6-fevrier-1934-21

« Mercredi 7 février 1934-

Je suis au septième ciel, j’ai l’esprit réveillé, excité, plein de curiosité et d’attente. Si je n’avais pas ma famille de bêtes, j’irais voir de près. Ces signes avant-coureurs de la révolution, ces ruées de manifestants et de forces policières les unes contre les autres, ces rondes (toute la journée d’aujourd’hui) de pelotons de garde mobile montée conduite par des agents cyclistes, les agents remplacés dans les rues par des gardes mobiles casqués, des députés obligés de se faire protéger dans l’enceinte des lois contre ceux qui les y ont envoyés, ces ministres qui tombent ou démissionnent les uns après les autres, tout ce qu’on devine de saletés, de canailleries, de trafics, de dilapidations, d’escroqueries au détriment du pays et des citoyens, tout ce qui sent et présage la fin d’un régime, presque d’une société. Je n’ai qu’un mot : je jouis de tout mon esprit ».

Paul Léautaud : Journal littéraire.

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