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Parfois je me demande si je ne suis pas un tantinet infirme car, en règle générale, sauf exceptions, la poésie m’emmerde un peu… Je la trouve parfois vaine, souvent superfétatoire et donc limite inutile.
Mais comme il semble de bon ton de se fendre parfois d’une page poésie, j’ai bien voulu essayer de me plier au jeu… mais j’ai du me rendre à l’évidence, je ne suis pas capable de trousser un joli petit poème genre « chanson à texte » lisible/écoutable/acceptable par tous…
Car la poésie que j’aimerais savoir écrire serait une poésie d’amour… mais de cet amour lourd de senteurs de couches, lourd d’odeurs fortes de sueur, de sexe, de salive et de sperme, de sang aussi parfois… Comment chanter la mémoire des draps en bouchon, tachés, déchirés par des ongles crispés ?… comment chanter la moiteur, la touffeur, la langueur comment chanter la matéria primae dont est fait l’amour auquel je crois, à mille lieues de la recherche du sexe incertain des anges mais bien dans la roideur humide, dans le creux humide, dans l’opposition et la complémentarité… dans le clair et l’obscur (car je crois qu’elle est là la fonction sacrée de la sexualité…)… donc il a fallu que je me rende à l’évidence, je n’en suis pas capable… mais d’autres le sont, heureusement:

« Brune encore non eue,
Je te veux presque nue
Sur un canapé noir
Dans un jaune boudoir,
Comme en mil huit cent trente.

Presque nue et non nue
A travers une nue
De dentelles montrant
Ta chair où va courant
Ma bouche délirante.

Je te veux trop rieuse
Et très impérieuse,
Méchante et mauvaise et
Pire s’il te plaisait,
Mais si luxurieuse !

Ah, ton corps noir et rose
Et clair de lune ! Ah, pose
Ton coude sur mon coeur,
Et tout ton corps vainqueur,
Tout ton corps que j’adore !

Ah, ton corps qu’il repose
Sur mon âme morose
Et l’étouffe s’il peut,
Si ton caprice veut,
Encore, encore, encore !

Splendides, glorieuses,
Bellement furieuses
Dans leurs jeunes ébats,
Fous mon orgueil en bas
Sous tes fesses joyeuses ! »

et puis…:

« Rustique beauté
Qu’on a dans les coins,
Tu sens bon les foins,
La chair et l’été.

Tes trente deux dents
De jeune animal
Ne vont point trop mal
A tes yeux ardents.

Ton corps dépravant
Sous tes habits courts,
-Retroussés et lourds,
Tes seins en avant.

Tes mollets farauds,
Ton buste tentant,
-Gai, comme impudent,
Ton cul ferme et gros.

Nous boutent au sang
Un feu bête et doux,
Qui nous rend tous fous,
Croupe, rein et flanc.

Le petit vacher
Tout fier de son cas,
Le maitre et ses gas,
Les gas du berger.

Je meurs si je mens,
Je les trouve heureux,
Tous ces cul-terreux,
D’être tes amants. »

(les deux sont signés Verlaine…)

____________________________________________________________

J’ai quand même retrouvé ces quelques rimes que j’ai écrites je ne sais plus trop dans quelles circonstances mais qui, pour une raison ou une autre, ne me déplaisent pas : Celles ci, d’abord, qui font peut être « joli » mais qui, en fait, ne veulent rien dire :

Comme une belle hulotte,
sur les traces du Père Huc,
Un jour dans ma culotte,
j’avais perdu un truc.
Qu’était-ce? je ne sais,
pressé de dégraffer
j’arrachai ma ceinture
pour tout laisser tomber.
J’avais perdu une rime
qui sur la pointe des pieds
s’en fut la bel’mutine
vers un pot de peinture
pour rattraper ce lai…
qui lui n’en pouvait mais.
**********************

Celles ci (avec une morale s’il vous plait … ) :

La ronce s’est refermée sur le pied de l’enfant
qui crie haut, maintenant, tout en se débattant.
« Tu m’as marché dessus en me volant mes mûres,
m’a plus fait mal que le cerf avec ses ramures.
Le renard, le blaireau et puis le sanglier
ne me dérangent pas plus que le pigeon ramier…
Toi, tout entier possédé par la gourmandise
ne vois dans la nature qu’une grosse friandise ».
******************************************

et celles ci, qui se veulent minimalistes, sans doute provoquées par mon agacement devant la logorrhée de certains (certaines) :
Toum toum
tambour
la nuit
les feux

Toum toum
tambour
les pieds
la danse

Toum toum
tambour
le coeur
les tripes

Toum toum
tambour
le sang
la sève

Toum toum
tambour
la sueur
le sexe

Toum toum
tambour
l’orgasme
la Vie

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