Dans son interprétation du chaudron de Gundestrup, Jean-Jacques Hatt a pu élaborer le schéma du mythe représenté:
A certains moments de l’année, Rigani la grande Déesse, épouse de Taranis était reine du ciel. Puis elle descendait aux « enfers » (c’est le mot employé par Hatt mais perso je préfère « Monde d’en bas » ou « Autre monde » à cause des « images » qu’on attache aux « Enfers »), accompagnée de deux compagnes pour retrouver son second fiancé et futur époux Esus, alors sous la forme de Cernunnos. La jalousie et la fureur de Taranis les transformaient en grues. Dans la suite le sang des taureaux sacrifiés leur permettait de retrouver leur forme « humaine ». Rigani épousait Esus, revenu sur la terre. Mais un peu plus tard elle allait de nouveau retrouver Taranis et Esus redevenait Cernunnos.
Ainsi de suite, ce mythe comportait un cycle saisonnier de pérégrinations et de métamorphoses.
Le souvenir attaché à la descente aux enfers de la déesse est conservé la nuit des Mères (24-25 décembre)

La question est de savoir qui sont ces deux autres déesses… selon Yves Kodratoff dans son livre sur « les Runes » :  » l’analyse de Hatt du chaudron de Gundestrup décrit la grande déesse Celte Rigani, accompagnée de deux déesses servantes, descendant du ciel sur terre au solstice d’hiver. Rigani devient alors la déesse des morts pour un certain temps ». Outre le fait que la déesse ne descend pas du sur terre mais dans le Monde d’en bas, Kodratoff, qui est un nordisant, est le seul à employer les mots « déesses servantes » … je n’ai en ce qui me concerne, jamais entendu dire qu’il puisse exister des déesses « servantes » dans la mythologie ou le panthéon celtes.
Hatt, quant à lui, n’emploie que les mots « mères », « compagnes » et « acolytes » ce qui ne présente aucune idée de subordination.
Même si les trois déesses sont très individualisées et présentées comme distinctes les unes des autres, il est aussi possible que la déesse Rigani soit ici envisagée sous son triple aspect car on sait en effet qu’en Gaule la Grue Sacrée représente la Déesse Mère triple, la force créatrice du monde. De même les déesses-mères ou/et les matronae sont souvent représentées par deux ou par trois …
rigani-grues.jpgUn détail m’intrigue aussi, c’est la plaque où figurent les trois déesses: Hatt souligne que « les deux grues en haut de la plaque représentent l’aboutissement de la métamorphose des deux acolytes de la déesse »… mais qu’en est-il de la grande déesse ? pas de grue pour elle, il n’y en a que deux sur la plaque… où voir l’aboutissement de sa métamorphose à elle ? on ne le voit pas sur le Chaudron en fait, il faut le chercher ailleurs car il faut savoir que Hatt ne fait pas reposer sa thèse uniquement sur le chaudron de Gundestrup mais la fait découler également d’un bas relief du Mont Berny, d’un bas relief de Vendeuvres, d’un relief sur terre sigillée de Boucheporn, d’aediculae de Mayence et d’ailleurs, de l’autel de Saintes, des piliers des Nautes de Paris, et d’un certain nombre d’autres monuments ce qui la rend d’autant plus crédible même si, dans les milieux dits « autorisés », on ne s’est pas privé de la critiquer…

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