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Je l’ai reçu :  

Patrice Lajoye : “Des Dieux Gaulois. Petits essais de mythologie”. Editions Archaeolingua. 36 €

La religion gauloise est fort mal connue, et sa mythologie ne subsiste qu’à l’état de fragments épars. Le but de ce recueil d’essais n’est donc pas de révéler cette mythologie, mais d’en éclairer certains aspect, en comparant ce qui subsiste avec d’autres mythologies mieux connues, en essayant quelques hypothèses nouvelles, et surtout en rassemblant des informations sur des divinités qui parfois, n’avaient été que peu étudiées.

Ces quelques fragments montrent toutefois l’ampleur de ce que nous avons perdu: la mythologie gauloise était, très vraisemblablement, tout aussi riche et variée que ses homologues mieux connues, grecque ou indienne.

Sommaire

Introduction 11
  • Une historiographie critique française
  • 11
  • Le sujet d’étude
  • 14
  • La méthode
  • 16
  • La méthode comparatiste
  • 18
    Les Dieux 21
  • Abellio, la pomme
  • 22
    - Un dieu solaire ou une pomme de l’Autre Monde ? 22
    - L’île 23
  • Baco: un hêtre sacré ?
  • 24
    - Le sens du nom « Baco » : une approche linguistique 25
    - Baco : un dieu-hêtre ? L’apport de la mythologie 26
    - Quelques surnoms de Jupiter en Gaule 27
  • Un lac cisalpin : Benacus
  • 29
    - Un dieu-taureau ou un dieu-fleuve ? 29
  • Cernunnos, le dieu aux bois de cerf
  • 30
    - Le plus vieux des dieux gaulois 31
    - Une évolution iconographique précoce 31
    - Cernunnos gallo-romain 32
    - La corne gauloise 34
    - Une biche cornue 35
    - Des survivances encore actuelles 36
  • Circius
  • 37
    - Le culte de Circius 37
    - Les vents gaulois 38
    - Pourquoi prier les vents ? 39
  • Lero, un dieu ligure de la mer ?
  • 39
    - Un héros ou un dieu ? 40
    - Le sens du nom 41
    - La parèdre 41
    - Des fragments de mythologie de Lero dans la Vie de saint Mathurin ? 41
    - Saint Pipe / Pipio 42
    - Le problème de la transmission 43
  • Nemausus, Hercule et Nemaius
  • 44
    - Hercule et les eaux en Gaule 44
  • Ogmios
  • 46
    - Authenticité du texte de Lucien 46
    - Ogmios dans l’épigraphie 47
    - Un dieu lieur mal connu finalement 48
  • Le père Rhin, juge implacable
  • 50
    - Une tradition hellénistique tardive 50
    - Le Rhin père 50
    - L’Océan 51
  • Sucellus, un archétype gallo-romain de l’homme sauvage médiéval ?
  • 53
    - La légende arthurienne 54
    - L’homme sauvage et le Dagda 54
    - Merlin et la forêt 56
    - Sucellus, un archétype antique ? 56
    - Une preuve par latinisation ? 56
    - Dieu céleste ou dieu rustique ? 59
    - Dieu de la forêt 59
  • L’orage divinisé : Taranus
  • 59
    - Des commentaires sur Taranis 60
    - L’orage 60
    - Une interprétation romaine imparfaite 61
    - Le dieu à la roue 61
    - Des survivances tardives 62
  • Toutatis: le dieu de la tribu
  • 63
    - Les inscriptions mentionnant Toutatis 64
    - Des Mars locaux 65
    - Rapport à l’Italie 67
    - Mars roi 68
    - Contre exemples 68
    Les Déesses 71
  • Aerecura, déesse des Enfers celtique ?
  • 71
    - Un nom à l’orthographe multiple 71
    - De curieux partenaires 72
    - Héra, une erreur d’auteurs grecs ? 72
    - Une divinité infernale 73
    - Une survivance médiévale ? 73
  • Y a-t-il eu une Diane gauloise ?
  • 73
    - *Dea Ana 73
    - Diane démon de midi ? 74
    - Une mère des dieux ? 75
    - Un examen du nom 75
    - Une interprétation romaine achevée ? 77
  • Arduinna : déesse gauloise ou sanctuaire divinisé ?
  • 79
    - Une étrange localisation géographique 79
    - Le sens du nom 80
    - Un sanctuaire ? 81
  • Epona, déesse gauloise des chevaux : histoire d’un succès religieux
  • 81
    - Epona, une divinité celtique 82
    - L’introduction d’Epona à Rome 83
    - Le culte d’Epona 84
    - Des fêtes locales ? 84
    - Fonction d’Epona 86
    - Une mythologie 87
    - Epona et Isis 87
    - La fin du culte 88
  • La Minerve gauloise : Sulis, Belisama et Brigindona
  • 91
    - Sainte Apolline 91
    - Minerva Sulis 92
    - Sulevia / les Suleviae 92
    - Belisama 93
    - Brigid / Brigindona 93
    - Une seule et unique déesse 94
  • Une déesse gauloise au secours de l’Empire
  • 94
    - Segeta 94
    - Les inscriptions 95
    - Segeta sur des monnaies impériale 95
    - Pourquoi avoir frapper ces monnaies ? 96
    - Qui est Segeta ? 97
    - Segesta à Rome 98
    - Le sens du nom 98
    - Paradoxes temporels 99
  • Vienna
  • 99
    - La danse au-dessus du gouffre 100
    - Des divinités de source 100
    Les couples divins 103
  • Le bouillonnant et la vache sacrée :
  • 103
    - Borvo et Damona 103
    - Le bouillonnant 103
    - Les premiers Celtes d’Anatolie 104
    - Une toponymie abondante mais difficilement utilisable 105
    - Apollon médecin 105
    - Une seule parèdre: Damona 106
    - Une vache sacrée 106
    - Un mythe irlandais 107
    - … Mais aussi un mythe gaulois christianisé 108
  • Le Musclé et la Terre : Cicolluis et Litavis
  • 108
    - Un Mars étrange 109
    - La Terre 109
    - Les raisons du culte 111
    Le dossier « lugien » 113
  • Lugus
  • 113
    - Lug au Pays-de-Galles : Lleu Llaw Gyffes 113
    - Lug en Irlande 115
    - Les dédicaces 119
    - Gémellité 120
    - La plus ancienne légende celtique connue : Gargoris de Tartessos 123
    - Le bras long 127
    - Toponymie 135
    - Rosmerta 140
    - Mars forgeron : Cobannos 145
    - Cordonnier 151
    - Le dieu à la lance et au taureau : Gisacus 151
    - Esus, le dieu par excellence 157
    - Des grues, des corneilles ou des corbeaux: Cathubodua 161
    - Mars Loucetius et Victoria Nemetona 163
    - La femme-fleur 167
    - Le cochon polytechnicien 167
    - Les chaînes et les frontières 169
    - Le voyant 170
    - Le bélier infernal : Moltinus 171
    - Pourquoi pas plus de dédicaces à Lugus, finalement ? 174
    - Mercure 175
    - Apollon 175
    - Le plus connu des dieux gaulois: Bélénos 175
    - Le Soleil a rendez-vous avec la Lune: Grannos et Sirona 182
    - Mars 189
    - Inédits gaulois 190
    - Le combat final 190
    - Une bataille eschatologique 191
    En guise de conclusion 201
    Bibliographie 203
    Index


    ________________________

    incarnation de lointains ancêtres,

    et mémoire oubliée de peuples antiques …

    ________________________

    “…ou que nous attendons sur les gués par où passent leurs routes de migration.”

    C’t'amusant, depuis que je m’interroge un peu sur les gués, je n’arrête pas de voir partout des références à ce sujet. Quand ça se passe comme ça, ma sorcière dit qu’il y a de l’écho et j’aime bien cette expression, c’est exactement ça … de l’écho … première référence : dans le bouquin que je suis en train de lire sur Mélusine, enfin plutôt que j’essaie de lire parce qu’il faut bien avouer que c’est parfois assez chiant … dans le contenu mais aussi dans la présentation, comme ce procédé de renvoyer toutes les notes en fin de chapitre : je vois difficilement mieux pour casser la lecture et la concentration… C’est pourtant dans ces notes que j’ai trouvé les références d’un article :”R. Louis, “une coutume d’origine préhistorique : les combats sur les gués chez les Celtes et chez les Germains”. Je n’ai aucune idée de ce que ce monsieur Louis peut dire des combats sur les gués, mais la première partie de la phrase “une coutume d’origine préhistorique” me permet de faire très arbitrairement le lien entre mes deux époques de prédilection même si je n’ai aucune idée non plus de ce qui peut permettre à ce monsieur Louis de prétendre que c’est une coutume d’origine préhistorique … certainement pas le fait que les “hommes du renne” attendaient leurs proies au passage des gués, quoi que … sait-on jamais …
    Quoi qu’il en soit, les références au gué sont nombreuses dans la mythologie celtique et cette coutume mystérieuse du combat dans les gués a été attestée dans les textes et prouvée par l’archéologie
    Il y a d’abord Cuchulainn qui, lors de la malédiction des Ulates (condamnés à une faiblesse périodique par la déesse Macha et incapables de se battre),à laquelle il est le seul à échapper, se positionne sur Ath Gabla (le Gué de la Fourche) de manière à repousser les troupes de la reine Medb (Razzia des Vaches de Cooley)
    Cúchulainn, mené par son cocher Lóeg, arrive à un gué dont la gardienne lave le linge ensanglanté du héros, ce qui présage de sa mort prochaine. Passant le gué, il arrive dans la plaine de Muirthemné, où l’attendent ses ennemis.
    Cette allusion à la gardienne d’un gué peut évoquer les “Parques” celtiques, ancêtres des “lavandières de la nuit”, qui lavent sur un gué, c’est-à-dire à la frontière de l’Autre-Monde, les dépouilles des héros qui vont bientôt périr …
    (il est question quelque part, mais je ne m’en souviens que de mémoire, des Nones gauloises -contraction de “matrones” ?- qui seraient les déesses du destin…)

    Dans un épisode apparaît une anguille. C’est le résultat d’une métamorphose de la Morrigane/ Bodb (corneille), ou déesse de la guerre qui, dépitée de ne pas être aimée du héros Cuchulainn, vient sous cette forme dans le gué où il combat contre les hommes d’Irlande et s’enroule autour de sa jambe. Cuchulainn l’arrache brutalement et la jette contre les rochers

    La route principale de la province d’Ulster va jusqu’au “Gué de la Veille” où Conall, “un bon guerrier des Ulates s’y tient pour veiller et protéger et pour que des guerriers étrangers ne viennent pas chez les Ulates les provoquer au combat”.

    La rivalité entre Conall (héros Ulate, frère de lait de Cuchulainn) et Cet (guerrier du Connaught dont un druide a prédit qu’il tuerait la moitié des hommes d’Ulster) prend fin après un raid de ce dernier dans le Leinster, où il tue vingt-sept guerriers et leur tranche la tête. Conall peut le suivre à la trace du sang laissée dans la neige, il le rattrape à un gué et le tue dans un combat épique, tout en étant lui-même blessé.

    Après la mort du roi Conchobar et de son fils Cormac Cond Longas, on propose la royauté d’Ulster à Conall qui la refuse, ayant mieux à faire chez Ailill et Medb en Connaught. Le roi ayant une nouvelle maîtresse, son épouse demande à Conall de le tuer, ce qu’il fait avant de réussir à s’enfuir, mais il est rattrapé par les guerriers du Connaught qui le tuent au gué de Na Mianna (aujourd’hui Ballyconnell, comté de Cavan)

    Laissons Cuchulainn pour la bataille de Mag-Tured : la Morrigane a invité le grand dieu Dagda à la rejoindre à sa maison près du gué. « L’un des pieds de la femme dans l’eau touchait Allod-Eche au sud ; l’autre pied également dans l’eau touchait Lescuin au nord. Neuf tresses flottaient détachées de sa tête. Dagda s’unit à elle. Dès lors cet endroit s’appela le lit des époux. » Elle prédit à Dagda l’arrivée des Fomore, le jour de la bataille et qu’elle tuerait leur roi « elle versait du sang d’Indech plein ses deux mains à l’armée qui attendait l’ennemi au gué ». Ce gué s’appela « gué de l’anéantissement ».

    C’est aussi dans un gué qu’a lieu un combat entre deux druides, par disciple interposé, Mog Ruith et Colphta: Colphta, l’Orgueilleux , un des cinq druides du roi Cormac , son aspect terrifiant ne l’empêche pas d’être vaincu par le druide Cennmar , disciple de Mog Ruith.

    Toujours en Irlande, une Triade cite : Trí hátha Hérenn: Áth Clíath, Áth Lúain, Áth Caille.
    Les trois gués d’Irlande : Ath Cliath (Gué des Claies), Athlone (Gué de Luan), Ath Caille (Gué du Bois).

    Ath Liag Finn: C’est le nom d’un gué où Finn jeta une pierre plate tenue par une chaîne d’or, cadeau d’une femme du sidh. La légende dit que la pierre et la chaîne seront ramenées un dimanche, par une ondine, sept jours avant que ce monde ne finisse.

    Arawn, maître d’Annwn -l’Autre-Monde- , propose à Pwyll qu’ils échangent leurs royaumes à condition que ce dernier batte, mais sans le tuer son rival Hafgan lors d’un duel sur un gué . Il y réussit

    Dans le cycle Arthurien, Lancelot doit combattre un chevalier, Alybon, gardien du gué de la Reine, sur l’Humbrie, aux ordres de Guenièvre (ce qui rappelle aussi les combats avec le Chevalier Noir, gardien de la source de la Dame de la Fontaine…).Gué éminemment symbolique puisque c’est là qu’au temps de sa conquête, Arthur a rallié ses meilleurs chevaliers: Gauvain, Keu, Loth, et Yvain.

    D’ailleurs, il existe un texte irlandais racontant la naissance mythique d’Yvain/Owein. On y apprend que le héros a été engendré, près du gué de l’Aboiement, lors d’une nuit de Samain.
    .
    Le passage du gué et les combats qui s’y livrent ne sont pas l’apanage des insulaires , et, parmi d’autres exemples, Rabelais nous montre Gargantua buvant le Thouet au gué de Ligaine, près de Taizé.
    Et lors d’une guerre qui oppose Gargantua à Pichrochole,” sa jument pissa pour se relâcher le ventre, mais ce fut en telle abondance qu’elle en fit sept lieues de déluge. Tout le pissat dériva au gué de Vède, et l’enfla tellement au fil de l’eau que toute cette troupe des ennemis fut noyée horriblement “

    On l’a vu, en Irlande, la divinité féminine tutélaire du gué, c’est donc la Morrigane, déesse de la guerre, et le fait que le gué, dans la Razzia des Vaches de Cooley soit le lieu des combats singuliers de Cuchulainn contre les guerriers envoyés par les Irlandais en fait un point de rencontre ou une limite qu’on ne traverse que si on le peut, par exemple si l’on est initié.
    Le gué est le lieu séparant le monde sensible de l’Autre Monde, endroit privilégié des affrontements et combats singuliers pour le héros en quête d’initiation.L’initiation druidique, elle, consistait à passer trois nuits et deux jours de méditation dans un lieu sacré, en contact avec les “divins ancêtres” et ce pouvait très bien être aussi au milieu d’un gué comme symbole du “passage ”, un de leurs lieux de prédilection. Mais le gué n’est pas obligatoirement le passage vers l’autre monde, vers la mort ; il peut être aussi, comme le souligne l’Arbre Celtique, “un passage vers la connaissance qui, si l’on suit les grands textes mystiques, induit l’existence de ces deux mondes comme en “surimpression” et c’est ce que dit W. Kruta à propos de l’art celtique: une surimpression du cyclique et du permanent. Ce qui rend les choses un peu “floues” pour des cartésiens”.
    Une épigraphe gallo-romaine atteste de l’existence d’une Ritona , déesse particulièrement proche du gué qui se dit en gaulois “ritu”, continuation d’un mot indo-européen “prtus” désignant le passage, le gué, le pont. Elle serait donc la déesse gauloise attachée aux gués, peut être même aux combats de gués puisque, comme le dictionnaire des symboles nous le dit, l’archéologie a souvent mis à jour dans l’ancienne Gaule “des armes à l’emplacement de gués, ce qui tendrait à prouver que la coutume irlandaise du combat de gué, en celtique continental et brittonique, se rattache à celle du passage et de la course” (”ritu” signifiant aussi “la course”… et on peut aussi rappeler, incidemment; qu’une course est à l’origine de la malédiction lancée par Macha induisant la “maladie des Ulates”…).
    “Le gué (”dictionnaire des symboles”. Chevalier/Gheerbrant) symbolise le combat pour un passage difficile, d’un monde à un autre, ou d’un état intérieur à un autre état. Il réunit le symbolisme de l’eau (lieu des renaissances) et celui des rivages opposés (lieu des contradictions, des franchissements, des passages périlleux)”.

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    incarnation de lointains ancêtres,

    et mémoire oubliée de peuples antiques …

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    “Je suis un “homme du renne” mais je chasse aussi les bisons et les aurochs dont nous suivons les troupeaux avec mon clan au fil de leurs déplacements saisonniers ou que nous attendons sur les gués par où passent leurs routes de migration. Je vénère un dieu père auquel, par assimilation, je fais porter des ramures de rennes. Je vis dans l’entrée des grottes que j’aménage pour me protéger du vent et des grands froids ou dans des campements précaires au cours de l’été. J’aime les parures, animales ou végétales, plumes et ossements, pendeloques de coquillages et de dents d’animaux, et je porte déja des tatouages compliqués. En dehors de la chasse et de la pêche, je fabrique des vêtements , des récipients ,des armes et des outils, je travaille les peaux et les fourrures et me livre à des rites religieux.
    Je suis maintenant un chamane et je guéris les malades, je provoque les changements de temps désirés, je prédis l’avenir et je converse avec les esprits et les animaux-esprits. Je descends au fond des grottes dans les boyaux les plus reculés pour y pratiquer les rites magiques de chasse,et je peins et je grave sur les parois les animaux à chasser et des figures frustres ou au contraire, très réalistes. Je sculpte aussi des figures féminines, des Vénus aux formes accentuées, à l’image de la Terre généreuse que nous allons apprendre à cultiver, de la déesse fertile que je vénère.”

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    Le renne est emblématique de l’époque magdalénienne: il fournit la viande pour la nourriture, les peaux pour les vêtements et les tentes, la graisse pour les lampes, les ramures et les os pour les armes et les outils, les nerfs pour le fil à coudre et les lanières. On lit souvent que les tribus sont nomades et suivent les troupeaux de rennes dans leurs migrations … je ne sais pas trop, en fait, ce qu’on entend réellement par “nomades”, mais en tout état de cause, il est bien évident que ces tribus ne passent pas leur temps sur les chemins… Ce n’est, en effet, pas leur faire trop d’honneur que de penser qu’ ils se sont aperçus que les animaux empruntent toujours le même itinéraire, se rendant compte, par la même occasion qu’il est bien plus intelligent de les attendre à des endroits de ralentissement, au passage des gués par exemple, où les hommes peuvent tuer un grand nombre de bêtes pour faire des réserves. Ces “rencontres” ont assurément lieu deux fois par an, au départ et au retour, en automne et au printemps. Dans l’attente des rennes, les chasseurs édifient un campement dans lequel ils poursuivent leus activités : taille des silex surtout qui doivent servir à la chasse et au traitement des bêtes tuées. Un camp de ce type a été découvert à Pincevent, vers le confluent de l’Yonne et du Loing. On comprend que ce type de chasse a modifié les conditions de vie des hommes : comme ils n’ont plus à suivre les troupeaux, ils passent l’hiver des périodes de glaciation à l’abri dans l’ entrée des grottes qu’ils aménagent pour les rendre plus confortables -mais on a retrouvé aussi des huttes à l’intérieur des grottes- et la belle saison, et de plus en plus, dans des campements plus ou moins précaires en extérieur, sur les terrasses des fleuves, près des rivières et des sources ou au bord de la mer. On chasse aussi d’autres gibiers de grande ou de petite taille et l’été, on pêche dans des cours d’eau libérés des glaces.
    Les grottes profondes ne sont pas propices à une installation humaine pour un certain nombre de raisons : l’humidité et l’inconfort du aux grands froids, l’absence de lumière naturelle, la présence d’ours et autres carnivores des cavernes dangereux . Avec les glaciations l’habitat y devient pourtant courant mais c’est vers les entrées que les hommes s’installent et dans les abris sous roches qu’ils décorent également de gravures, peintures et sculptures, tout comme le fonds des boyaux obscurs et profonds… En face de ces dessins et gravures, l’explication développée par le professeur Jean Clottes avec l’archéologue sud-africain David Lewis-Williams est celle du chamanisme. Pour eux, aller dans les ténèbres, c’était entrer dans un autre monde, celui de l’au-delà, des esprits… De rares personnes, en particulier les chamanes, se rendaient au fond des grottes de manière exceptionnelle. Cela avait pour but de guérir des malades ou de rétablir une harmonie rompue… En réalisant leurs dessins, ils communiquaient avec les esprits de l’autre côté de la paroi, ils donnaient matière à leurs visions… Pour eux, l’image était chargée de pouvoir, comme elle l’est d’ailleurs dans toutes les sociétés traditionnelles.Cette hypothèse du chamanisme a été controversée. Dans la nouvelle édition du livre “Les Chamanes de la préhistoire” (La Maison des roches et Points Histoire), le professeur Jean Clottes réfute une par une les critiques scientifiques d’une manière bien convaincante…
    On n’est pas vraiment sur que les figurines sculptées dites “Vénus” soient des représentations d’une Déesse-Mère … selon Marija Gimbutas (« Le langage de la déesse », édition des Femmes) qui se basait sur les recherches et campagnes archéologiques qu’elle a mené dans l’”ancienne Europe” pré-indo-européenne, principalement dans les Balkans et le long du cours du Danube, un culte de la Déesse se serait universellement répandu dans toute la préhistoire, la femme incarnant la reproduction de l’espèce et son espoir de pérennité dans une dimension qui n’était pas linéaire comme elle le devint avec le patriarcat mais circulaire et cyclique où prend naissance le mythe de “l’éternel retour” . J’avoue bien volontiers mon attirance pour cette théorie, malgré les excès d’interprétation qu’ont pu en faire des féministes radicales … il est pourtant honnête de souligner que d’autres théories ont cours, celle de représentations érotiques notamment (bon d’accord, c’est très prosaïque, plus traces de spiritualité ou de préoccupations métaphysiques, seulement des graffitis érotiques sur les murs …) ou celle, lapidaire, de Pierre Lance :”confronté aux rudesses de l’existence, l’homme éprouve périodiquement la nostalgie du ventre maternel. Une fois enfoncée cette porte ouverte, on ne voit pas ce qu’elle nous apprend de décisif sur le destin des peuples, hormis l’évidence que plus ce culte sera important dans une communauté et plus on pourra soupçonner qu’elle manque d’audace et de virilité” (in “Alésia. Un choc de civilisations”)
    Par ailleurs, cette histoire de “gué” est, elle aussi, intéressante et j’essaierai d’en parler la prochaine fois …

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    incarnation de lointains ancêtres,

    et mémoire oubliée de peuples antiques …

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    Paléolithique (et même avant) . Je suis un “homme du renne” mais je chasse aussi les bisons et les aurochs dont nous suivons les troupeaux avec mon clan au fil de leurs déplacements saisonniers ou que nous attendons sur les gués par où passent leurs routes de migration. Je vénère un dieu père auquel, par assimilation, je fais porter des ramures de rennes. Je vis dans l’entrée des grottes que j’aménage pour me protéger du vent et des grands froids ou dans des campements précaires au cours de l’été. J’aime les parures, animales ou végétales, plumes et ossements, pendeloques de coquillages et de dents d’animaux, et je porte déja des tatouages compliqués. En dehors de la chasse et de la pêche, je fabrique des vêtements , des récipients ,des armes et des outils, je travaille les peaux et les fourrures et me livre à des rites religieux.
    Je suis maintenant un chamane et je guéris les malades, je provoque les changements de temps désirés, je prédis l’avenir et je converse avec les esprits et les animaux-esprits. Je descends au fond des grottes dans les boyaux les plus reculés pour y pratiquer les rites magiques de chasse,et je peins et je grave sur les parois les animaux à chasser et des figures frustres ou au contraire, très réalistes. Je sculpte aussi des figures féminines, des Vénus aux formes accentuées, à l’image de la Terre généreuse que nous allons apprendre à cultiver, de la déesse fertile que je vénère.

    Néolithique. Je suis agriculteur et je tire ma subsistance de la terre que nous cultivons de manière collective et qui est une mère providentielle et divine. Et par analogie . je révère la grande déesse-Mère . Le culte des morts et des ancêtres tient une grande place dans ma vie quotidienne et religieuse puisqu’ils sont encore présents parmi nous et qu’ils sont dépositaires d’une force bien supérieure à la notre. Les menhirs, dolmens et tumuli sont liés à ce culte : sépultures, sites religieux et funéraires. Je respecte un calendrier de fêtes saisonnières liées au cycle de la végétation et les mythes qui intègrent la mort, puis la renaissance d’une divinité, assimilée au Soleil. Petit à petit, je vais aussi vouer un culte au Ciel protecteur en l’associant à celui de la Terre mère.

    Je suis maintenant un chamane, sorcier prêtre de la tribu qui sert d’intermédiaire entre les hommes et les âmes des ancêtres pour s’assurer de leur protection. J’ai été “choisi” pour mes dons naturels avant de recevoir une solide formation initiatique souvent pénible et épuisante.

    Antiquité. Je suis Gaulois. Picton, peut être (probable ?) cousin des Pictes d’Ecosse. Picton signifie “les hommes peints” mais aussi “les furieux”…La défaite d’Alésia et la reddition de Vercingetorix viennent de sonner le glas de la Gaule indépendante et des druides qui seront bientôt frappés d’interdit. Les Romains annexent mes dieux et mes déesses pour les assimiler aux leurs mais derrière ces nouveaux noms je continue, surtout si j’habite la campagne , à honorer nos vieilles divinités. Comment pourrait-il en être autrement puisque ces divinités sont intimement et fortement liées au sol sur lequel je vis, à ses forêts, à ses rivières, à ses collines, au vent qui y souffle, à ses mers qui y grondent … et à mes Ancêtres qui ont foulé ce même sol qui est fait de leur chair. …Certains d’entre eux étaient déja même vénérés à l’âge du Renne.
    Je suis maintenant un druide, trait d’union entre les dieux et les hommes. J’allie, aux attributions de ceux qui étaient avant moi -les chamanes- (dont j’ai hérité du Savoir et de la Pratique) celles de philosophe, d’enseignant, d’astronome, de juge, de médecin, d’historien et de bien d’autres encore mais l’essentiel de ces connaissances va disparaitre parce que je me suis toujours refusé à les consigner par écrit pour préserver leurs possibilités d’évolution… Certaines se transmettront par l’oral ou par le geste, les autres devront être redécouvertes ou reconstruites sur le même modèle cohérent par l’étude, la recherche, l’intuition…

    Aujourd’hui. Je suis … moi. J’ai traversé ces divers âges qui m’ont fait ce que je suis et j’ai évolué. Le sol, lui, n’a pas changé, il est toujours fait de la chair de mes ancêtres et ce sont toujours les mêmes divinités que j’honore. Beaucoup s’est perdu des vieilles traditions mais il ne s’agit pas de revenir au point zéro, de remonter 2000 ans en arrière, rayer 2000 ans d’obscurantisme monothéiste, pour se retrouver à un hypothétique âge d’or auquel je ne crois guère mais de récolter un maximum d’informations dans tous les domaines qui peuvent nous aider à mieux connaitre et comprendre la vie quotidienne de nos ancêtres . Il s’agit d’aller à la recherche des Dieux et des Déesses dans le sol que nous foulons et dans notre imaginaire, à travers les lieux, les récits historiques, les légendes, les coûtumes et les fêtes toujours vivantes, les découvertes archéologiques…
    Je suis apprenti- druide, ou apprenti-chamane ou même plutôt simplement apprenti-sorcier. Je n’ai pas grand chose à voir avec celui qui, dans l’Antiquité, se déplaçait avec sa Cour , et parlait avant le Roi en revanche je chéris l’image de celui qui, dans les villages, était tout à la fois prêtre, guérisseur, confident, avec bien d’autres attributions encore, un druide au ras des pâquerettes si j’ose dire…
    En parallèle à ce travail de reconstruction, j’essaie de mettre en conformité ma vie avec la triade transmise par Diogène Laërce: “honore les dieux, sois brave, ne fais rien de bas”, afin qu’on puisse dire de moi et des miens, comme Camille Jullian le disait des Gaulois : “dans la vie comme à la bataille, ils allaient droit leur chemin, à ciel ouvert, le visage nu et le front haut”.

    (Vendredi 7 mars 200 8)

    melusine.jpg J’ai craqué hier au soir, j’ai acheté “la Fée Mélusine” de Philippe Walter, aux éditions Imago. J’avais bien aimé ses travaux sur Merlin et Mélusine, c’est quand même une déesse/fée tutélaire du Poitou… Le but est de le lire assez vite pour pouvoir en faire un résumé pour “la Main Rouge” qui serait une introduction à un travail plus complet et plus important (mythe, symbolisme, Mélusine en Poitou, etc…)
    En tout cas, il a l’air super intéressant, qu’on en juge par la 4ème de couverture:

    “Grande figure de notre imaginaire, la fée Mélusine promet richesse et prospérité à Raymondin, son époux, à condition qu’il ne la regarde pas dans son bain le samedi.
    Le mariage est heureux jusqu’au jour où, poussé par la curiosité, Raymondin perce un trou dans la paroi et découvre sa femme munie d’une énorme queue de serpent. Il ne dit rien mais, lors d’une querelle, la traite de “serpente”. L’interdit est transgressé et, dans un cri déchirant, Mélusine disparaît en s’envolant dans les airs. Tout en reprenant la célèbre histoire telle que nous l’ont contée Jean d’Arras, Coudrette et les légendes de nos terroirs, le présent ouvrage dévoile des horizons méconnus et, en interrogeant notamment la mythologie de l’anguille et du sel, renouvelle de manière décisive la compréhension du récit mélusinien.
    Alors Mélusine est-elle femme poisson, femme serpent ou femme oiseau ? Philippe Walter la surprend dans ses différentes métamorphoses, en saisit l’écho dans diverses traditions, entre autres celtiques, et retrouve sa trace sur plusieurs continents, offrant ainsi une ampleur originale à l’interprétation de ce mythe clé du Moyen Âge”.

    … et par les têtes de chapitres : Mélusine entre mythe et littérature. Mélusine et les Géants. L’Anguille Mélusine. Mélusine et les Monstres Marins. Mélusine et l’Esprit du Sel. Mélusine, fille des Vagues. Mélusine, la Sirène et la Canicule. Trois Soeurs. L’Envol de Mélusine. Le Sabbat de Mélusine.

    Je m’en régale à l’avance …

     

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