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(samedi 9 février 2002-2008)

Bablu est vraiment un drôle de type. France m’a dit qu’il était brahmane … je vois pas comment ça pourrait être possible parce que brahmane, jusqu’à nouvel ordre, c’est le nom donné aux prêtres formant la première des quatre grandes castes hindoues. Même s’ils peuvent aussi être des enseignants ou des hommes de loi, leur rôle social est l’enseignement de la doctrine des Védas ou des Ecritures sacrées, et pour autant que j’en sache, je n’ai pas encore vu Bablu enseigner la doctrine des Védas … Non, ce que je veux dire, c’est qu’il semble connaitre tout le monde, même à des centaines de kilomètres de Delhi, c’est un as du marchandage et de la négociation et il sait même faire preuve d’une grande autorité, le type même du « commercial » qui ne s’embarrasse pas trop de scrupules et à côté de ça, il affiche, non le terme est mal choisi parce qu’il n’est pas ostentatoire, il sait exprimer une conscience spirituelle . Hier au soir en laissant filer ses offrandes et ses bougies sur l’eau du Gange et ce matin, en se plongeant dans le Fleuve et en nourrissant les mendiants.(au passage, j’adore cette coutume qui consiste à livrer une petite bougie à l’eau d’une rivière ou d’un fleuve)
inde-bb-2002-026.jpg Je ne savais vraiment pas si je serais capable de le faire, d’ailleurs c’était pour moi une sacrée préoccupation : appréhension, peur, espoir, excitation …et puis ce matin à 9 h sous un ciel gris et des températures pas trop clémentes … je sais pas trop mais je suis sur qu’il doit pas faire tellement plus de 10 ° parce que j’ai une chemise sous un pull avec un coupe vent et je n’ai pas spécialement chaud , en plus il tombe même parfois une sorte de bruine… bref, on s’installe sur cette espèce de quai, on se met en slip, Bablu, Viki et moi, je crois que France est un peu plus loin parce que je suis pas sur que ce soit bien vu que les femmes fassent ça avec les hommes et on s’ immerge … je me tiens à une sorte de filin d’acier parallèle au quai et bien m’en prend parce que le courant est fort et l’eau est froide, cette eau, je la sens m’empoigner, me bousculer un peu, me malaxer tous les muscles du corps, j’en ai le souffle coupé mais je sens en même temps que pour le fleuve, c’est sa manière à lui de m’accueillir et je me replonge en entier une fois, puis une autre, me livrant à lui, du bout des orteils à l’extrémité des cheveux… Quand je ressors, je ruissèle mais je n’ai pas froid, je mets même un moment pour me décider à me rhabiller … je suis, comment dire, revigoré … et nettoyé… et nous remplissons tous des petites gourdes avec l’eau du Gange, comme tous les pélerins qui viennent ici.
Ensuite donc, il y a ces repas offerts aux mendiants sous la haute autorité de Bablu où je me porte volontaire pour être serveur.
Emotionnellement, et même si ça ne transparait peut être pas trop à travers ces lignes, tout ce que je vis ici depuis notre arrivée est assez dur et je me mets souvent à pleurer, comme ça, sans prévenir … Je me sens bien ici, les mendiants m’effraient beaucoup moins qu’au début, la langue évidemment me pose de gros problèmes, même si j’essaie de suivre les directives de France : »si tu écoutes avec le coeur, tu comprends » … ben , c’est pas si évident que ça , je dois pas savoir bien faire parce que je ne comprends pas. J’ai déja dit que j’aime ces foules, que j’aime ces bruits et cette poussière. inde-ee-2002-032.jpg Et je m’émerveille devant tous ses animaux en liberté: ces cochons qui fouillent dans les détritus (derrière l’hôtel j’ai vu une petite truie traverser la route avec trois adorables porcelets qui la suivaient en file… indienne…), ces vaches indolentes (mais qui ont toutes des propriétaires), ces innombrables corbeaux (mais qui ne ressemblent pas trait pour trait aux nôtres) et surtout tous ces chiens, bouffés aux puces, qui se laissent tomber au milieu d’une rue pour se gratter et que toutes les voitures qui se fonçaient dessus la seconde d’avant, s’efforcent alors d’éviter… d’ailleurs, quand ils ne sont pas attaqués par les puces, les chiens sont plutôt prudents, ils regardent à droite et à gauche avant de traverser, même quelques chèvres sont visibles par ci par là…
Je voudrais pouvoir parler plus longtemps et mieux de l’Inde intime et quotidienne, des sourires éclatants des petits mendiants, de ceux des vieux aussi d’ailleurs, des odeurs et de l’encens qui fume à tous les coins de rue et sur tous les étals, des couleurs : la végétation par exemple, est extraordinaire, on dirait une peinture fraîche sur laquelle on passerait un doigt léger pour brouiller/mélanger/densifier en même temps les couleurs des feuillages. J’aimerais aussi pouvoir parler de mes impressions mais elles s’apparentent plus aux émotions et sont indescriptibles, ineffables est un bon terme… Tout celà n’est pas très facile à vivre mais je crois que j’apprends beaucoup. Spirituellement (même si j’aime pas ce mot, je vois pas trop lequel employer à la place), spirituellement donc, je ne sais pas trop. je ne sais pas d’où viennent ces émotions ni ce qu’elles veulent dire. Mais je ne sais pas non plus ce que j’attendais, ni ce que je peux attendre. C’est quoi progresser spirituellement ?…
inde-dd-2002-030.jpg En tout cas pour revenir à des choses plus concrètes, jamais je ne me serais cru capable de nourrir des mendiants, ces mendiants qui me faisaient si peur, de poser des assiettes ou des plateaux dans des mains déformées, léprosées, sans doigts parfois, sur des moignons, sans éprouver de recul, et avec le sourire en prime, en plus, mais en passant aux larmes sans crier gare. C’est tellement imprévu que je me le redis une fois de plus : jamais je n’aurais cru être capable de sourire avec tant de chaleur et de sincérité à des … mendiants ! Il y en a quatre dont je me souviens plus particulièrement : un très bel homme d’abord, d’une cinquantaine d’années, avec un turban rose et des yeux aigus, un nez aquilin avec une belle barbe, au maintien très aristocratique … puis un autre homme, plus vieux, avec une barbe blanche qui remercie avec un grand sourire et force gestes de la main; une vieille femme édentée qui me parle et qui, quand elle voit que je la comprends pas, m’adresse un grand sourire chaleureux, l’air de dire « laisse tomber, c’est pas grave, y a plus important », et une petite fille aux dents très blanches dans un visage noir qui n’arrête pas , elle aussi, de m’adresser des sourires éclatants quand je lui donne des trucs
Un peu plus tard on va s’asseoir quelques dizaines de minutes sur une espèce de promenade qui tient aussi du terrain vague et du terrain de jeu, entre le Gange et les temples et des baraques de fête foraine pour y grignoter des friandises, à un moment, France dit à Bablu qu’il est un saint, et lui, imperturbable répond : »oui, absolument ». Drôle de personnage …
L’après midi, nous allons visiter un temple dans la montagne dont je ne me rappelle plus le nom. Un grand temple avec plusieurs niveaux pour lequel nous avons du prendre une sorte de téléphérique … les singes y sont légion, avec un cul rouge, et il faut faire attention parce qu’ils sont toujours prêts à chaparder quelque chose, effrontés et parait-il méchants à l’occasion … Autour du temple, des magasins où on peut acheter des tas de choses et des boutiques où on peut manger, des tas de choses aussi. Encore un sujet que je n’ai pas encore abordé : les temples …inde-ff-2002-033.jpg En ville, il y en a plein, certains ne paient pas de mine, d’autres sont luxueux, beaucoup sont dédiés au très populaire Ganesh, le dieu éléphant … D’abord pour pénétrer dans un temple, il faut enlever ses chaussures … au début j’avais la trouille qu’on me les fauche parce qu’il faut les laisser dehors mais je crois que c’est une peur typiquement occidentale … A l’intérieur, j’ai l’impression qu’il y a une sorte de parcours avec différentes stations. Dans certains il y a plusieurs de ce que je croyais au début être des prêtres qui prient pour vous contre des pièces de monnaie et qui vous attachent un fil rouge autour du poignet (quand ces fils se détacheront d’eux mêmes, il faudra les jeter dans un cours d’eau à côté de chez moi…) … certains sont effectivement des prêtres, mais beaucoup sont ce que d’autres appellent des « marchands du temple » qui ne sont intéressés que par le gonflement de votre porte monnaie … les représentations des divinités sont dans un « sanctuaire » qui peut être une petite pièce ou bien une grosse anfractuosité dans le mur, en fonction de la taille du bâtiment et on les honore avec des lampes de ghi (c’est du beurre clarifié. utilisé comme carburant pour les lampes à huile dans les rituels. Il symbolise la clarté de l’esprit et l’illumination), des fleurs, des bâtonnets d’encens, des sucreries, des pièces de monnaie. Il y a d’ailleurs souvent à l’extérieur du temple des marchands avec des étals recouverts d’offrandes diverses, de l’encens (qu’on achète par grosses poignées), des fleurs, des couronnes, des plateaux d’offrandes « composées », etc… Et si vous tombez sur un prêtre, il peut vous imposer la marque sur le front en versant dans vos mains en coupe trois cuillères d’eau sacrée dont vous devez boire quelques gouttes et vous aspergez avec le reste le haut du crâne et les cheveux… ce qui est aussi un bon moyen, même si pour moi ça n’a rien fait, pour se choper un dérangement intestinal car ce n’est pas de l’eau minérale …

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