Notre vie psychique comprend une part archaïque et, de ce fait, l’étude des grands mythes de l’humanité est source de connaissance de soi même. Or il se fait que le mode d’expression du mythe est le langage symbolique.

mythes

Le mythe raconte, selon un mode historique, la création du monde, l’oeuvre d’un dieu, les épreuves d’un héros. Mais le mode adopté pour raconter n’a que le rôle de support d’une idée; c’est l’essence même de l’évènement qui importe. Le Dieu et le héros se comportent d’une façon indépendante du temps et de la localisation de l’évènement.. Le fait mythique prend ainsi un caractère universel, c’est à dire qu’il est valable en tous lieux et de toute éternité. L’enseignement du mythe concerne l’homme et non une faculté particulière : intellect, imagination, sensibilité, etc.

L’évènement mythique possède des caractéristiques:

– le mythe offre un modèle exemplaire, il peut être répété.

– le mythe crée le modèle à partir d’un événement « qui est arrivé » en un temps anhistorique;

– le mythe exprime une réalité de l’être; la vérité du mythe est dans cette réalité et non dans celle de l’évènement.

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Dans la conception archaïque, le mythe exprime une vérité absolue sous la forme d’évènements vécus par des êtres surhumains ou par des grands ancêtres (donc au « dessus du niveau » humain  dans l’espace ou « avant le temps » de l’homme). Il y a donc passage d’un espace à un autre espace et d’un temps à un autre temps. La rupture qui se produit ainsi sépare l’espace-temps profane de l’espace-temps sacré. De ce fait le modèle-exemplaire du mythe est sacré. Si l’évènement s’était produit dans le temps de l’histoire, il ferait partie d’un passé à jamais disparu. Comme il s’est produit en un temps sacré, qui est cyclique, l’évènement peut être répété; le mythe ouvre la voie de la réitération.

Le comportement mythique, celui d’un être d’une société archaïque ou le nôtre, pour ce qui concerne la part archaïque de la psyché est donc caractérisé par les éléments suivants:

– Imitation du modèle-exemplaire, dont le caractère est trans-humain,

– Ré actualisation de l’évènement mythique, en le réitérant, soit en racontant un poème, soit en jouant le scénario qui le décrit,

– Rupture de l’espace temps profane,

– Entrée dans l’espace-temps sacré: cette opération a un caractère initiatique.

On comprend pourquoi le mythe a, dans les sociétés traditionnelles, un rôle fondamental: il y domine en effet toute la vie individuelle, collective, culturelle. Il y joue un rôle régulateur, contribuant à un équilibre psychique que beaucoup d’êtres ont perdu dans les sociétés à haut degré de civilisation économique.

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Le mythe est mémoire du monde.
Il est présenté sous la forme d’un drame joué par des personnages qui sont des symboles. Chaque personnage-symbole porte ses propres significations. Le mythe expose les relations réciproques entre ces personnages et donne l’occasion à chacun d’eux d’exprimer ses potentialités, ses virtualités. Le mythe peut faire appel à des personnages historiques, comme à des personnages fictifs, mais l’historicité, lorsqu’elle existe, joue un rôle accessoire. De toutes façons, l’histoire se déforme au fur et à mesure que le mythe se forme. Le personnage historique disparaît pour faire place au personnage-exemplaire, en le plaçant dans une situation limite.

Ainsi donc, la technique symbolique du mythe consiste:

– à ré-actualiser des évènements primordiaux;

– à imiter des modèles-exemplaires;

– à provoquer une rupture d’espace-temps;

– à entrer dans un espace-temps sacré.

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Le mythe est destiné à faire prendre conscience de soi, à départager les forces et les faiblesses, à les connaître : condition première pour les maîtriser. Le mythe est donc un moyen de connaissance. Le mythe doit aider l’homme à se délivrer.

Le mythe n’est pas destiné à révéler une situation historique, mais bien une situation fondamentale de l’être, sous la forme d’une situation-limite exprimée par le héros mythique.

Le mythe ne vise pas à un enseignement moral. Il est destiné à faire prendre conscience de la réalité de l’être et de l’aider à se transformer. Le mythe vise à la connaissance de l’être total, sans chercher à classer ce qui est bien et ce qui est mal.

Connaître les mythes c’est apprendre le secret de l’origine des êtres et des choses.

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Les héros mythiques sont des personnes-symboles qui connaissent une vie mouvementée, extraordinaire, héroïque et violente. Ce sont des combattants. Ils interviennent à divers niveaux: celui de l’homme puissant ou du surhomme ou du demi-dieu, selon que le mythe se situe au plan humain, au plan intermédiaire entre l’humain et le divin ou au plan divin.

Le héros mythique est symbole du « retour »: il revient « en arrière » de la lumière vers les ténèbres, de la conscience vers l’état primordial d’inconscience; ensuite s’il sort victorieux de l’épreuve, il ré émerge dans le conscient, dans la lumière. Le héros mythique est donc un personnage initiatique: il montre comment faire. Il ne confère pas la libération mais il montre la voie qui y conduit.

Les personnages de mythes, les héros mythiques peuvent se « charger de sens » comme des objets ou des figures géométriques se chargent de sens. Ils peuvent, de ce fait, jouer le rôle de symboles.

Certains d’entre eux sont des personnages « verticaux » (Faust, Don Juan) en ce sens que, symboliquement ils répondent à des aspirations ascendantes ou à des impulsions descendantes.

D’autres sont « horizontaux » (Hamlet, Don Quichotte) en ce sens que, symboliquement, ils répondent à des tensions entre l’individu et la société.

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La comparaison des situations limites à deux époques différentes permet de séparer les éléments permanents des éléments impermanents; elle constitue de ce fait, une clef de la méthode symbolique. Les éléments permanents dégagent le sens universel. Les éléments impermanents sont relatifs à la culture de l’époque et au milieu ambiant.

(d’après Raoul Berteaux: « la Voie symbolique »)

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