(Dimanche 10 février 2002-2008)

Hier au soir, pour l’anniversaire de Bablu, nous avons diné dans le chambre à côté de la nôtre avec France et Viki selon un scénario bien rôdé maintenant : un coup d’oeil dans la chambre et puis des feuilles de papier journal sur le lit, avant que les repas ne soient livrés : du poulet aux épices avec de la bière à gogo (celle que nous avions achetée extra muros) … Ce matin, je sens qu’il est temps de manger un peu moins épicé et de revenir à de la nourriture plus … occidentale ? Je ne sais pas trop si le repas avait été mis sur la note de Bablu mais un peu auparavant nous avions eu un petit heurt avec lui parce que France et moi avons eu quelques doutes sur le gestion de l’argent qu’on lui a donné et les dépenses correspondantes … doutes qu’il s’est empressé de contrer en clamant haut et fort son honnêteté mais très franchement, je serais bien en peine d’affirmer s’il a raison ou s’il nous mène en bateau …
inde-1-2002-2008-014.jpg Quoi qu’il en soit, ce matin nous allons dans le Corbett National park. Cette réserve qui fait plus de 800 km de long doit son nom au chasseur de tigres Jim Corbett qui fut le premier à signaler que les tigres étaient en train de disparaitre de l’Inde et qui, symboliquement, enterra ses fusils de chasse. Nous arrivons à un ensemble de maisons groupées autour d’un arbre magnifique qui doit être un banian … et ça me rappelle des vieux films qu’on a pu voir se déroulant dans des réserves africaines, genre « le lion Clarence » ou même « les Misfits » qui se passe dans l’Ouest américain… Le but du jeu est de faire une promenade à dos d’éléphant et c’est une expérience extraordinaire. Un léger roulis mais c’est exactement ça la « force tranquille » : un pas lourd et assuré, parfois l’éléphant s’arrête pour arracher des branches ou bien alors simplement, mais habilement, les effeuiller et son kornac, qui ressemble à Fidel Castro lui balance des grands coups de barre de fer sur le crâne pour qu’il reparte, mais ce n’est pas toujours probant et l’éléphant, en fait, fait ce qu’il veut … Le caresser est très agréable, la peau est chaude, on a un peu l’impression de caresser un arbre dont l’écorce serait lisse et les poils, pas très denses, font penser à des cheveux qui repoussent après avoir été rasés… La promenade se révèle être une balade dans le jardin d’Eden: une végétation luxuriante, des tas d’oiseaux, des paons, des chevaux, des vaches, des biches et des cerfs … en revanche, pas de tigres (mais il n’y en a que six dans le parc, alors question probabilité …) ni de léopards ni de tout ce que le prospectus mentionne … Nous faisons la connaissance d’un couple de hollandais qui avaient prévu de passer trois mois au Cambodge, Laos … mais qui, à la suite d’un petit accident de voiture à Amsterdam avec un indien ont été séduits par l’Inde que leur avait décrite ce dernier…Lui a été malade comme un chien, il est encore pâlichon d’ailleurs, pour avoir bu les quelques gouttes d’eau sacrée d’un temple dont je parle ailleurs…
En fin de matinée, Bablu trouve une combine pour rentrer à Delhi et Viki nous emmène à Richikesh (« le pays des Sages ») sous le charme duquel nous tombons tout de suite… Pourtant ça ne commence pas très bien parce que Viki tente par tous les moyens de nous faire entrer dans une boutique qui doit probablement lui reverser une commission … on ne s’attendait pas vraiment à quelque chose comme ça de sa part alors on le plante là et on part tous les deux faire une grande balade dans la ville qui se trouve être au confluent du Gange et du Chandrabhaga …inde-2-2002-2008-017.jpg les dieux aiment jouer au bord des lacs, dans les rivières et près des sources, d’ailleurs les rives ont toujours un caractère sacré et à plus forte raison les confluents … on le sent bien ici … on y voit notamment « notre » premier sadhu, un parmi les millions de moines errants qui parcourent les routes, couverts de poussière ou de cendre, un bâton dans une main, un petit pot en cuivre dans l’autre et ne mangent que ce qu’on leur donne. On le rencontre après avoir traversé le pont immense qui relie les deux rives du Gange et en continuant à travers les rues encombrées, on arrive sur une petite plage où nous prenons le temps de nous poser … il fait bon, chaud même et là il n’y a presque personne … inde-3-2002-2008-016.jpg en repartant, en montant l’escalier qui nous ramène à la rue, nous sommes abordés par un indien qui est accompagné d’un de ses amis et de son fils qui nous offrent avec une gentillesse confondante de partager leur repas. Les tomates, carottes et radis blancs agrémentés d’un filet de citron et d’un peu de sel sont délicieux … c’est bien l’avis d’une vache qui descend les marches à notre rencontre et tente de nous piquer des trucs qu’on finit par lui laisser… Nous parlons un bon moment avec les Indiens qui viennent de Delhi passer ici quelques jours, échangeons même nos adresses et leur offrons le dernier paquet de gateaux qui nous reste …
Richikesh est donc le Pays des Sages et à ce titre, y sont installés plus de cinquante ashrams très fréquentés par les Occidentaux …les plus célèbres d’entre eux furent les Beatles qui y passèrent deux mois dans l’ashram du Mahesh Yogi sans d’ailleurs semble-t-il laisser dans le ville de souvenir impérissable …L’ashram le plus connu est celui qui fut fondé en 1936 par Swami Shivananda qui résumait l’essence de son enseignement à ces quelques mots « Sers, aime, donne, purifie, médite et réalise. Sois bon, fais le bien, Sois doux, sois compatissant. Adapte-toi, ajuste-toi, à chaque situation ! »
On est donc prévenu, beaucoup d’occidentaux … mais ça nous surprend quand même, on avait perdu l’habitude, presque … des allemands surtout qui sont venus avec leurs boutiques (et oui, il y a au moins une « German Backery » … très forts côté intendance … et fort sympathiques au demeurant). Nous prenons un jus de fruit à la terrasse d’un bistrot exclusivement entourés de visages pâles. France me lance un des défis dont elle elle semble vouloir se faire une spécialité : je dois aborder une de ces françaises qui parlent si fort à la table voisine …bien obligé de le relever, j’aurais l’air de quoi sinon ? … mais en réponse, je me contente du regard vaguement ennuyé de la demoiselle qui me jette un oeil comme si j’étais un insecte importun … c’est vrai, ça, je ne présente aucun intérêt, je suis pas habillé hippie-mondain-indien-à-la-mode …et je tourne les talons … pendant ce temps France a engagé la conversation avec une jeune hollandaise qui nous parle deshantimayi_mother_mary_and_baby.jpg l’ashram de ShantiMayi, une américaine devenue gourou après la rencontre d’un Maître… et ce qui nous étonne c’est quand elle nous dit qu’elle fait le voyage, non pas surtout pour recevoir l’enseignement de ShantiMayi comme on aurait pu le croire mais pour retrouver « le groupe » … l’attrait de l’ashram serait-il uniquement le désir de satisfaire un instinct grégaire ?
En tout cas, on décide de suivre la groupie jusqu’à l’ashram où doit se dérouler un satsangh en présence de ShantiMayi. Un satsangh c’est un mélange de méditation collective, d’ enseignement et de chants de mantras et celui ci se déroule donc dans un décor magnifique, dans cet ashram qui domine le Gange inde-4-2002-2008-019.jpg et sur le toit duquel galopent les singes au cul rouge. ShantiMayi est une américaine d’une cinquantaine d’années qui doit dégager une belle aura, pleine d’énergie et d’humour … attentive aussi parce que je surprendrai son regard à deux ou trois reprises fixé sur moi … pour ce que je peux en comprendre, elle parle notamment de quelqu’un qui s’est suicidé il y a peu et disserte sur les émotions et les sentiments qu’il ne faut pas combattre ni rejeter mais vivre : « tu ris, tu ris, tu pleures, tu pleures… » Elle chante bien aussi, et les mantras sont très beaux, accompagnés à la flute et à la guitare .. on chante tous, des paroles ont été distribuées, mais ce que je trouve un peu dommage c’est que la majorité des disciples, au milieu desquels notre groupie hollandaise, tournent le dos au Gange comme si l’on devait faire un choix entre le regarder ou écouter la « bonne parole » et j’ai peur de leur trouver un air de « cul-bénits »…( http://www.shantimayi.com/french/ )
Pendant quelques dizaines de minutes, nous profitons encore du Gange avant que le soleil ne se couche et nous achetons diverses petites choses … de l’encens mais aussi des graines de Rudraksha, c’est à dire des Tears of Lord Shiva, des « Larmes de Shiva » La graine de Rudraksha est le noyau du fruit de l’arbre Rudraksha, considéré comme sacré dans la religion hindoue parce que poussé sur l’emplacement où tombèrent des larmes des yeux du dieu Les graines sont des porte-bonheurs et on les utilise pour faire des chapelets et des colliers. Enfin après diner nous faisons un agréable petit tour au milieu de la foule où nous croisons aussi le couple rencontré ce matin à dos d’éléphant avant d’être récupérés par Viki.

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