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Selon Lucien Lévy-Bruhl, ethnologue et philosophe, les populations « sauvages » considèrent que les événements malheureux n’arrivent jamais par hasard mais doivent être rattachés à des phénomènes magico-religieux. Le malheur viendrait ainsi de la malveillance d’une personne qui s’emploierait à nuire par des procédés surnaturels. Cette interprétation donne l’illusion aux individus d’avoir une prise intellectuelle sur ces évènements funestes provenant nécessairement de l’ extérieur -phénomène de projection mis à jour par la psychanalyse- et donc de pouvoir leur opposer une violence en résistance.


C’est ce qui explique en grande partie la naissance puis le développement des chasses aux sorcières et aux pratiques magiques, ardemment menées par l’église catholique du XIIe siècle jusqu’à la fin du XVIIIe qui correspondent avec des périodes violentes et troublées dont les guerres de religion et la guerre de trente ans, et les malheurs du temps: famines, épidémies etc…


Dans les sociétés « sauvages », la logique sacrificielle a pour but de polariser sur une victime indifférente aux yeux des membres de la communauté le besoin de violence qu’ils éprouvent. Ce besoin tient aux dissensions et aux rancoeurs qui opposent les individus entre eux et qui pourraient s’exprimer par la violence physique, mais il s’ensuivrait immanquablement un cycle de violence, de par les jeux d’alliances et de parenté, qui pourrait menacer, à terme, la stabilité et l’unité de la société. Dans les sociétés traditionnelles où la violence n’est pas dans les mains de l’ État, comme aujourd’hui, elle doit être canalisée pour ne pas rejaillir sur l’ensemble de la communauté. C’est le but de la cérémonie sacrificielle, qui, tout en donnant à chacun la possibilité de focaliser le besoin de violence ressenti sur la victime émissaire, permet de renforcer la cohésion de la structure sociale.


On l’a dit, la victime doit être « indifférente » aux membres du groupe : elle est donc impérativement choisie en dehors de ce groupe. Mais comme, en même temps, le processus d’identification doit pouvoir fonctionner, on prend soin de ce qu’elle doit ressembler un minimum aux membres de la communauté. D’où les rituels élaborés qui rendent la victime plus proche sans pour autant l’associer au groupe, afin qu’elle constitue un « objet appétissant » et que dans le même temps, elle demeure suffisamment étrangère et différente, pour que sa mort ne risque pas d’entraîner la communauté dans un cycle de vengeance ».


Cette projection se retrouve dans des sociétés à l’échelle d’un peuple mais aussi dans des groupes beaucoup plus restreints et, du moment qu’on a les yeux ouverts, on peut aisément évaluer toute la dimension sectaire d’un tel comportement quand il est pratiqué dans des groupuscules à vocation religieuse ou politique. En deux petites années, j’ai assisté dans un groupe druidique , indépendamment de toutes les qualités que je peux lui reconnaître, à quatre ou cinq de ces cérémonies sacrificielles sur le Net . Les victimes étaient toutes légèrement en marge (autre tendance, tradition différente, instabilité psychologique, maladresse compulsive) et présentaient donc ce caractère d’ « indifférence ». Elles ont toutes été tuées, symboliquement, pour assurer la cohésion du groupe face à un monde extérieur jugé hostile et dangereux. Je me demande aujourd’hui combien parmi ceux qui m’ont accusé d’exagération choquante quand je suis parti en dénonçant publiquement la dérive sectaire de la responsable  – ils ont d’ailleurs profité de sa fragilisation conséquente, pour la mettre au placard- se souviennent de leur empressement à participer aux différentes curées…


biblio.

Lucien Lévy-Bruhl : L’âme primitive

René Girard : La violence et le sacré

Sylvain Crépon : La nouvelle extrême droite

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