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J’ai découvert les « patries charnelles » quand j’avais une douzaine d’années en lisant « les Lions d’Aquitaine » de Michel Peyramaure. Un simple roman d’aventures qui met en scène Waïffre, le futur duc d’Aquitaine. Il a quinze ans quand Charles Martel pénètre à Bordeaux, après sa victoire de Poitiers, et considère avec inquiétude les hordes franques qui envahissent son pays. Pour lui, héritier d’une tradition du sud, ces guerriers brutaux, assoiffés de meurtres et de rapines, ne sont que des Barbares. Il sent confusément que ces Francs, tout autant que les Arabes, sont d’implacables ennemis et d’ailleurs, très vite, entre Waïffre et Pépin le Bref la guerre commence: elle durera trente ans … C’est aussi une épopée où le nord impose sa loi au sud malgré des combats désespérés, où la Saintonge, l’Auvergne et la Gascogne, Limoges, Clermont et Toulouse, où l’Aquitaine entière passe, dans des flambées de violence, de l’indépendance à la soumission.

C’est peut être ce livre qui a décidé de mon avenir, de mes croyances, de mes idéaux, de mes amours et de mes espoirs car beaucoup de choses en ont découlé. Je n’ai pas attendu la dernière page pour me passionner pour l’histoire de l’Aquitaine et j’ai beaucoup ragé de ce que Poitiers n’en soit que l’extrême pointe, à la limite des provinces du Nord et qu’elle ne soit pas avec plus d’évidence ce que je voulais qu’elle soit : la capitale d’une Aquitaine indépendante et souveraine c’est à dire ce qu’elle fut quand même effectivement à quelques reprises…

Pour être en contact plus intime avec ce « pays » auquel j’avais la grande conscience d’appartenir, je me suis aussi passionné pour les « traditions populaires », arrachant à mes parents un abonnement à la revue d’une société d’études folkloriques, et brandissant le micro d’un magnétophone devant le nez de mes grands parents auxquels je demandais de chanter les ritournelles de leur jeunesse… car je savais, d’après ce que j’en avais lu, que c’était là que se cachaient les antiques traditions…

Ma famille était d’origine paysanne… j’avais donc de qui tenir, et, comme mon père, j’adorais lire des bouquins du terroir, romans ou documents … mon terroir, le Poitou (René Bazin, Ernest Pérochon) mais aussi les autres : la Provence (Marie Mauron, Giono déjà qui m’éveillait aussi au paganisme), la Bretagne (Hélias, le Barzaz Breizh), la Normandie (ce cher La Varende), je m’intéressais en outre aux guerres de Vendée parce que j’y voyais, à travers de belles leçons de courage et d’héroïsme, une volonté des provinces de l’Ouest de s’affermir et de s’affirmer… je profitais de ce que mon père, représentant de commerce, visitait aussi la Vendée pour lui demander parfois de m’emmener quand il devait passer par un des hauts lieux cités par les bouquins que j’avalais, rien que pour une ou deux photos et le salut à l’esprit du lieu, ça suffisait à mon bonheur…

Je ne mettais pas encore de mots dessus et il a fallu attendre le grand éveilleur, Saint Loup avec ses romans du Cycle des Patries charnelles : Nouveaux Cathares pour Montségur ou Plus de pardons pour les Bretons…Patries charnelles, c’était bien évidemment la révélation, ou plutôt la confirmation exemplaire de ce que je croyais confusément, de ce à quoi je croyais confusément …l’appellation à elle seule m’a ravi quand je l’ai découverte … et tout ça m’a précipité dans les belles pages d’Otto Rhan, la Cour de Lucifer d’abord, et les livres sur l’identité occitane et sur les cathares, dont l’austérité mortifère ne me séduisit guère : sudistes pour sudistes, je préférais encore les « vrais » , ceux de la Guerre de Sécession, les gentlemen en gris, avec leur élégance et leur style (encore une cause perdue)… La Bretagne m’attendait au virage, avec surtout « la Prison Maritime », un magnifique roman initiatique de Michel Mohrt et, en plus historique,  l’ « Histoire du Nationalisme Breton/ Breiz Atao » d’Olier Mordrel avant que je ne me laisse séduire par l’Irlande, son Armée Républicaine et ses héros de Pâques 1916…

C’est sans doute cette notion de territoire, qui se dégageait irrésistiblement de mes centres d’intérêt, qui me ferait me passionner pour la féodalité et j’en fus à cette paradoxale situation de préférer la matière historique (« des institutions et des faits sociaux ») aux matières juridiques quand je m’efforçais de décrocher un diplôme en droit…Il faut dire aussi que les dés étaient un peu pipés puisque le seul enseignant que j’appréciais était précisément l’assistant en Histoire du Droit qui partageait mon goût littéraire, romantico-romanesque pour Jean de la Varende (toujours le style et l’élégance…).

Cette matière historique m’a fait adorer la longue série des « Rois Maudits » (celle avec le fabuleux Jean Piat !…) et quand j’ai lu l’étonnant et jubilatoire « Caporal Epinglé » de Jacques Perret , je me suis immergé avec délice dans les longues intrusions dans l’intrigue, des cohortes de héros de l’Histoire de France dépeints sous la plume élégante et stylée (et oui, encore …) de l’auteur.

Je parlais tout à l’heure de la notion de territoire: très vite j’ai ressenti le besoin d’en savoir plus sur les lois naturelles qui régissent notre comportement individuel et collectif et j’ai plongé dans l’éthologie: Konrad Lorenz, Robert Ardrey, Eibl-Eibesfeldt ont été mes précepteurs dans le même temps que je retrouvais le paganisme et les ancêtres qui ont peuplé ce territoire: les Celtes, les Gaulois…il n’y a rien d’anodin: jusqu’à « la Guerre des Boutons » du celte Louis Pergaud qui a contribué à me faire devenir ce que je suis ! et même, beaucoup plus récemment, Guillaume Faye et sa théorie séduisante d’une partie de la population revenue à une économie rurale, artisanale et pastorale de type médiéval répartie en communautés néo-traditionnelles…

Qu’on ne s’y trompe pas, on est toujours dans les « Patries Charnelles » même si je me suis aventuré dans des chemins de traverse : c’est ma manière habituelle d’avancer. Car pour chaque auteur, pour chaque sujet cité, il faut bien savoir que tout est prétexte à l’ouverture de nouveaux horizons , à de nombreuses lectures en amont comme en aval, à une dévorante curiosité pour les branches comme pour les racines, et c’est une véritable arborescence de savoir, de références qui s’élabore au fil des ans … Nouvel Arbre du Monde, nouvel Yggdrasil … Pour un auteur cité, il faudrait en voir dix, vingt, cent (et je m’aperçois que j’ai passé sous silence Nietzsche, Céline, Déon, Augiéras, Matzneff, et tant d’autres, Homère, Rabelais, Stendhal ou Dumas…)

Parents, si vous ne voulez pas que vos enfants tournent mal, surveillez leurs lectures …

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