dumezil

Georges Dumézil, né à Paris le 4 mars 1898, mort à Paris le 11 octobre 1986, est un comparatiste, philologue et académicien, agrégé d’histoire. Son travail sur les sociétés et les religions indo-européennes a ouvert de nouvelles perspectives .

Par l’étude comparative exacte et directe des textes les plus anciens des mythologies et des religions des anciens peuples indo-européens (il maniait une trentaine de langues), il a démontré que beaucoup de ces récits étaient organisés selon des structures narratives semblables et que ces mythes traduisaient une conception de la société organisée selon trois fonctions : la fonction du sacré et de la souveraineté ; la fonction guerrière ; la fonction de production et de reproduction . Cette organisation en trois fonctions se retrouve aussi bien dans la mythologie, dans les récits fondateurs de la Rome antique, que dans des institutions sociales : castes indiennes, division de la société d’Ancien Régime en clergé, noblesse et tiers état.

Dumézil s’est aussi intéressé aux langues et récits traditionnels des peuples d’Asie Centrale.

Dès sa thèse, il trouve son domaine de recherches : la mythologie comparée. Au départ, poussé dans cette direction par Antoine Meillet, qui veut le voir reprendre l’étude de la religion indo-européenne là où elle a été abandonnée depuis plusieurs décennies, il est abandonné de ses pairs philologues qui lui reprochent, pour les uns, d’inclure trop de mythologie dans des études littéraires et, pour les autres, de plier les faits à sa théorie.

Sa découverte de la culture ossète (dernière branche survivante des Alains, descendants eux-mêmes des Scythes), lui fait reprendre cette voie de recherche. En effet, ceux-ci se projettent dans le peuple mythique des Nartes. Ce monde mythique des Nartes est très proche des mondes mythiques indo-européens (les monstres et les dragons y sont similaires). De plus, ce peuple des Nartes se divise explicitement en trois familles :

ceux qui sont forts par l’intelligence (zund), les Alægatæ ;

ceux qui sont forts par le courage et la vaillance au combat, les Æxsærtægkatæ ;

ceux qui sont riches de leur bétail : les Boratæ.

Il publie en 1930 un article, La Préhistoire indo-iranienne des castes, où il rapproche la division en trois catégories de la société en Inde de celle retrouvée en Iran ancien. On peut d’ailleurs remarquer que l’Iran actuel est le seul pays musulman doté d’un clergé.

En 1938, le rapprochement raisonné entre brahmanes indiens et flamines romains lui permet d’analyser la fonction du souverain dans les sociétés indo-européennes. Il joint les rapprochements déjà faits entre sociétés indiennes et iraniennes anciennes de l’observation faite sur les flamines, collège de prêtres romains. Les flamines majeurs assuraient le culte des trois dieux Jupiter, Mars et Quirinus, dont les caractères correspondent aux trois fonctions de commandement et de sacré, de force guerrière et de fécondité. La fonction souveraineté se décompose, elle, en deux versants selon ses termes :

l’une est formelle, d’origine sacerdotale, s’exprime également dans une dimension juridique et est enracinée dans ce monde ;

l’autre aspect de la souveraineté est fondée sur la puissance, et enracinée dans l’autre monde.

En poussant ses raisonnements, il découvre la clef d’or qui le conduit à exposer, dans son livre le plus aisé d’accès, Jupiter, Mars, Quirinus (1941), la théorie des trois fonctions (souveraineté et religion, guerre, production), tripartition qui se retrouve dans le vocabulaire, l’organisation sociale et le corpus légendaire de tous les peuples indo-européens : on a la société médiévale, par exemple, divisée en oratores (ceux qui prient, le clergé), bellatores (ceux qui combattent, la noblesse) et laboratores (ceux qui travaillent, le tiers état), ou la société indienne, divisée en Brahmanes (prêtres, enseignants et professeurs), Kshatriyas (roi, princes, administrateurs et soldats), plus la caste productive, se subdivisant en Vaisyas (artisans, commerçants, hommes d’affaires, agriculteurs et bergers) et Sudras (serviteurs). Dans cette société, les prolongements sont plus importants encore : dans le grand poème épique indien Mahabharata, chaque héros agit selon le schéma trifonctionnel, en fonction du caractère et de la place du dieu dont il est le représentant.

Dumézil montre ensuite que l’histoire officielle des origines de Rome est une mise en scène de cette même idéologie structurante. Par conséquent, il serait vain de chercher à démêler légende et histoire à propos de Romulus et de ses successeurs.

Ses méthodes de travail ont considérablement influencé l’ensemble d’une discipline, l’étude des religions antiques : il a changé la manière de les étudier, en créant l’étude comparée des mythologies, également en montrant que les divinités n’existaient pas pour elles-mêmes, et qu’il fallait faire porter les études sur les paires ou les groupes de dieux (tels qu’ils étaient célébrés dans les récits mythiques). Toutes ses analyses portent sur la structure des mythes et des récits, et ne rapprochent jamais des faits isolés.

(source : Wikipédia)

Publicités