Nestor Burma .
Nestor Burma, c’est celui qui “met le mystère knock out”, c’est le type même du détective privé de l’époque héroïque. Grand amateur de « lait de panthère”, sujet à la gueule de bois , il ne cache pas non plus son goût pour les belles filles avec une très nette et très suspecte préférence pour les “femmes-enfants”, étant bien entendu dès le départ qu’aucune n’arrivera pourtant au niveau de la cheville (parfaite) de son Hélène de secrétaire.
On devine sans peine qu’au cinéma, un Nestor Burma américain serait apparu sous les traits d’Humphrey Bogart (dixit son créateur et noblesse oblige), mais qu’en bon français, avant d’être Guy Marchand, il fut René Dary et Galabru lui prêta aussi sa lippe ainsi qu’un Michel Serrault plutôt atypique. Et puis, Tardi est passé par là…
Nestor Burma c’est aussi Léo Malet qui promène son cynisme réjouissant et sa gouaille irrésistible du haut de sa “vieille bonne vache de pipe à tête de taureau”. Léo Malet, le poète surréaliste amère et déçu : “je me suis établi détective comme je me serais installé poète. Sauf que j’ai une plaque à ma porte au lieu d’avoir une plaquette dans mon tiroir. Je suis un franc tireur. Je gagne mon boeuf au jour le jour, sans l’aide de personne ou presque, semblable à celui qui s’enfonce dans la jungle, un fusil aux pognes, pour chasser ses deux repas et son paquet de gris quotidiens”. Léo Malet, l’amoureux d’un Paris pittoresque et provincial qu’on n’avait pas encore livré à la pioche ni à l’imagination délirante des promoteurs. Léo Malet l’ethnologue, l’observateur de cette jungle qu’est la grande ville, et de ses habitants, humbles ou suffisants, proies et prédateurs, petits truands canailles ou gangsters de haute volée. De la série des “Nouveaux Mystères de Paris”, Gilbert Sigaux disait “Malet y met en scène les secrets de la ville et les secrets des personnages”.
Il m’avait écrit très gentiment pour me remercier d’un article que j’avais fait sur lui dans Centre Presse et je garde encore sa carte postale faite maison selon la technique du collage et dont il s’était fait une spécialité … Une année, au Salon du Livre, je l’avais vu s’éloigner dans une allée, avec sa casquette et sa grosse pipe à tête de taureau, les jambes de ses pantalons légèrement trop courtes qui laissaient voir une bande des chaussettes et j’avais trouvé ça très touchant… ça devait être l’époque où Daeninckx lui pourrissait la vie à grands coups d’anathèmes et de dénonciations trémolesques… Daeninckx, grand pourfendeur du fâââchisme, commissaire politique, et grand inquisiteur mais aussi rédacteur récurrent de minables lettres de dénonciation… qui verrait une alliance néo-fasciste rouge-brune dans une glace à deux boules fraise-chocolat… collectionneur de fiches sur tout le monde, RG nouveau genre, qui dénoncerait père et mère et puis sa petite soeur pour faire bonne mesure…
J’avoue, j’ai craqué … avec toutes ces dépenses de ces derniers temps qui m’ont été plus ou moins imposées, je pouvais bien me faire un petit plaisir volontaire après tout … il y a deux mois, depuis sa sortie, que je lorgnais sur le Journal de Manchette … non c’est pas une astuce vaseuse sur la manchette du journal, c’est le journal qu’a tenu Jean Patrick Manchette de 1966 à 1974 auquel on doit notamment « Nada » dont Chabrol a fait un film moyen, « Ô dingos, ô chateaux ! » (qui a donné « ’Folle à tuer » avec Marlène Jobert), « Le petit bleu de la côte ouest », illustré par Tardi et adapté au ciné (« Trois hommes à abattre » avec Alain Delon…) Alain Delon encore dans « Pour la peau d’un flic » (d’après « Que d’Os ») et « le Choc » (d’après « la Position du tireur couché ») Jean François Balmer enfin dans « Polar » d’après « Morgue pleine »… comme il a introduit la critique sociale dans ses bouquins, on dit qu’il est le pape du néo polar … c’était surtout un bon écrivain (traducteur, dialoguiste, critique)… et un type bien … dans son journal reviens souviens son désir d’arrêter de fumer, ou au moins de réduire de manière significative… c’est glaçant quand on sait que plus de 20 ans plus tard il est mort d’un cancer du poumon …
Ce texte est paru dans de nombreuses revues écologiques, sans que Giono accepte jamais de droits d’auteur.
Voici ce que disait Giono de son texte dans une lettre qu’il écrivit au Conservateur des Eaux et Forêts de Digne, en 1957, au sujet de cette nouvelle :
“Cher Monsieur,
Navré de vous décevoir, mais Elzéard Bouffier est un personnage inventé. Le but était de faire aimer l’arbre ou plus exactement faire aimer à planter des arbres (ce qui est depuis toujours une de mes idées les plus chères). Or si j’en juge par le résultat, le but a été atteint par ce personnage imaginaire. Le texte que vous avez lu dans Trees and Life a été traduit en Danois, Finlandais, Suédois, Norvégien, Anglais, Allemand, Russe, Tchécoslovaque, Hongrois, Espagnol, Italien, Yddisch, Polonais. J’ai donné mes droits gratuitement pour toutes les reproductions. Un américain est venu me voir dernièrement pour me demander l’autorisation de faire tirer ce texte à 100 000 exemplaires pour les répandre gratuitement en Amérique (ce que j’ai bien entendu accepté). L’Université de Zagreb en fait une traduction en yougoslave. C’est un de mes textes dont je suis le plus fier. Il ne me rapporte pas un centime et c’est pourquoi il accomplit ce pour quoi il a été écrit. J’aimerais vous rencontrer, s’il vous est possible, pour parler précisément de l’utilisation pratique de ce texte. Je crois qu’il est temps qu’on fasse une “politique de l’arbre” bien que le mot politique semble bien mal adapté.
Très cordialement, Jean Giono”
Alors ce sera une de mes modestes contributions à la “politique de l’arbre” de Giono
Jean Giono
L’Homme qui plantait des Arbres, 1953
Pour que le caractère d’un être humain dévoile des qualités vraiment exceptionnelles, il faut avoir la bonne fortune de pouvoir observer son action pendant de longues années. Si cette action est dépouillée de tout égoïsme, si l’idée qui la dirige est d’une générosité sans exemple, s’il est absolument certain qu’elle n’a cherché de récompense nulle part et qu’au surplus elle ait laissé sur le monde des marques visibles, on est alors, sans risque d’erreurs, devant un caractère inoubliable.
Il y a environ une quarantaine d’années, je faisais une longue course à pied, sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence.
Cette région est délimitée au sud-est et au sud par le cours moyen de la Durance, entre Sisteron et Mirabeau ; au nord par le cours supérieur de la Drôme, depuis sa source jusqu’à Die ; à l’ouest par les plaines du Comtat Venaissin et les contreforts du Mont Ventoux. Elle comprend toute la partie nord du département des Basses Alpes, le sud de la Drôme et une petite enclave du Vaucluse.
C’était, au moment ou j’entrepris ma longue promenade dans ces déserts, des landes nues et monotones, vers 1200 à 1300 mètres d’altitude. Il n’y poussait que des lavandes sauvages.
Je traversais ce pays dans sa plus grande largeur et, après trois jours de marche, je me trouvais dans une désolation sans exemple. Je campais à côté d’un squelette de village abandonné. Je n’avais plus d’eau depuis la veille et il me fallait en trouver. Ces maisons agglomérées, quoique en ruine, comme un vieux nid de guêpes, me firent penser qu’il avait dû y avoir là, dans le temps, une fontaine ou un puits. Il y avait bien une fontaine, mais sèche. Les cinq à six maisons, sans toiture, rongées de vent et de pluie, la petite chapelle au clocher écroulé, étaient rangées comme le sont les maisons et les chapelles dans les villages vivants, mais toute vie avait disparu.
C’était un beau jour de juin avec grand soleil, mais, sur ces terres sans abri et hautes dans le ciel, le vent soufflait avec une brutalité insupportable. Ses grondements dans les carcasses des maisons étaient ceux d’un fauve dérangé dans son repas.
Il me fallut lever le camp. A cinq heures de marche de là, je n’avais toujours pas trouvé d’eau et rien ne pouvait me donner l’espoir d’en trouver. C’était partout la même sécheresse, les mêmes herbes ligneuses. Il me sembla apercevoir dans le lointain une petite silhouette noire, debout. Je la pris pour le tronc d’un arbre solitaire. A tout hasard, je me dirigeai vers elle. C’était un berger. Une trentaine de moutons couchés sur la terre brûlante se reposaient près de lui.
Il me fit boire à sa gourde et, un peu plus tard, il me conduisit à sa bergerie, dans une ondulation du plateau. Il tirait son eau, excellente, d’un trou naturel, très profond, au-dessus duquel il avait installé un treuil rudimentaire.
Cet homme parlait peu. C’est le fait des solitaires, mais on le sentait sûr de lui et confiant dans cette assurance. C’était insolite dans ce pays dépouillé de tout. Il n’habitait pas une cabane mais une vraie maison en pierre ou l’on voyait très bien comment son travail personnel avait rapiécé la ruine qu’il avait trouvée là à son arrivée. Son toit était solide et étanche. Le vent qui le frappait faisait sur les tuiles le bruit de la mer sur les plages.
Son ménage était en ordre, sa vaisselle lavée, son parquet balayé, son fusil graissé ; sa soupe bouillait sur le feu. Je remarquai alors qu’il était aussi rasé de frais, que tous ses boutons étaient solidement cousus, que ses vêtements étaient reprisés avec le soin minutieux qui rend les reprises invisibles.
Il me fit partager sa soupe et, comme après je lui offrais ma blague à tabac, il me dit qu’il ne fumait pas. Son chien, silencieux comme lui, était bienveillant sans bassesse.
Il avait été entendu tout de suite que je passerais la nuit là ; le village le plus proche était encore à plus d’une une journée et demie de marche. Et, au surplus, je connaissais parfaitement le caractère des rares villages de cette région. Il y en a quatre ou cinq dispersés loin les uns des autres sur les flans de ces hauteurs, dans les taillis de chênes blancs à la toute extrémité des routes carrossables. Ils sont habités par des bûcherons qui font du charbon de bois. Ce sont des endroits où l’on vit mal. Les familles serrées les unes contre les autres dans ce climat qui est d’une rudesse excessive, aussi bien l’été que l’hiver, exaspèrent leur égoïsme en vase clos. L’ambition irraisonnée s’y démesure, dans le désir continu de s’échapper de cet endroit.
Les hommes vont porter leur charbon à la ville avec leurs camions puis retournent. Les plus solides qualités craquent sous cette perpétuelle douche écossaise. Les femmes mijotent des rancœurs. Il y a concurrence sur tout, aussi bien pour la vente du charbon que pour le banc à l’église, pour les vertus qui se combattent entre elles, pour les vices qui se combattent entre eux et pour la mêlée générale des vices et des vertus, sans repos. Par là-dessus, le vent également sans repos irrite les nerfs. Il y a des épidémies de suicides et de nombreux cas de folies, presque toujours meurtrières.
Le berger qui ne fumait pas alla chercher un petit sac et déversa sur la table un tas de glands. Il se mit à les examiner l’un après l’autre avec beaucoup d’attention, séparant les bons des mauvais. Je fumais ma pipe. Je me proposai pour l’aider. Il me dit que c’était son affaire. En effet : voyant le soin qu’il mettait à ce travail, je n’insistai pas. Ce fut toute notre conversation. Quand il eut du côté des bons un tas de glands assez gros, il les compta par paquets de dix. Ce faisant, il éliminait encore les petits fruits ou ceux qui étaient légèrement fendillés, car il les examinait de fort près. Quand il eut ainsi devant lui cent glands parfaits, il s’arrêta et nous allâmes nous coucher.
La société de cet homme donnait la paix. Je lui demandai le lendemain la permission de me reposer tout le jour chez lui. Il le trouva tout naturel ou, plus exactement, il me donna l’impression que rien ne pouvait le déranger. Ce repos ne m’était pas absolument obligatoire, mais j’étais intrigué et je voulais en savoir plus. Il fit sortir son troupeau et il le mena à la pâture. Avant de partir, il trempa dans un seau d’eau le petit sac ou il avait mis les glands soigneusement choisis et comptés.
Je remarquai qu’en guise de bâton, il emportait une tringle de fer grosse comme le pouce et longue d’environ un mètre cinquante. Je fis celui qui se promène en se reposant et je suivis une route parallèle à la sienne. La pâture de ses bêtes était dans un fond de combe. Il laissa le petit troupeau à la garde du chien et il monta vers l’endroit ou je me tenais. J’eus peur qu’il vînt pour me reprocher mon indiscrétion mais pas du tout, c’était sa route et il m’invita à l’accompagner si je n’avais rien de mieux à faire. Il allait à deux cents mètres de là, sur la hauteur.
Arrivé à l’endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui demandai si la terre lui appartenait. Il me répondit que non. Savait-il à qui elle était ? Il ne savait pas. Il supposait que c’était une terre communale ou, peut-être, était-elle propriété de gens qui ne s’en souciaient pas ? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il planta ainsi cent glands avec un soin extrême.
Après le repas de midi, il recommença à trier sa semence. Je mis, je crois, assez d’insistance dans mes questions puisqu’il y répondit. Depuis trois ans il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille était sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu’il y a d’impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser dans cet endroit où il n’y avait rien auparavant.
C’est à ce moment là que je me souciai de l’âge de cet homme. Il avait visiblement plus de cinquante ans. Cinquante-cinq, me dit-il. Il s’appelait Elzéard Bouffier. Il avait possédé une ferme dans les plaines. Il y avait réalisé sa vie.
Il avait perdu son fils unique, puis sa femme. Il s’était retiré dans la solitude où il prenait plaisir à vivre lentement, avec ses brebis et son chien. Il avait jugé que ce pays mourait par manque d’arbres. Il ajouta que, n’ayant pas d’occupations très importantes, il avait résolu de remédier à cet état de choses.
Menant moi-même à ce moment-là, malgré mon jeune âge, une vie solitaire, je savais toucher avec délicatesse aux âmes des solitaires. Cependant, je commis une faute. Mon jeune âge, précisément, me forçait à imaginer l’avenir en fonction de moi-même et d’une certaine recherche du bonheur. Je lui dis que, dans trente ans, ces dix mille chênes seraient magnifiques. Il me répondit très simplement que, si Dieu lui prêtait vie, dans trente ans, il en aurait planté tellement d’autres que ces dix mille seraient comme une goutte d’eau dans la mer.
Il étudiait déjà, d’ailleurs, la reproduction des hêtres et il avait près de sa maison une pépinière issue des faines. Les sujets qu’il avait protégés de ses moutons par une barrière en grillage, étaient de toute beauté. Il pensait également à des bouleaux pour les fonds où, me dit-il, une certaine humidité dormait à quelques mètres de la surface du sol.
Nous nous séparâmes le lendemain.
L’année d’après, il y eut la guerre de 14 dans laquelle je fus engagé pendant cinq ans. Un soldat d’infanterie ne pouvait guère y réfléchir à des arbres. A dire le vrai, la chose même n’avait pas marqué en moi ; je l’avais considérée comme un dada, une collection de timbres, et oubliée.
Sorti de la guerre, je me trouvais à la tête d’une prime de démobilisation ridicule mais avec le grand désir de respirer un peu d’air pur. C’est sans idée préconçue, sauf celle-là, que je repris le chemin de ces contrées désertes.
Le pays n’avait pas changé. Toutefois, au-delà du village mort, j’aperçus dans le lointain une sorte de brouillard gris qui recouvrait les hauteurs comme un tapis. Depuis la veille, je m’étais remis à penser à ce berger planteur d’arbres. “Dix mille chênes, me disais-je, occupent vraiment un très large espace”.
J’avais vu mourir trop de monde pendant cinq ans pour ne pas imaginer facilement la mort d’Elzéard Bouffier, d’autant que, lorsqu’on en a vingt, on considère les hommes de cinquante comme des vieillards à qui il ne reste plus qu’à mourir. Il n’était pas mort. Il était même fort vert. Il avait changé de métier. Il ne possédait plus que quatre brebis mais, par contre, une centaine de ruches. Il s’était débarrassé des moutons qui mettaient en péril ses plantations d’arbres. Car, me dit-il (et je le constatais), il ne s’était pas du tout soucié de la guerre. Il avait imperturbablement continué à planter.
Les chênes de 1910 avaient alors dix ans et étaient plus hauts que moi et que lui. Le spectacle était impressionnant. J’étais littéralement privé de parole et, comme lui ne parlait pas, nous passâmes tout le jour en silence à nous promener dans sa forêt. Elle avait, en trois tronçons, onze kilomètres dans sa plus grande largeur. Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l’âme de cet homme, sans moyens techniques, on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d’autres domaines que la destruction.
Il avait suivi son idée, et les hêtres qui m’arrivaient aux épaules, répandus à perte de vue, en témoignaient. Les chênes étaient drus et avaient dépassé l’âge ou ils étaient à la merci des rongeurs ; quant aux desseins de la Providence elle-même pour détruire l’œuvre créée, il lui faudrait avoir désormais recours aux cyclones. Il me montra d’admirables bosquets de bouleaux qui dataient de cinq ans, c’est-à-dire de 1915, de l’époque ou je combattais à Verdun. Il leur avait fait occuper tous les fonds où il soupçonnait, avec juste raison, qu’il y avait de l’humidité presque à fleur de terre. Ils étaient tendres comme des adolescents et très décidés.
La création avait l’air, d’ailleurs, de s’opérer en chaîne. Il ne s’en souciait pas ; il poursuivait obstinément sa tâche, très simple. Mais en redescendant par le village, je vis couler de l’eau dans des ruisseaux qui, de mémoire d’homme, avaient toujours été à sec. C’était la plus formidable opération de réaction qu’il m’ait été donné de voir. Ces ruisseaux secs avaient jadis porté de l’eau, dans des temps très anciens.
Certains de ces villages tristes dont j’ai parlé au début de mon récit s’étaient construits sur les emplacements d’anciens villages gallo-romains dont il restait encore des traces, dans lesquelles les archéologues avaient fouillé et ils avaient trouvé des hameçons à des endroits où au vingtième siècle, on était obligé d’avoir recours à des citernes pour avoir un peu d’eau.
Le vent aussi dispersait certaines graines. En même temps que l’eau réapparut, réapparaissaient les saules, les osiers, les prés, les jardins, les fleurs et une certaine raison de vivre.
Mais la transformation s’opérait si lentement qu’elle entrait dans l’habitude sans provoquer d’étonnement. Les chasseurs qui montaient dans les solitudes à la poursuite des lièvres ou des sangliers avaient bien constaté le foisonnement des petits arbres mais ils l’avaient mis sur le compte des malices naturelles de la terre. C’est pourquoi personne ne touchait à l’œuvre de cet homme. Si on l’avait soupçonné, on l’aurait contrarié. Il était insoupçonnable. Qui aurait pu imaginer, dans les villages et dans les administrations, une telle obstination dans la générosité la plus magnifique ?
A partir de 1920, je ne suis jamais resté plus d’un an sans rendre visite à Elzéard Bouffier. Je ne l’ai jamais vu fléchir ni douter. Et pourtant, Dieu sait si Dieu même y pousse ! Je n’ai pas fait le compte de ses déboires. On imagine bien cependant que, pour une réussite semblable, il a fallu vaincre l’adversité ; que, pour assurer la victoire d’une telle passion, il a fallu lutter avec le désespoir. Il avait, pendant un an, planté plus de dix mille érables. Ils moururent tous. L’an d’après, il abandonna les érables pour reprendre les hêtres qui réussirent encore mieux que les chênes.
Pour avoir une idée à peu près exacte de ce caractère exceptionnel, il ne faut pas oublier qu’il s’exerçait dans une solitude totale ; si totale que, vers la fin de sa vie, il avait perdu l’habitude de parler. Ou, peut-être, n’en voyait-il pas la nécessité ?
En 1933, il reçut la visite d’un garde forestier éberlué. Ce fonctionnaire lui intima l’ordre de ne pas faire de feu dehors, de peur de mettre en danger la croissance de cette forêt naturelle.
C’était la première fois, lui dit cet homme naïf, qu’on voyait une forêt pousser toute seule. A cette époque, il allait planter des hêtres à douze kilomètres de sa maison. Pour s’éviter le trajet d’aller-retour, car il avait alors soixante-quinze ans, il envisageait de construire une cabane de pierre sur les lieux mêmes de ses plantations. Ce qu’il fit l’année d’après.
En 1935, une véritable délégation administrative vint examiner la “forêt naturelle”. Il y avait un grand personnage des Eaux et Forêts, un député, des techniciens. On prononça beaucoup de paroles inutiles. On décida de faire quelque chose et, heureusement, on ne fit rien, sinon la seule chose utile : mettre la forêt sous la sauvegarde de l’Etat et interdire qu’on vienne y charbonner. Car il était impossible de n’être pas subjugué par la beauté de ces jeunes arbres en pleine santé. Et elle exerça son pouvoir de séduction sur le député lui-même.
J’avais un ami parmi les capitaines forestiers qui était de la délégation. Je lui expliquai le mystère. Un jour de la semaine d’après, nous allâmes tous les deux à la recherche d’Elzéard Bouffier. Nous le trouvâmes en plein travail, à vingt kilomètres de l’endroit où avait eu lieu l’inspection.
Ce capitaine forestier n’était pas mon ami pour rien. Il connaissait la valeur des choses. Il sut rester silencieux. J’offris les quelques œufs que j’avais apportés en présent. Nous partageâmes notre casse-croûte en trois et quelques heures passèrent dans la contemplation muette du paysage.
Le côté d’où nous venions était couvert d’arbres de six à sept mètres de haut. Je me souvenais de l’aspect du pays en 1913, le désert… Le travail paisible et régulier, l’air vif des hauteurs, la frugalité et surtout la sérénité de l’âme avaient donné à ce vieillard une santé presque solennelle. C’était un athlète de Dieu. Je me demandais combien d’hectares il allait encore couvrir d’arbres ?
Avant de partir, mon ami fit simplement une brève suggestion à propos de certaines essences auxquelles le terrain d’ici paraissait devoir convenir. Il n’insista pas. “Pour la bonne raison, me dit-il après, que ce bonhomme en sait plus que moi.” Au bout d’une heure de marche, l’idée ayant fait son chemin en lui, il ajouta : “Il en sait beaucoup plus que tout le monde. Il a trouvé un fameux moyen d’être heureux !”
C’est grâce à ce capitaine que, non seulement la forêt, mais le bonheur de cet homme furent protégés. Il fit nommer trois gardes forestiers pour cette protection et il les terrorisa de telle façon qu’ils restèrent insensibles à tous les pots-de-vin que les bûcherons pouvaient proposer.
L’œuvre ne courut un risque grave que pendant la guerre de 1939. Les automobiles marchant alors au gazogène, on n’avait jamais assez de bois. On commença à faire des coupes dans les chênes de 1910, mais ces quartiers sont si loin de tous réseaux routiers que l’entreprise se révéla très mauvaise au point de vue financier. On l’abandonna. Le berger n’avait rien vu. Il était à trente kilomètres de là, continuant paisiblement sa besogne, ignorant la guerre de 39 comme il avait ignoré la guerre de 14.
J’ai vu Elzéard Bouffier pour la dernière fois en juin 1945. Il avait alors quatre-vingt-sept ans. J’avais donc repris la route du désert, mais maintenant, malgré le délabrement dans lequel la guerre avait laissé le pays, il y avait un car qui faisait le service entre la vallée de la Durance et la montagne. Je mis sur le compte de ce moyen de transport relativement rapide le fait que je ne reconnaissais plus les lieux de mes dernières promenades. Il me semblait aussi que l’itinéraire me faisait passer par des endroits nouveaux. J’eus besoin d’un nom de village pour conclure que j’étais bien cependant dans cette région jadis en ruine et désolée. Le car me débarqua à Vergons.
En 1913, ce hameau de dix à douze maisons avait trois habitants. Ils étaient sauvages, se détestaient, vivaient de chasse au piège ; à peu près dans l’état physique et moral des hommes de la préhistoire. Les orties dévoraient autour d’eux les maisons abandonnées. Leur condition était sans espoir. Il ne s’agissait pour eux que d’attendre la mort : situation qui ne prédispose guère aux vertus.
Tout était changé. L’air lui-même. Au lieu des bourrasques sèches et brutales qui m’accueillaient jadis, soufflait une brise souple chargée d’odeurs. Un bruit semblable à celui de l’eau venait des hauteurs : c’était celui du vent dans les forêts. Enfin, chose étonnante, j’entendis le vrai bruit de l’eau coulant dans un bassin. Je vis qu’on avait fait une fontaine, qu’elle était abondante et, ce qui me toucha le plus, on avait planté près d’elle un tilleul qui pouvait déjà avoir dans les quatre ans, déjà gras, symbole incontestable d’une résurrection.
Par ailleurs, Vergons portait les traces d’un travail pour l’entreprise duquel l’espoir était nécessaire. L’espoir était donc revenu. On avait déblayé les ruines, abattu les pans de murs délabrés et reconstruit cinq maisons. Le hameau comptait désormais vingt-huit habitants dont quatre jeunes ménages. Les maisons neuves, crépies de frais, étaient entourées de jardins potagers où poussaient, mélangés mais alignés, les légumes et les fleurs, les choux et les rosiers, les poireaux et les gueules-de-loup, les céleris et les anémones. C’était désormais un endroit ou l’on avait envie d’habiter.
A partir de là, je fis mon chemin à pied. La guerre dont nous sortions à peine n’avait pas permis l’épanouissement complet de la vie, mais Lazare était hors du tombeau. Sur les flans abaissés de la montagne, je voyais de petits champs d’orge et de seigle en herbe ; au fond des étroites vallées, quelques prairies verdissaient.
Il n’a fallu que les huit ans qui nous séparent de cette époque pour que tout le pays resplendisse de santé et d’aisance. Sur l’emplacement des ruines que j’avais vues en 1913, s’élèvent maintenant des fermes propres, bien crépies, qui dénotent une vie heureuse et confortable. Les vieilles sources, alimentées par les pluies et les neiges que retiennent les forêts, se sont remises à couler. On en a canalisé les eaux. A côté de chaque ferme, dans des bosquets d’érables, les bassins des fontaines débordent sur des tapis de menthes fraîches. Les villages se sont reconstruits peu à peu. Une population venue des plaines où la terre se vend cher s’est fixée dans le pays, y apportant de la jeunesse, du mouvement, de l’esprit d’aventure. On rencontre dans les chemins des hommes et des femmes bien nourris, des garçons et des filles qui savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes. Si on compte l’ancienne population, méconnaissable depuis qu’elle vit avec douceur et les nouveaux venus, plus de dix mille personnes doivent leur bonheur à Elzéard Bouffier.
Quand je réfléchis qu’un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu’il a fallu de constance dans la grandeur d’âme et d’acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d’un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette œuvre digne de Dieu.
Elzéard Bouffier est mort paisiblement en 1947 à l’hospice de Banon.
Jean Giono
J’ai appris à la radio la mort de Frédéric Fajardie …. il était né le 28 août 1947 à Paris d’un père qui possédait alors une grosse entreprise de Travaux Publics qui périclitait sérieusement, avant de devenir bouquiniste, et d’une mère qui avait travaillé en usine, avant de faire partie de l’équipe de France de Basket-ball.
Son père ayant des difficultés à marcher à la suite d’un accident, le jeune Frédéric doit quitter le lycée, en classe de seconde, pour aller travailler dans sa librairie et le seconder . Dès l’âge de seize ans, la colère et la haine de la mentalité bourgeoise deviennent les repères de sa vie. En 1968, acquis aux idées gauchistes, il milite à la Gauche prolétarienne et dès le mois de mai 1968 il veut devenir le premier militant “engagé” à écrire des romans noirs et si possible à en pervertir le style.A l’origine d’un nouveau genre littéraire, le néo-polar, il publie son premier roman noir, “Tueurs de flics”, en août 1979, il s’agit d’une adaptation très libre de l’Orestie, un mythe de la Grèce antique. Le livre remporte un succès immédiat. Les lecteurs adoptent tout de suite Padovani, ce flic qui ne mâche pas ses mots, sorte d’ Inspecteur Harry importé chez nous. On salue aussi salue l’écriture rythmée et l’art de la formule qui fait mouche.
Pour Fajardie, le polar et le roman noir sont le meilleur moyen d’explorer l’envers de la société contemporaine. Dans son œuvre, où l’esprit chevaleresque de ses personnages s’oppose à la médiocrité contemporaine, son gauchisme politique de façade se conjugue avec des valeurs plutôt aristocratique, telles : l’honneur, la fidélité et souvent la fraternisation par-delà les oppositions idéologiques ou historiques.
Ses œuvres, dans leur versions publiées aux éditions NéO (reprises ensuite par La Table ronde), sont illustrées par des couvertures dessinées par Jean-Claude Claeys. Elles restituent à merveille la sombre atmosphère urbaine, la violence et la désillusion qui se mêlent dans l’œuvre de Fajardie. Il est l’ auteur d’une cinquantaine d’ouvrages, dont certains adaptés au cinéma, romans historiques, romans noirs, romans pour enfants, essais, etc . et plusieurs prix récompenseront son oeuvre, dont le Prix Charles-Péguy en 2001 pour son autobiographie, et le Prix du Roman populaire en 2003 pour son roman historique, Le Voleur de Vent.
Curieusement, Wikipédia annonce déja sa disparition qui serait survenue le 1er mai (il y a 4 jours) alors que la radio en fait l’annonce aujourd’hui sans préciser de date . Echo qui résonne entre sa mort et sa naissance puisque son père, distrait, ne le déclara que le lendemain de sa naissance à l’Etat Civil… “Ce genre d’histoire de fou n’arrive qu’à moi” aurait-il ri …
Même si je me méfie toujours énormément des auteurs qui “marchent”, il arrive que j’ai parfois de bonnes surprises quand je me décide à lire un bouquin ou un auteur “dont tout le monde parle”. C’était bien sur le cas pour Ellroy et là, depuis quelques temps, je me suis laissé séduire par Fred Vargas :
je suis en train, mine de rien, de me faire toute la série (j’en suis à “sous les vents de Neptune”) et ça me plait beaucoup … j’adore son humour… J’aime bien aussi tous ses personnages, principaux comme secondaires tous dépeints avec le même soin … j’aime beaucoup leur côté “décalé” , et le fait qu’ils soient complètement atypiques. Sans parler des intrigues qui sont plutôt bien fichues… Josée Dayan a fait une adaptation pour la télé de “Sous les Vents de Neptune” justement, que je n’ai pas vue, avec Jean Hugues Anglade dans le rôle du commissaire Adamsberg et Jacques Spiesser dans celui de son adjoint Danglard … alléchant : j’espère qu’ils le repasseront …
Quelques extraits de “la Trajectoire”, François Augiéras. Fata Morgana:
Changer de religion sera la grande entreprise de mon adolescence. Tout me sera prétexte à m’éloigner de Jésus, à devenir obstinément païen, les évènements y aidant.
Un sang barbare, sauvage, coule dans mes veines: j’en ai assez du christianisme ! C’est un immense appel que j’entends, venu des forêts.
Ce soir très pur, il tranche sur un obscur horizon de collines et de bois. Sa profondeur me ravit; je suis là, découvrant la beauté de la nuit; l’infini des constellations me charme. Le gel, l’immobilité de la campagne couverte de neige renforcent l’impression de calme perfection qui me tire hors de moi. Je ne suis plus qu’un regard, qu’une âme émue, qu’un coeur fou de joie.
Je n’ai pas l’intention d’être des leurs mais de profiter des circonstances pour m’avancer du côté des forêts et des sources, pour tenter de n’être pas chrétien, pour aller en direction des nouvelles aventures de l’esprit, les gens de mon espèce étant toujours à leur affaire quand tout retourne, si ce n’est au chaos primordial, tout au moins à la demi barbarie, qui est le seul niveau qui leur convienne à peu près.
J’ignorais tout de la vie : qu’était-ce que l’amour ? Y a-t-il un secret de l’univers qu’on peut deviner dans les bois ? Qu’était-ce que la nature ? J’espérais une révélation; je soupçonnais l’immense amour que l’univers, séduit par lui même, a pour lui même, et se donne. Je voulais y participer, en être.
Dans le silence venu avec l’obscurité, on n’entendait que le murmure inlassable du ruisseau. Je restai là, un moment, sans plus casser de bois, ma petite hache à la main, ému soudain jusqu’à mon âme neuve qui découvrait d’enthousiasme la vie secrète des arbres, des ombres et des eaux. Ce n’était pas un rêve, c’était vrai, j’y étais dans le très vaste monde, si beau si calme, le soir. Il était là, près de moi, comme un être, et il me semblait que lui aussi soupçonnait mon existence et que, dans le petit bois nous faisions connaissance:
Ah, tu existes, me dit-il.
- Eh oui, lui répondis-je sur le même ton, comme toi…
Ce qui me vint à l’esprit, ce fut la certitude d’avoir déja vécu; je reprenais un contact perdu. La peur de mourir s’effaça ce soir là à tout jamais de mon coeur. Au delà du bruit du ruisseau, plus profondément, je réentendais dans une nouvelle existence le merpétuel murmure de la vie. Alors, humblement, car j’étais encore jeune, j’appuyai mes lèvres contre l’écorce fraîche d’un arbre, et je bus à longs traits toute ma joie d’être au monde à nouveau.
Je revins à notre campement (…) Je descendis au ruisseau. Il coulait parmi des blocs de pierre qui formaient là comme un gué. Je m’y lavai le visage , je m’y lavai de mon enfance triste, je m’y lavai du Christ; et, plus que de l’eau, j’y puisai de l’âme, j’y puisai de l’amour et de l’envie de vivre; j’y bus ma destinée : quelques années parmi les forces de la Terre et du Ciel…
Etendu sur les pierres, le visage dans le courant rapide qui descendait des montagnes, je dis doucement au monde, comme on parle à l’oreille :
- Toi, je t’aime, et je t’aimerai toujours.
Un tumulte de courtes vagues bouillonnait alentour de mes longues mèches qui trempaient dans l’eau froide. Le ruisseau me parut se calmer; il y eut comme un silence, et je crus bien que l’on me répondait :
- Toi aussi, je t’aime; ne le savais-tu pas ?
Quand, deux bouteilles bien remplies dans les mains, je remontai par des prés déjà mouillés de rosée nocturne, à notre campement qu’illuminait un feu, je n’étais plus chrétien.
Je viens de relire “la Nuit de saint Germain des Prés” de Léo Malet, aux éditions des Autres et j’ai eu envie de faire un petit topo sur Burma, Nestor de son p’tit nom …
Un “privé” de l’époque héroïque
Nestor Burma, celui qui “met le mystère knock out”, c’est le type même du “privé” de l’époque héroïque. Très porté sur “le lait de panthère”, il y a belle lurette qu’on ne peut plus compter sur les doigts d’une main (des deux non plus d’ailleurs) les gueules de bois qu’il endure au sortir de longues nuits d’enquêtes imbibées puisqu’on sait bien que l’alcool, comme la fréquentation assidue des bistrots, stimulent tout particulièrement l’intellect… Il ne crache pas non plus sur les belles filles avec une très nette et très suspecte préférence pour les “femmes-enfants”, étant bien entendu dès le départ qu’aucune n’arrivera pourtant jamais au niveau de la cheville (parfaite) de son Hélène de secrétaire.
En revanche, ce qu’il n’aime pas beaucoup , même s’il semble parfois les collectionner, ce sont les coups de matraque qui explosent régulièrement son vieux galure cabossé. Quoi qu’il en soit, c’est toujours en philosophe qu’il s’expose aux plaies et bosses inhérentes à son foutu gagne pain : “l’affaire prenait enfin tournure, on se décidait à me taper dessus” (p.140). Idem pour la découverte des colis humains et sanglants dont il s’est fait une spécialité : “Saint Antoine de Padoue, faites trouver à Nestor Burma les cadavres qui lui sont aussi nécessaires que l’oxygène” (p.100).
On devine sans peine qu’au cinéma, un Nestor Burma américain serait apparu sous les traits d’Humphrey Bogart (dixit son créateur et noblesse oblige), mais en bon français, il fut René Dary avant d’être Guy Marchand, et Galabru lui prêta aussi sa lippe ainsi qu’un Michel Serrault plutôt atypique.
L’ethnologue d’un Paris défunt
Mais Nestor Burma ce n’est pas que cette gravure d’Epinal, tellement conforme à l’imagerie populaire. Nestor Burma c’est aussi Léo Malet qui promène son cynisme réjouissant et sa gouaille irrésistible du haut de sa “vieille bonne vache de pipe à tête de taureau”. Léo Malet, le poète surréaliste amère et déçu (p.42: “et puis un nom. Quelque chose comme Grindel. Le vrai nom de mon défunt ami Paul Eluard”, et p.69: “je me suis établi détective comme je me serais installé poète. Sauf que j’ai une plaque à ma porte au lieu d’avoir une plaquette dans mon tiroir. Je suis un franc tireur. Je gagne mon boeuf au jour le jour, sans l’aide de personne ou presque, semblable à celui qui s’enfonce dans la jungle, un fusil aux pognes, pour chasser ses deux repas et son paquet de gris quotidiens”). Léo malet, l’amoureux d’un Paris pittoresque et provincial qu’on n’avait pas encore livré à la pioche ni confié à l’imagination délirante des promoteurs. Léo Malet l’ethnologue, l’observateur de cette jungle qu’est la grande ville, et de ses habitants, humbles ou suffisants, proies et prédateurs, petits truands canailles ou gangsters de haute volée. De la série des “Nouveaux Mystères de Paris”, Gilbert Sigaux disait “Malet y met en scène les secrets de la ville et les secrets des personnages”.
Saint Germain des Prés
Dans “la Nuit de Saint Germain des Prés”, c’est le Ve arrondissement qu’il nous fait découvrir dans une ténèbreuse affaire de bijoux volés dont il suit la trace parsemée de cadavres frais et sanglants à travers un Saint Germain peuplé de musiciens : “quelques connaisseurs applaudirent frénétiquement. Ils n’avaient pas tort. Cela représentait une belle performance. Ce mec enfonçait Armstrong” (p.39), et d’une faune hétéroclite de rats des caves, faux bohêmes inoffensifs ou jeunes gens sans volonté. On y rencontre également un raté qui met son point d’honneur , en inversion proportionnelle, à descendre d’un cran dans la déchéance à chaque échelon gravi par son ex maitresse dans la gloire du 7e Art … car il ne faut pas oublier non plus le Malet passionné de cinéma et figurant notamment dans l’inoubliable “Quai des Brumes” : “à côté de nous le couple aux allures cinématographiques jouait la scène du baiser jusqu’à essoufflement. Apparemment ni l’un ni l’autre n’était asthmatiques” (p.21). Et tandis qu’un écrivain sur le retour de l’âge cherche à doper son inspiration en organisant des réceptions largement arrosées et par des moyens vraiment très spéciaux, Burma nous promène, cynique et jovial souvent, sentimental et désabusé toujours, à travers des hôtels sordides ou luxueux, des snacks-bars et des bistrots, en passant par les cafés littéraires et l’élection d’une Miss Poubelle qui, contre toute attente, contribuera pour beaucoup à lui livrer la clé d’une énigme particulièrement embrouillée.
(Vendredi 7 mars 200
J’ai craqué hier au soir, j’ai acheté “la Fée Mélusine” de Philippe Walter, aux éditions Imago. J’avais bien aimé ses travaux sur Merlin et Mélusine, c’est quand même une déesse/fée tutélaire du Poitou… Le but est de le lire assez vite pour pouvoir en faire un résumé pour “la Main Rouge” qui serait une introduction à un travail plus complet et plus important (mythe, symbolisme, Mélusine en Poitou, etc…)
En tout cas, il a l’air super intéressant, qu’on en juge par la 4ème de couverture:
“Grande figure de notre imaginaire, la fée Mélusine promet richesse et prospérité à Raymondin, son époux, à condition qu’il ne la regarde pas dans son bain le samedi.
Le mariage est heureux jusqu’au jour où, poussé par la curiosité, Raymondin perce un trou dans la paroi et découvre sa femme munie d’une énorme queue de serpent. Il ne dit rien mais, lors d’une querelle, la traite de “serpente”. L’interdit est transgressé et, dans un cri déchirant, Mélusine disparaît en s’envolant dans les airs. Tout en reprenant la célèbre histoire telle que nous l’ont contée Jean d’Arras, Coudrette et les légendes de nos terroirs, le présent ouvrage dévoile des horizons méconnus et, en interrogeant notamment la mythologie de l’anguille et du sel, renouvelle de manière décisive la compréhension du récit mélusinien.
Alors Mélusine est-elle femme poisson, femme serpent ou femme oiseau ? Philippe Walter la surprend dans ses différentes métamorphoses, en saisit l’écho dans diverses traditions, entre autres celtiques, et retrouve sa trace sur plusieurs continents, offrant ainsi une ampleur originale à l’interprétation de ce mythe clé du Moyen Âge”.
… et par les têtes de chapitres : Mélusine entre mythe et littérature. Mélusine et les Géants. L’Anguille Mélusine. Mélusine et les Monstres Marins. Mélusine et l’Esprit du Sel. Mélusine, fille des Vagues. Mélusine, la Sirène et la Canicule. Trois Soeurs. L’Envol de Mélusine. Le Sabbat de Mélusine.
Je m’en régale à l’avance …
“Les avatars de la réincarnation”, de Laurent Guyénot, aux éditions Exergue, est un excellent bouquin, d’une grande intelligence, dont voici la conclusion
La notion de transmigration a subi, entre les traditions chamaniques encore observables en Afrique et en Australie, et le réincarnationnisme occidental moderne, une transformation radicale correspondant au passage d’une religion de la Terre à une religion du Ciel.
Dans la première, la mort est une descente dans un monde souterrain. la substance vitale des morts, associée au sang et donc au clan, fertilise la Terre Mère, qui la recycle, tout comme elle fait périodiquement renaître la nature. Dans la seconde conception, la mort est une ascension dans le Ciel. Pour une éternité ponctuée de descentes cycliques dans la matière, indépendamment de tout lien généalogique. Entre les deux il existe une conception intermédiaire, celle de l’Hindouisme et de l’Hellénisme classiques : seuls les morts incapables de s’élever au Ciel sont maintenus dans l’attraction terrestre, où ils renaissent, pour leur malheur.
Vue sous cet angle, l’histoire mondiale de la transmigration apparait comme marquée par un bouleversement culturel fondamental, assez facilement repérable dans le temps et dans l’espace : la montée de l’individualisme, c’est à dire d’une définition de la personne humaine comme unité psychologiquement autonome, contenue dans des frontières étanches et stables. Avant cela l’individu était essentiellement conçu comme un point de convergence dans un réseau d’énergies psychiques relié verticalement aux Ancêtres et horizontalement à la communauté.Il n’était qu’une manifestation particulière d’un psychisme collectif, multiple et fluctuent.
Au XIX e l’individualisme a atteint en Occident un point d’exacerbation extrême. Cet individualisme forcené est indissociable de l’idéologie économiste et consumériste qui infantilise les adultes par des fantasmes de toute puissance normalement propres à l’adolescence, et qui favorise l’éclatement des systèmes familiaux en individus déracinés. L’individu moderne, dont l’orgueil est constamment flatté par le matraquage commercial, voudrait s’être fait tout seul. Il a perdu le sens de sa redevance aux ancêtres, qui était l’attitude sociale et religieuse fondamentale de toutes les anciennes sociétés.
La valeur à laquelle s’oppose fondamentalement l’individualisme, ce n’est pas la famille mais le clan, compris comme une communauté humaine constituée de vivants et de morts et structurée par le principe de filiation, ou de lignée. Selon cette ancienne idéologie holiste, l’individu n’ est qu’un individu du tissu social relié horizontalement au clan et verticalement à ses ancêtres, et son éternité individuelle importe moins que sa participation à la continuité des générations.
Telles étaient les anciennes sociétés indo-européennes. Selon Régis Boyer, l’essence de leur religion tenait au culte des ancêtres. Le lignage ancestral constituait l’axe autour duquel s’organisait la vie sociale. Cette idéologie communautaire du sang, précise Boyer, n’était pas refermée sur le biologique; elle prenait en compte “la notion de pacte, de contrat passé entre puissances adverses et donc celle, corollaire, du serment qui scelle ce contrat” de sorte que des liens de sang pouvaient être créés, non seulement par le mariage, mais par des “pactes de sang”.
L’individualisme exacerbé qui prévaut maintenant chez nous est en fait le fils naturel du christianisme.
En effet, dès sa naissance -dans les paroles mêmes de Jésus- la christianisme s’en est pris à l’idéologie du sang. Dans son système de pensée, l’âme est issue directement de Dieu et ne doit rien aux parents ou à leurs ancêtres. En même temps, de manière quelque peu contradictoire, l’âme est réputée entachée du péché originel, qui, lui, est transmis par la lignée issue du premier ancêtre, l’Adam déchu. Le salut consiste donc à s’extraire de cette lignée déchue pour renaître par le sang du Christ, devenir sa chair, se greffer sur sa nouvelle humanité. De sorte que le christianisme est doublement anti-lignage, puisque non seulement la filiation ne transmet rien de divin, mais qu’en plus elle transmet l’essence du diabolique.
De fait, partout où il a missionné, le christianisme a diabolisé le culte des Ancêtres et éradiqué le profond sentiment de solidarité qui liait les vivants aux morts.
Paradoxalement, l’idéologie révolutionnaire, puis républicaine et laïque, qui s’est forgée en France contre le christianisme, en a conservé et même exacerbé l’hostilité à toute valorisation spirituelle du lignage, réputé source des inégalités sociales. Aujourd’hui, l’idée que l’individu hérite du bagage spirituel, positif ou négatif, de ses ancêtres, heurte de front l’idéologie démocratique qui a pratiquement fait de l’égalité des chances un postulat métaphysique.
Mais que valent ces idéologies universalistes qui prétendent relier l’ individu à l’humanité entière tout en sapant son milieu social naturel, la famille élargie ? Que valent, surtout, une idéologie qui, sous prétexte que “tous les hommes naissent égaux”, cultive l’oubli et le mépris de cette valeur ancestrale ajoutée qui fonde la richesse de chacun ?
On peut se demander pourquoi l’évolutionnisme des zoologues, biologistes et anthropologues n’a pas trouvé dans les milieux spiritualistes des XIXe et XXe un écho sous la forme d’une théorie qui lierait le développement spirituel de l’humanité à l’enrichissement ou au raffinement, au fil des générations, d’une âme ancestrale. La seule cohésion possible entre évolutionnisme et spiritualisme consisterait en effet à admettre qu’une évolution spirituelle s’accomplit par la filiation (avec tout ce qu’elle comporte de transmission affective et culturelle) que le lien générationnel est porteur d’un karma collectif qui s’enrichit de génération en génération (avec parfois des sauts d’une génération et d’autres caprices imprévisibles). L’arbre généalogique esdt d’ailleurs le parfait symbole de cette idée. Pourquoi donc une conception réincarnationniste du progrès spirituel s’est-elle imposée plutôt qu’une conception “générationniste”, ou “filiationniste” qui aurait été à la fois plus cohérente avec le paradigme évolutionniste, et plus en phase avec l’héritage indo-européen ?
A vrai dire, il existait au tournant du XIXe un courant de pensée à la fois évolutionniste et spiritualiste qui envisageait le plus naturellement du monde, que l’évolution (ou la dégénérescence) spirituelle de l’être humain s’accomplit principalement au sein de la lignée. Ces penseurs se rangeaient parmi les “vitalistes” qui refusaient d’attribuer l’évolution des espèces au seul hasard et à la sélection naturelle, y voyant plutôt l’ouvrage d’un principe vital immanent. Certains vitalistes étaient de surcroit finalistes, c’est à dire qu’ils pensaient que l’évolution avait un but ultime préétabli.
Christian Goudineau: “Par Toutatis ! Que reste-t-il de la Gaule ?” (Seuil)
J’avais été plutôt séduit je dois l’avouer par la liberté de ton qu’affectait Goudineau … de la simple affectation malheureusement parce qu’avec une absence totale d’humilité l’auteur, loin des révélations promises, ne nous apprend en définitive pas grand chose. Qu’en pleine période romaine, persistaient des cérémonies organisées selon un calendrier gaulois fort ancien. Que la Gaule était un pays largement défriché, exploité économiquement, au sol organisé pour des raisons d’agronomie et sans doute à des fins fiscales. Que les Gaulois étaient assujettis à l’impôt et même pressurés au maximum par leurs chefs. Qu’il y avait une zone monétaire indexée sur le denier ce qui montre que la Gaule s’était déja pliée aux nécessités économiques (et capitalistes) et que devaient s’échanger des cargaisons entières de navires romains contre des centaines d’esclaves (monnaie d’échange semble-t-il habituelle contre le vin …), des milliers de boeufs sur pied, des tonnes de sel et des quintaux d’étain. Les interlocuteurs gaulois des commerçants romains ne pouvant être que les aristocrates qui disposaient seuls des fonds et de la culture appropriée. Que la Gaule enfin, n’était pas une nation unie, que c’est César qui a fixé des frontières arbitraires et que l’essentiel des “grands peuples” de Gaule se joignirent à César pour soumettre les régions encore indépendantes du Nord et de l’Ouest jusqu’à ce que le romain commette assez d’erreurs pour qu’éclate l’insurrection générale.Tout ça, le druidisant doué d’un minimum de bon sens et d’esprit critique le sait déjà … il n’y a que ceux (nombreux malheureusement) qui pratiquent l’idéalisation forcenée qui seront froissés par ces vérités qui n’entachent en aucune manière le respect qu’on doit à nos Ancêtres, les anciens Celtes … Pour nous faire cette démonstration, Goudineau emploie les trois quarts de son bouquin, le reste est consacré à la difficile histoire de l’archéologie et à l’incurie des autorités humaines dès qu’il s’agit de mettre en balance un intérêt historique et de civilisation avec des intérêts économiques et marchands… triste …
L’inspecteur John Rebus est un héros récurrent extrêmement sympathique qu’on a plaisir à retrouver à chaque épisode de la série qui le met en scène. Il est inspecteur détective dans la police d’Edimbourg et la ville, qu’il connait par coeur, tient elle aussi un rôle de premier plan dans les intrigues souvent compliquées que sait concocter avec maitrise Ian Rankin. Rebus ne se démarque pas fondamentalement de l’archétype du héros de roman policier … il est divorcé, quitté par sa femme, dont il a une fille, parce qu’elle ne pouvait plus supporter qu’il donne tant de son temps à son métier et sa nouvelle compagne prendre plus tard la même décision. Il a des problèmes d’alcool mais sait parfois les maitriser et il passe son temps à se culpabiliser. Il ponctue ses pensées et ses actions par l’évocation, en situation, de morceaux de rock des années 1970-1990 et entretient un rêve : faire tomber le chef de la pègre locale, son ennemi intime, le Gros Roger avec lequel il entretient pourtant des rapports ambigus, allant même jusqu’à passer des pactes objectifs avec lui… Le personnage est profondément humain, dans tous les sens du terme, l’auteur a beaucoup d’humour, les intrigues sont complexes et bien ficelées et les personnages secondaires très attachants, je pense surtout à Siobhan Clarke (sergent dans la police) et aux rapports qu’elle entretient avec Rebus, et à Sammy, sa fille qui a perdu l’usage de ses jambes après avoir été renversée par un chauffard. Sans oublier la ville d’Edimbourg qui est présente à chaque page. Exactement le genre de personnages qu’on aime voir évoluer au fil des livres et des années dont les archétypes sont, à mon sens, les protagonistes de la série du 87e District d’Ed Mc Bain … malheureusement, et il semble que ce soit là une maladie spécifique à l’édition française, les livres traduits de Rankin sortent n’importe comment chez nous, sans aucune considération pour la chronologie et dans n’importe quelle collection (Livre de Poche, Folio, etc…), c’est aussi un manque de considération pour l’auteur et par ricochet pour le lecteur …



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