Archive de Tag pour ‘Lucien Rebatet’.
« C. – Eh bien moi, reprit Cousteau, j’ai fait à mes débuts, toutes les sales besognes du métier. ça n’est pas drôle, mais c’est instructif. Lorsqu’on a mené, parallèlement aux flics, un certain nombre d’enquêtes, on est fixé sur la valeur des témoignages humains… Tu débarques dans un bled de banlieue où un citoyen vient d’être assassiné. Le cadavre est encore chaud, mais personne, déjà, n’est plus d’accord sur les circonstances du meurtre. On t’explique simultanément que l’assassin est un grand rouquin en casquette, un petit brun à chapeau melon, un bossu au regard torve, et que le coup de feu a été tiré à dix heures du soir, à minuit et à trois heures du matin… Tu te rends compte des enjolivements que ces gens là apporteraient à leurs récits s’il fallait conter non point ce qui s’est passé le jour même, mais un drame vieux d’une quarantaine d’années au moins. Or qu’est-ce que les Évangiles ? Des récits rédigés avec un décalage d’une quarantaine d’années par des personnages obscurs dont le souci de propagande est évident. Et tout l’édifice de la Chrétienté repose sur ces témoignages là. C’est extravagant.
Rebatet sauta sur l’appât :
R. – De toutes les questions religieuses, mon vieux, c’est cette affaire des textes que je connais sans doute le moins mal. C’est encore plus extravagant que tu ne l’imagines. Suppose l’histoire d’un rabbin miraculeux de la Russie subcarpathique, mort entre 1900 et 1910, et cette histoire rédigée par des savetiers polaks de la rue des Rosiers, en franco-yiddish, d’après les récits qu’on psalmodiait dans leur patelin le soir du sabbat. Suppose que cette rédaction est traduite dans une autre langue, mettons l’anglais, par d’autres Juifs qui savent l’anglais approximativement. Suppose que ces Juifs ont sur le rabbin des idées personnelles qui les conduisent à donner un peu partout des coups de pouce, à corriger, à raturer les paroles du saint. Suppose enfin que ces textes sont copiés par des scribes particulièrement distraits : voilà le Nouveau Testament ! »
Lucien Rebatet/Pierre-Antoine Cousteau, Dialogue de « vaincus ». Berg International.
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6 février 1934
“Cinq cent mille Parisiens avaient tourbillonné comme des moucherons autour de la vieille ruine démocratique qu’une chiquenaude, c’est-à-dire la révolution de mille hommes vraiment conduite par dix autres hommes, eût suffi à jeter bas. Le radicalisme n’avait pas su davantage prendre prétexte de l’échauffourée pour se rajeunir et faire, à son compte, cette révolution de l’autorité que les trois quarts du pays appelaient (…). La capitale, pendant tout le jour qui suivit l’émeute, avait été à qui voudrait la prendre. mais les vainqueurs malgré eux étaient restés interdits et inertes, comme des châtrés devant une Venus offerte. La démocratie avait reconquis ses vieilles positions, compromises un instant, par les voies tortueuses qui lui étaient habituelles, en couvrant ses manœuvres avec des simulacres de justice et d’enquêtes. Elle entraînait sans la moindre peine, sur ce terrain bourbeux à souhait, les nationaux toujours aussi incorrigibles dans leur jobardise qu’au temps de Dreyfus, et tout de suite définitivement enlisés.
Ainsi s’était évanouie, parmi les avocasseries de la droite et de la gauche, les procédures truquées et les crapuleries policières, une occasion inespérée pour notre pays de recouvrer sa santé et sa fortune au-dedans, son indépendance au-dehors.
On avait pu reconnaitre la fragilité de la carcasse parlementaire. Mais elle s’était révélée encore plus ferme que tous ses ennemis. Les Parisiens, des camelots du roi aux communistes, avaient prouvé qu’ils étaient encore capables d’un beau sursaut de colère et même de courage. Mais leur élan inutile était brisé pour longtemps.”
Lucien Rebatet, Les décombres.
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in memoriam
jour pour jour, 11 ans plus tard, le 6 février 1945, Robert Brasillach est fusillé au fort de Montrouge.
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Pierre-Antoine Cousteau est mort le 17 décembre 1958.
“Cousteau – Toi et moi, nous sommes “étiquetés” fascistes. Non sans raison d’ailleurs. Et nous avons fait tout ce qu’il fallait pour justifier cette réputation…
Rebatet - Jusqu’à et y compris la condamnation à mort…
Cousteau – Or, pour le farfelu moyen … et même pour le farfelu supérieur – qu’est-ce qu’un fasciste ? C’est d’abord un énergumène éructant et botté, l’âme damnée de la plus noire réaction et le suppôt du sabre et du goupillon … Et de même qu’on attend d’un nihiliste qu’il ait des bombes dans sa poche, d’un socialiste qu’il ait les pieds sales et d’un séminariste qu’il soit boutonneux, on doit nous imaginer figés dans un garde à vous permanent devant les épinaleries déroulédiennes.
Rebatet – J’en connais en effet, sans aller les chercher très loin, qui sont au garde à vous vingt quatre heures sur vingt quatre, mais ça n’est pas notre cas.
Cousteau – Je crois même que nous sommes parvenus à un degré d’anarchie assez sensationnel. Nous sommes beaucoup plus anarchistes que les anarchistes homologués qui sont en réalité de pauvres types d’un conformisme pénible. Car c’est bien la peine de se débarrasser des vieux mythes pour donner dans le mythe du progrès, dans le mythe de la société sans Etat.
Rebatet – Il n’est pas douteux que nous sommes plus affranchis que ces gars là. Nos moindres propos l’attestent.”
P.A. Cousteau/ L. Rebatet, Dialogue de vaincus.
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Né le 18 mars 1906, les idées de Pierre Antoine Cousteau, journaliste polémiste politique et accessoirement frère aîné du célèbre océanographe, sont plutôt d’extrême gauche, parce que, comme il le dit lui même « j ‘avais poussé jusqu’à l’absurde les tendances naturellement critiques de mon tempérament » Mais il se détache de la gauche quand celle ci est gagnée par un bellicisme antifasciste qui lui hérisse le poil . Fondamentalement hostile au communisme et à la démocratie parlementaire il collabore au journal Je Suis partout en compagnie de Lucien Rebatet et de Robert Brasillach, y signant des articles à l’ ironie caustique et à la force de frappe remarquables de ses initiales PAC. Arrêté en 1945, condamné à une mort qu’il attend les chaînes aux pieds pendant cinq mois avant d’être gracié à Pâques 1947, il passe huit années à la centrale de Clairvaux et à celle d’Eysse. Libéré en 1954, il meurt le 17 décembre 1958. Dans les jours suivant, « Rivarol » publie le « testament » qu’il avait confié à son ami Lucien Rebatet :
« Je tiens à ce qu’en aucune manière on ne laisse supposer que j’ai pu affronter la mort dans d’autres dispositions philosophiques que celles qui ont toujours été les miennes, c’est à dire un agnosticisme total (…) Je tiens essentiellement à n’être présenté ni comme une “victime des événements”, ni comme un innocent. Si j’ai adopté, en 1941, une attitude de collaboration, ce ne fut pas pour limiter les dégâts, sauver les meubles ou par quelque calcul relevant du double jeu. C’est parce que je souhaitais la victoire de l’Allemagne, non pas parce qu’elle était l’Allemagne, mais parce qu’elle représentait à l’époque, “avec tous ses crimes”, la dernière chance de l’homme blanc, alors que les démocraties, “avec tous leurs crimes”, représentaient la fin de l’homme blanc. Dans l’acte d’accusation de mon procès, il est précisé “que Cousteau ne regrette qu’une chose, la défaite de l’Allemagne”. C’est la seule partie exacte de cet acte d’accusation. Et j’ai continué, jusqu’à mon dernier souffle, à déplorer la défaite de l’Allemagne. Dans un univers qu’elle avait soumis à sa domination, les Anglais seraient toujours aux Indes et à Suez, et dans toute l’Afrique franco-allemande, il n’y aurait pas un indigène qui oserait lever le petit doigt. »
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Wolfgang Amadeus Mozart, compositeur autrichien né à Salzbourg, principauté du Saint-Empire romain germanique, le 27 janvier 1756, est mort à Vienne le 5 décembre 1791.
‘Toute sa carrière d’homme fut une lutte épuisante pour acquérir la liberté d’exprimer son chant intérieur. Il paya cette liberté de ses affreux tracas, de ses déboires, de sa mort pitoyable à moins de trente six ans (…). La dernière musique qu’il fredonne avant son agonie est l’air d’entrée de Papageno dans La Flûte qu’il voudrait réentendre. Il meurt d’une maladie qui n’a pas été identifiée. Le lendemain, une violente tempête de neige disperse sur le chemin du cimetière les quelques amis qui accompagnaient son cercueil. Restés seuls, les croque morts jettent à la fosse commune le corps de Mozart. L’emplacement exact de sa dernière demeure n’a jamais pu être retrouvé. »
Lucien Rebatet : Histoire de la musique.
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« Le 7 février [1934], dans l’après midi, un fidèle de l’Action Française, Pierre Lecoeur, entrait fort animé dans la grande salle de notre rédaction et allait droit à Maurras, qui était en train d’écouter trop galamment le caquetage d’une pécore du monde :
« Maître, Paris est en fièvre. Il n’y a plus de gouvernement, tout le monde attend quelque chose. Que faisons-nous ? »
Maurras se cambra, très froid et sec, et frappant du pied:
« Je n’aime pas qu’on perde son sang-froid. »
Puis, incontinent, il se retourna vers la perruche, pour lui faire, à n’en plus finir, l’honneur bien immérité de son esprit. »
Lucien Rebatet : « les Décombres ».

Pierre Vial vient de rejoindre la Nouvelle Droite Populaire qui affirme, entre autres, son attachement aux valeurs chrétiennes de l’Europe . Et quand on lui demande comment il assume en même temps son paganisme, il fait référence à Maurras et parle du « nécessaire compromis nationaliste qui repose sur l’impératif de grouper toutes les forces disponibles pour faire face au péril mortel» qui nous menace.
Je ne peux pas m’empêcher de penser que la vie de ce pauvre Maurras a été une bien triste vie, faite de camouflets et de frustrations :
- agnostique convaincu, il fait un compromis avec le catholicisme et se fait le chantre d’une Église-facteur d’union entre tous les Français pour voir son Action Française officiellement condamnée par le Pape en 1926;
- monarchiste, il est renié par le prétendant, le Comte de Paris qui rompt avec fracas tous liens avec l’AF en publiant une lettre définitive, pour se tourner vers des élites plus proches du régime républicain et davantage « fréquentables »;
- propagandiste du « coup de force » il rate l’opportunité, qui ne se représentera pas, du 6 février 1934;
- inventeur du « nationalisme intégral » et germanophobe extrême, il s’engage derrière le Régime de Vichy pour se voir jeté en prison en 1945, et condamné à perpète, accusé de collaboration avec les nazis …
Non vraiment, je suis pas bien sur que Vial ait raison, je suis pas bien sur que Maurras soit la bonne référence à prendre…
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D’un autre côté, toujours au chapitre des “nécessaires compromis”, Pierre Vial rappelle aussi : « au FN, sans état d’âme, je travaillais en tandem avec le catholique de tradition Bernard Antony pour la formation des cadres » … le même Antony, président de Chrétienté-Solidarité, ne doit pas avoir les mêmes souvenirs, puisque, sans état d’âme lui non plus, il déclarait en 2001 préférer « un Noir catholique à un Blanc païen »…
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J’ai au moins un trésor qui dort dans mes étagères depuis des années … un trésor en double en fait : « Les Décombres » de Lucien Rebatet dans son édition originale, et puis « les Mémoires d’un fasciste » en deux volumes, du même qui sont la réédition du premier amputé de quelques passages. Le premier n’est pas en très bon état, et c’est pourquoi j’ai acheté les 2 et 3ème à leur parution. Et depuis, les uns et les autres dormaient, attendant mon bon plaisir, comme tant d’autres … C’est vrai, on achète par crainte de rater et puis on range, et puis on oublie plus ou moins, ou on a autre chose à faire, autre chose à lire …
J’avais un vague souvenir du Rebatet signant dans Rivarol (oui, j’ai cet âge qui m’a permis de lire les chroniques de Rebatet …) mais je n’imaginais pas, en ouvrant le bouquin, quelle jubilation allait me prendre au fur et à mesure des pages tournées…
J’ai commencé à cocher au crayon de papier les phrases qui me plaisaient et puis j’ai vite vu que j’allais devoir cocher les trois quarts du bouquin ce qui me semblait un peu inutile …
Et ça m’a donné envie de ressortir son « Histoire de la Musique » et ses « Deux étendards », ses « Épis mûrs »et le petit bouquin que lui avait consacré Pol Vandromme aux éditions Universitaires.
Il est dit que « la publication des Décombres fit exactement l’effet d’une bombe. Au propre et au figuré,cet énorme pamphlet de 672 pages était un pavé. L’avant-guerre, Munich, la drôle de guerre, la débâcle, Vichy, peints avec une justesse, une férocité impitoyables et un éclatant talent de grand reporter, servaient de décor. Les bourgeois, les militaires, les politiciens, les juifs, les curés, les franc-maçons, les capitalistes, l’Action Française, le Front Populaire étaient les cibles, mitraillées avec une violence, une fureur et un lyrisme qui stupéfièrent. « Torrentiel, apocalyptique, écumant » sont les adjectifs qui reviennent le plus souvent dans les critiques de l’époque ».
Pour exemple : « Jules Renard, dont j’aime à croire qu’il n’eût jamais été un socialiste à la mode du Front Populaire disait « Oui, le peuple. Mais il ne faudrait pas voir sa gueule ». Les dieux savent si on la voyait ! Ça défilait à tout bout de champ, pendant des dimanches entiers, sur le tracé rituel de la République à la Nation. Il y avait les gueules de la haine crapuleuse et crasseuse, surtout chez les garces en cheveux. Il y avait encore à profusion le prolétaire bien nourri,rouge, frais et dodu dans une chemisette de soie, un pantalon de flanelle, d’étincelants souliers jaunes, qui célébrait avec une vanité rigolarde l’ère des vacances à la plage, de la bagnole neuve, de la salle à manger en noyer Lévitan, de la langouste, du gigot et du triple apéritif. Le peuple, dans ces revues, était entrelardé de cohortes maçonniques, arborant d’incroyables barbes toulousaines, et des bannières, des ceintures, des scapulaires bleus et roses de congréganistes sur des ventres de Tartarins; ou encore d’escouades d’intellectuels, les penseurs de mai 36, dont l’aspect me mettait un voile rouge devant les yeux, les vieux pions de Sorbonne, les suppôts à lorgnons et barbiches de toute la suffisance primaire, bras dessus bras dessous avec tel homme qui avait eu du talent et qu’on reconnaissait avec un étrange dégoût dans ces chienlits. N’y manquait jamais, avec sa figure dévorée de tics, le sieur André Malraux, espèce de sous-Barrès bolcheviste, rigoureusement illisible, et qui soulevait pourtant l’admiration à Saint Germain des Prés, même chez les jeunes gogos de droite, grâce à un certain éréthisme du vocabulaire et une façon hermétique de raconter des faits divers chinois effilochés dans un bouillon d’adjectifs »
un site à visiter : http://etudesrebatiennes.over-blog.com/
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Le 27 mai 1894, Louis-Ferdinand Destouches nait à Courbevoie. Il est le fils de Fernand Destouches, licencié es lettres, modeste employé d’assurances originaire du Havre, et de Marguerite Guillou, parisienne et dentellière.
Soixante sept ans plus tard, Lucien Rebatet écrira à propos de son enterrement:
« Nous n’étions pas trente pour l’accompagner au cimetière. Le curé de la paroisse lui avait refusé son eau bénite. Tous les honneurs ! Il pleuvait. Un enterrement incomparable, celui que méritait Céline. De même qu’un artiste, qu’un voyant de sa taille ne pouvait pas avoir une autre vie dans un temps et un pays prostitués ».
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