« A partir de l’union du spermatozoïde avec l’ovule, un être humain est créé et toute tentative pour supprimer délibérément le produit de la fécondation doit être considéré comme un assassinat ». C’est avec cette conception de « haute moralité » qu’on a poussé de nombreux êtres humains au désespoir, au suicide, à la mort par l’absorption de toxiques présumés abortifs, par l’emploi de techniques artisanales dangereuses; qu’on en a poussé d’autres à l’infanticide.
Prenant le relais des religions (tout au moins de certaines religions, les plus stupides) la plupart des Etats se croient autorisés à parler au nom de la « morale publique » pour étendre leur droit de regard jusque dans les trompes et l’utérus des administrées. Dès l’instant de la conception, le petit amas de protéines commençant sa division appartient au Souverain, la mère n’est que le dépositaire de ce nouveau sujet; stopper ses multiplications cellulaires est ravir à l’Etat un futur soldat, un futur contribuable, une future reproductrice. On sait combien la femme souffre, a souffert de cette main mise de l’organisation sociale sur ses organes génitaux (…)

Les sociétés à fond religieux chrétien auraient pu, « logiquement », adoucir les rigueurs de la répression de l’avortement, en faisant intervenir la date « théologique » de l’introduction de l’ »âme » dans le foetus, au 100e ou 90e jour suivant qu’il était mâle ou femelle. Mais l’interdiction de tout avortement, dès la conception, s’imposa vite en pays chrétien; interdiction particulièrement grotesque, imposée par des prêtres ayant fait voeu de chasteté et dont la résolution de stérilité, eut-elle été contagieuse, aurait aussi rapidement éteint l’espèce humaine que la généralisation de l’avortement.

C’est d’ailleurs parce qu’ils ne croient pas à l’ « âme » que les législateurs mécréants ont été contraints de faire remonter à l’instant de la fécondation l’existence administrative du nouvel assujetti aux lois. Le tuer est alors un crime, un avortement criminel, passible des mêmes sanctions que le meurtre, prison pour la « mère indigne », amende, prison, voire peine de mort pour les coupables de l’avortement (…)

Faire passer l’avortement du crime au délit fut un grand progrès. Ce ne fut néanmoins pas la bonne méthode de faire disparaître ce qui reste universellement le seul moyen contraceptif des pauvres, sous-informés, sous-médicalisés. Le plus fréquent, le plus efficace et le plus catastrophique ».

Dr Gérard Zwang : la Fonction Érotique

botticelli

Telle était la situation en 1972, date à laquelle furent rédigées ces lignes … on pourrait penser que chacun peut se féliciter de ce que les choses aient grandement évolué depuis. Et bien, il n’en est rien puisqu’on trouve encore des nostalgiques de cette époque où n’existait pas l’interruption volontaire de grossesse…

il y a deux semaines, 4 jeunes cathos âgés de 20 à 24 ans étaient jugés pour avoir détruit des distributeurs de capotes par conviction religieuse « contre l’avortement et la contraception « …

et je lis ce matin, en compte-rendu d’ un défilé dimanche dernier contre l’avortement et l’euthanasie en France et en Europe, que « Constance, 16 ans, « absolument contre l’avortement », participe pour la troisième fois à cette marche annuelle (!!!) Elle estime que « si l’on est enceinte, c’est qu’on l’a voulu, sauf en cas de viol » et trouve « inadmissible » que des féministes se soient battues il y a une quarantaine d’années pour « ne pas être enceintes ». Emmanuelle, 25 ans, qui vit en communauté catholique en Franche-Comté, est venue défiler « au nom de » sa foi… » Moi ce que je trouve inadmissible c’est que ses parents laissent parler cette petite conne en public … elle reviendra dire ce qu’elle en pense quand elle aura un peu vécu … quant à Emmanuelle, sa foi emprunte de drôles de chemins -ce doit être le prénom qui veut ça…

Tout cela me sidère et me laisse perplexe surtout que, même, il n’est pas rare que dans des blogs que je lis habituellement avec plaisir je tombe de manière récurrente sur une condamnation sans appel de l’interruption volontaire de grossesse qui serait considérée comme l’arme privilégiée de ceux qui oeuvrent à la dénatalité de souche … comme si on ne pouvait pas concilier le droit à l’avortement et une politique favorisant la natalité…

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