pilon

Quand j’étais ado, j’étais un rat de bibliothèque … j’ai eu l’occasion de dire ailleurs que pour un boulimique de la lecture le choix, alors, ne manquait pas et qu’on trouvait beaucoup d’auteurs en format de poche, à des prix qui n’étaient pas rédhibitoires comme ceux d’aujourd’hui … Cependant, mes goûts étaient particuliers pour un gamin de 13 ans et je ne trouvais guère mon bonheur, donc, qu’à la bibliothèque qui se trouvait à cette époque dans un bâtiment élevé en 1900 dans un cadre très XVIIIe : tout en haut d’un vaste escalier, une grande pièce, très haute de plafond avec des rayonnages en bois remplis de bouquins reliés et un balcon étroit courant tout le long, à mi hauteur, du plus grand mur, sur lequel seuls les habitués osaient se risquer. Et baignées d’une odeur particulière que je n’ai pas oubliée (faite de l’essence même de la poussière, du papier, de la colle des reliures,du bois, du cuir et de l’encaustique) des grandes tables de bois massif cernées de meubles à tiroirs faits sur mesure, pleins de fiches-livres dans lesquels je me perdais des heures et entre lesquels on circulait sur la pointe des pieds. Aujourd’hui, « la bibli » est devenue « médiathèque François Mitterrand », les nouveaux locaux sont de vastes bâtiments neufs et construits selon la mode de leur temps, c’est à dire qu’ils sont moches et l’intérieur ne vaut guère mieux : des rayonnages copiés de Cultura ou des espaces Leclerc, plus de fiches mais des catalogues sur ordinateurs et un ensemble de vitres et halls de circulation qui ménagent de jolis courants d’air ou des poches caniculaires selon la saison…


J’ai retrouvé quelques carnets où je recopiais des citations. Ça fait toujours un petit pincement au coeur parce que ça remue des vieux souvenirs et que ça aide à mesurer le temps qui passe. Ça remet en mémoire aussi des titres et des auteurs de bouquins dont on croyait avoir oublié qu’on les a lus. Pour voir, comme ça, je me suis fait une petite liste de ceux dont j’avais relevé des phrases ou des commentaires et les ai recherchés dans le catalogue… en vain pour la plupart et personne pour me dire ce qu’ils ont bien pu devenir … pilonnés sans doute, faute de place (à la fin du déménagement il y avait eu un scandale parce qu’on avait retrouvé des bouquins reliés d’époque dans les bennes à ordures …) et j’aimerais autant que ce soit bien pour cette raison parce que autrement, il faudrait en conclure qu’on les a fait disparaître pour cause d’infréquentabilité et d’incorrection politique … ce qui n’est pas non plus impossible …


Les « Discours » de Julien sont encore empruntables, « de l’inégalité des races humaines » de Gobineau et le « Déclin de la grande race » de Madison Grant, apparemment consultables sur place. Ce dernier doit peut être sa survivance à Vacher de Lapouge qui en a fait l’introduction et qui est un enfant du pays (fonds régional …) En revanche l’ « Histoire de la Collaboration » de Saint Paulien, « de l’or, de la boue, du sang » d’Edouard Drumont, « la mission de la jeune génération » de Günter Gründel, « le romantisme fasciste » de Paul Sérant, « les Camelots du Roi » de Maurice Pujo, « l’Action Française » d’Eugen Weber et « contre l’amour, la jeunesse, la plèbe » de Robert Poulet ont disparu corps et biens… merde, si j’avais su, j’aurais du les piquer …

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