Mardi 8 janvier 2008

De la brume ce matin…
Le brouillard est Mystère (pour certains le « myste » est celui qui est voilé, pour d’autres celui qui garde les lèvres fermées, mais dans un cas comme dans l’autre , myste et brouillard restent liés). Mystère parce que tout concourt à en faire un Seuil et le Seuil est Mystère parce qu’il peut être ouverture sur l’Inconnu.
Le brouillard estompe ou transforme les formes mais aussi les couleurs et les sons, ainsi que les odeurs, et on ne sait pas trop ce qu’il cache: le paysage qu’on avait auparavant devant les yeux ou des créatures monstrueuses comme dans la nouvelle de Stepehen King ? De cette « purée de poix », dans un « silence ouaté », sort parfois une forme sombre qui peut être n’importe quoi, mais bien souvent ce qu’on ne croyait pas que c’était et qui se présente « voilé ». D’ailleurs , on se souvient d’Héraclite qui prétendait déjà que la nature « aime à se voiler »…Et ce brouillard, en se levant, s’il découvrait un nouveau paysage qu’on ne connait pas ? un ailleurs ?… c’est bien aussi effrayant que de craindre que le soleil ne se lève plus …
Le brouillard estompe, transforme, mais aussi il trompe et il égare : même avec une corne de brume, rien de plus facile que de se perdre dans le brouillard qui, parfois, semble jouer avec nous, ne dévoilant que ce qu’il veut, quand il veut, sous la forme qu’il veut.
Il est le cinquième Elément mais en même temps le produit d’une danse entre trous les autres éléments, et il est lié aux trois Mondes : le monde d’en dessus, avec les nuages, notre Monde, quand il nous environne et emplit la surface de notre perception, et le Monde d’en dessous quand il flotte au dessus d’une étendue d’eau, tel un gros serpent paresseux qui émanerait directement d’elle, telle une Vouivre. Le brouillard est lieur.
brouillard-monet.jpg Le brouillard aime jouer, un peu à la manière de ces lutins facétieux: il s’enroule, s’accroche, glisse sur vous, et quand vous croyez le saisir, il vous file entre les doigts. Il est désir, il est invitation: invitation à le pénétrer, à pénétrer en lui, à passer le seuil pour accéder à un autre monde, et quand on est « dans le brouillard », on est dans l’inconnu, ou entre rêve et réalité. Mais s’il invite il ne se laisse pourtant pas pénétrer facilement: on peut s’enfoncer, s’immerger en lui pendant des mètres et des mètres sans avoir pour autant l’impression de bouger de place, des heures et des heures sans avoir l’impression que le temps passe. Le brouillard distord l’espace, comme le temps …
Dans le même ordre d’idées, le brouillard/seuil me fait penser à la buée qui peut se déposer sur un miroir: le miroir qui est une porte à franchir sur un autre monde ou sur soi même (comme Alice de Lewis Carroll ou le miroir magique de Blanche Neige) où la buée déposée sur sa surface peut faire office de sas… D’ailleurs, la buée empêche de se voir quand on se regarde dans le miroir … ou alors on se voit tout flou, comme effacé …Certains ésotéristes disent que le miroir ne fait que révéler le « juge suprême » : il faudrait donc effacer/traverser la buée pour le découvrir ? pour se découvrir ?
Enfin, je trouve que le brouillard présente une certaine analogie avec les boules de gui, avec cette même couleur laiteuse assimilable au sperme et donc à la fertilité : comme lui, comme le gui qui s’accroche tout pareil aux branches des arbres, et donc comme le sperme, le brouillard serait riche de toutes les potentialités ?
… et j’aime bien quand cette couleur laiteuse est lumineuse, lumineuse du soleil qui, caché derrière, est sur le point de se dévoiler … quand le soleil se devine ainsi derrière le brouillard, on a l’impression que quelque chose va s’ouvrir …

(Monet: Bras de la Seine près de Giverny – Brouillard)