J’ai lu récemment que les Bénédictins, dès le Haut Moyen Age, ont forgé le mot latin « gargantuates » = « ceux de Gargan » = « la bande à Gargan » pour désigner les païens. Je trouve ça particulièrement intéressant parce que ça pourrait montrer qu’il était rendu un culte à Gargan encore à cette époque là …

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Or de Gargan, on ne sait pas grand chose, mais ceux qui le citent, s’accordent pour en faire « un personnage mythologique hérité de la nuit des temps » (Markale) ou l’ « une des divinités les plus importantes sur le sol gaulois d’un culte primitif qui perdure » (Persigout). Pour Robert-Jacques Thibaud, l’origine mythique du personnage est à « rechercher dans les êtres fantastiques, les forces naturelles, du panthéon indo-européen ». Il semble donc bien que nous soyons là en présence d’une divinité très ancienne, probablement pré-celtique mais d’une importance telle que les Celtes l’ont intégré à leur panthéon. On peut l’assimiler à Balor, le dieu Fomoire borgne, mais aussi au Dagda que les moines copistes irlandais, qui le montrent rustre, ventru, goinfre et paillard se sont toujours acharnés à ridiculiser…Certains en font aussi un avatar du grand dieu Lug, mais il n’y a rien d’étonnant à cela dans la mesure où l’on prétend parfois que Lug remplaça le Dagda vieillissant …


Selon Wikipédia, Gargan aurait été associé par les Gaulois à la lutte contre les envahisseurs romains. Il aurait été conservé, même chez les populations plus ou moins christianisées, comme symbole de résistance et « aurait ainsi prêté main forte contre les Anglais durant la guerre de Cent Ans » . On pourrait donc ici le rapprocher d’Héraklès dont on dit qu’il fonda Alésia et dont le nom grec, selon Markale, recouvre le dieu Gaulois Ogmios lui même assimilé au dieu romain de la guerre Mars… et dont l’équivalent irlandais, Ogme, est la face sombre du Dagda…

Henri Dontenville, dans sa « Mythologie française » est certainement l’auteur qui parle le plus de celui dont s ‘inspira probablement Rabelais pour dépeindre son géant Gargantua… il insiste notamment sur le nombre important de traces évidentes qu’il a laissé dans la toponymie de toute l’Europe et répertorie un certain nombre de monts Gargan(t), étrangement, « sans qu’aucune légende gargantuine y existe ou subsiste » mais qui comportent tous l’usage funéraire, que ce soit avec des menhirs, des tombeaux présumés mérovingiens, des coffrets funéraires, etc.

On peut se poser des questions sur cette absence de légendes ou de mythes afférents, ou faut-il y voir une victoire des Bénédictins et autres sectateurs du dieu unique qui seraient parvenus à occulter entièrement l’image et le souvenir même de la divinité ?… si cette explication est plausible, et ça démontrerait à nouveau l’importance du personnage et le danger qu’il représentait pour eux, j’aurais plutôt tendance à penser, aussi, que comme on ne trouve que ce qu’on cherche (et c’est particulièrement évident au niveau de l’archéologie et de la matière gauloise), on ne sait pas là très bien encore ce qu’il nous faut chercher … En tout cas, j’aime bien cette image de « symbole de résistance », on en a bien besoin aujourd’hui: Gargan, ou Gargantua pourrait avec avantage revenir sur nos étendards…

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