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Quelques extraits de « la Trajectoire », François Augiéras. Fata Morgana:

augieras.jpg Changer de religion sera la grande entreprise de mon adolescence. Tout me sera prétexte à m’éloigner de Jésus, à devenir obstinément païen, les évènements y aidant.

Un sang barbare, sauvage, coule dans mes veines: j’en ai assez du christianisme ! C’est un immense appel que j’entends, venu des forêts.

Ce soir très pur, il tranche sur un obscur horizon de collines et de bois. Sa profondeur me ravit; je suis là, découvrant la beauté de la nuit; l’infini des constellations me charme. Le gel, l’immobilité de la campagne couverte de neige renforcent l’impression de calme perfection qui me tire hors de moi. Je ne suis plus qu’un regard, qu’une âme émue, qu’un coeur fou de joie.

Je n’ai pas l’intention d’être des leurs mais de profiter des circonstances pour m’avancer du côté des forêts et des sources, pour tenter de n’être pas chrétien, pour aller en direction des nouvelles aventures de l’esprit, les gens de mon espèce étant toujours à leur affaire quand tout retourne, si ce n’est au chaos primordial, tout au moins à la demi barbarie, qui est le seul niveau qui leur convienne à peu près.

J’ignorais tout de la vie : qu’était-ce que l’amour ? Y a-t-il un secret de l’univers qu’on peut deviner dans les bois ? Qu’était-ce que la nature ? J’espérais une révélation; je soupçonnais l’immense amour que l’univers, séduit par lui même, a pour lui même, et se donne. Je voulais y participer, en être.

Dans le silence venu avec l’obscurité, on n’entendait que le murmure inlassable du ruisseau. Je restai là, un moment, sans plus casser de bois, ma petite hache à la main, ému soudain jusqu’à mon âme neuve qui découvrait d’enthousiasme la vie secrète des arbres, des ombres et des eaux. Ce n’était pas un rêve, c’était vrai, j’y étais dans le très vaste monde, si beau si calme, le soir. Il était là, près de moi, comme un être, et il me semblait que lui aussi soupçonnait mon existence et que, dans le petit bois nous faisions connaissance:
Ah, tu existes, me dit-il.
– Eh oui, lui répondis-je sur le même ton, comme toi…
Ce qui me vint à l’esprit, ce fut la certitude d’avoir déja vécu; je reprenais un contact perdu. La peur de mourir s’effaça ce soir là à tout jamais de mon coeur. Au delà du bruit du ruisseau, plus profondément, je réentendais dans une nouvelle existence le merpétuel murmure de la vie. Alors, humblement, car j’étais encore jeune, j’appuyai mes lèvres contre l’écorce fraîche d’un arbre, et je bus à longs traits toute ma joie d’être au monde à nouveau.
Je revins à notre campement (…) Je descendis au ruisseau. Il coulait parmi des blocs de pierre qui formaient là comme un gué. Je m’y lavai le visage , je m’y lavai de mon enfance triste, je m’y lavai du Christ; et, plus que de l’eau, j’y puisai de l’âme, j’y puisai de l’amour et de l’envie de vivre; j’y bus ma destinée : quelques années parmi les forces de la Terre et du Ciel…
Etendu sur les pierres, le visage dans le courant rapide qui descendait des montagnes, je dis doucement au monde, comme on parle à l’oreille :
– Toi, je t’aime, et je t’aimerai toujours.
Un tumulte de courtes vagues bouillonnait alentour de mes longues mèches qui trempaient dans l’eau froide. Le ruisseau me parut se calmer; il y eut comme un silence, et je crus bien que l’on me répondait :
– Toi aussi, je t’aime; ne le savais-tu pas ?
Quand, deux bouteilles bien remplies dans les mains, je remontai par des prés déjà mouillés de rosée nocturne, à notre campement qu’illuminait un feu, je n’étais plus chrétien.

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