La scène est jolie, on est nombreux à l’avoir encore en mémoire : « prêtons serment devant nos dieux », s’écrient les Gaulois, frissonnant d’ardeur guerrière à l’aube d’une bataille qui s’annonce décisive : « pas d’asile sous un toit, pas d’accès auprès de ses enfants, de ses parents, de sa femme, pour celui qui n’aura pas deux fois traversé à cheval les rangs ennemis ». On connaît la suite, les auxiliaires Germains interviennent, bousculent la cavalerie gauloise, et font grand carnage aussi dans les rangs de l’infanterie… les survivants suivent Vercingetorix, et se replient sur Alésia … C’en est pour ainsi dire fini de l’indépendance gauloise …

cheval-gaulois

Le cheval a toujours tenu une grande place dans la vie des gaulois, au point de figurer sur leurs pièces de monnaie. On dit que la cavalerie était un élément essentiel de leur puissance militaire. Lors de la guerre des Gaules, les effectifs engagés étaient énormes, ce qui supposait un élevage de chevaux très actif. Ils sont aussi consommés par les habitants ou sacrifiés aux dieux. La plupart de ceux qu’on a retrouvés, ont été abattus en fin de croissance mais il arrive qu’on découvre dans des fouilles les ossements de chevaux adultes parfois âgés, qui ont été utilisés comme bêtes de somme.


Les statures des animaux, vaches, chevaux entre 110 et 130 cm au garrot, porcs et moutons sont plus faibles que celles de nos formes actuelles. L’écart, variable selon les animaux et les races peut aller jusqu’à 0,50 m si l’on compare le cheval gaulois moyen avec nos chevaux de selle actuels. En contrepartie de cette rusticité, ces petits animaux devaient être assez résistants. L’élevage du cheval contribuait pour beaucoup à la réputation du paysan gaulois et on n’oublie pas qu’Epona, une des déesses les plus populaires et la seule déesse gauloise intégrée dans le panthéon romain était toujours représentée en compagnie d’un cheval. Les aristocrates gaulois (les equites) servaient à cheval dans la cavalerie et l’usage permanent des chariots exigeait un grand nombre de chevaux de trait.


Pourtant, dès le IVe siècle, les Gaulois qui combattent à l’étranger découvrent les grands chevaux méditerranéens, bien différents des chevaux indigènes qui correspondent donc à nos poneys ou doubles-poneys actuels, et s’en prennent de passion…Et, nous dit César, « les acquièrent à n’importe quel prix ». Des élevages gaulois vont bientôt produire eux mêmes de tels animaux : au moment de la guerre des Gaules, affirment certains spécialistes, une bonne partie des chevaux employés par les gaulois étaient probablement de grands sujets.


Bon ça paraît simple comme ça, mais en fait ça ne l’est pas … il y avait certainement coexistence de différentes races et une distinction était respectée dans les usages. Le cheval de guerre n’était certainement pas celui que l’on sacrifiait communément dans les sanctuaires ! D’autre part, on remarque que la principale source d’information sur les Gaulois de l’époque, César, ne fait aucune description précise de cette fameuse cavalerie gauloise, alors qu’il s’attarde sur la tactique utilisée par les Germains. On se demande bien pourquoi alors qu’ habituellement, il n’est pas avare de détails et qu’on connaît, par exemple, l’existence de la cavalerie personnelle de Dumnorix, le chef éduen, qu’il entretenait à ses frais et mettait à disposition de l’Etat moyennant très certainement finances…. On pense aussi aux huit chevaux trouvés, inhumés entre -160 et +120 , dans une tombe près de Clermont Ferrand avec leurs cavaliers (des morts de la bataille de Gergovie qui a eu lieu à une poignée de kilomètres ?) dans une mise en scène funéraire très particulière, et qui mesurent 120 cm au garrot…

tombe-chevaux-gaulois1

En fait, il est également tout à fait possible que les riches gaulois ne se soient lancés dans l’élevage de chevaux de grande taille que sous l’occupation romaine et que cet élevage nouveau n’ait pas résisté à la chute de l’Empire romain puisque la plupart des sites du haut Moyen Age ne livrent que des animaux qui rappellent ceux de l’âge de fer . La norme sera de 1,30 m au garrot jusqu’au IIIe siècle et on dit même que Rollon, le chef normand qui allait devenir le premier duc de Normandie, au IXe/Xe siècle, avait du mal à trouver un cheval à sa taille pour que ses pieds ne touchent pas par terre…

Le mystère reste entier…

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Biblio:

Denis Bogros : Des hommes, des chevaux, des équitations

Jean Louis Brunaux : les Gaulois . Belles Lettres

Jean Louis Brunaux : Guerre et religion en Gaule. Errance

Jean Louis Brunaux/Bernard Lambot : Guerre et armement chez les Gaulois. Errance

César : Guerre des gaules

Renée Grimaux : Nos ancêtres les Gaulois. Ouest-France

François Malrain : Les paysans gaulois. Errance

Patrice Méniel : Les Gaulois et les animaux. Errance

Régine Pernoud : Les Gaulois. Seuil

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