Avec la fête des Rameaux, les chrétiens fêtent le retour du Christ à Jérusalem mais il est bien évident qu’il s’agit d’un nouveau détournement d’un rite d’origine païenne tendant à célébrer le renouveau de la végétation et à faciliter sa fécondité. Plutarque rapporte qu’à Athènes lors des Pyanepsies (fête de la récolte des fruits) des enfants conduisaient une procession jusqu’au temple d’Apollon pour y déposer un rameau d’olivier enveloppé de laine auquel étaient suspendus des pains, des gâteaux ronds, des figues et des godets de miel, d’huile et de vin. Or dans les régions méditerranéennes, les enfants, lors de la messe du dimanche des Rameaux, élèvent encore des rameaux chargés de fruits confits, de gâteaux ronds et autres friandises afin qu’ils soient bénis. Par ailleurs, une valeur prophylactique fut facilement dérivée de la promesse de prospérité offerte par les rameaux. Ainsi, les Athéniens fixaient sur la façade de leur demeure un rameau d’olivier et Ovide rapporte qu’aux calendes de Mars on changeait les rameaux de laurier suspendus dans les maisons des flamines. La même croyance anime ceux qui conservent des rameaux de buis bénis et les changent chaque année.

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Souvent en Europe occidentale, ce sont les branches de buis qui font office de rameaux. Consacré dans l’Antiquité à Hadès et Cybèle, cette plante évoque toujours l’immortalité, comme c’est la plupart du temps le cas avec les arbres à feuillage persistant (l’if notamment).

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Les gaulois avaient divinisé le buis, en faisant un symbole d’éternité.

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Mais aussi, considéré comme une plante infernale, le buis était associé à la stérilité dans l’Antiquité et les hommes ne manquaient pas d’en déposer quelques branches sur les autels de Vénus, déesse de l’amour et de la vigueur sexuelle, pour conserver leur virilité.

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Par endroits le houx alterne avec le buis, ou, même, le remplace. Il est de coutume d’en confectionner des bouquets que l’on accroche au bout d’une perche, garnis de friandises, de gâteaux en forme d’oiseaux, etc. à l’attention des enfants.

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Les « verbos » (verges) des pays baltes utilisés comme rameaux méritent une mention. Il s’agit de bâtons décorés de verbos-pays-baltesfleurs sèches, de céréales, etc. véritables chefs-d’œuvre où se combinent les couleurs et les dessins, qui sont conservés d’année en année comme porte bonheur de la maison.

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Au nord de l’Europe, où les froids de l’hiver ne finissent pas de partir, ce sont les branches de saule qui servent de palmes et le dimanche des Rameaux est ici appelé dimanche des Saules car les chatons du saule sont le premier signe du printemps. Dans une grande aire septentrionale allant de la Pologne à la Russie, le jour des Rameaux, on avalait les chatons et on se frappait avec les branches de saule en prononçant des formules magiques destinées à assurer la santé. Selon les croyances populaires, pour éviter les fièvres d’été, il était recommandé de manger les chatons neuf par neuf et les femmes stériles utilisaient le même remède.

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Observées en Europe centrale, dans certaines régions d’Allemagne et d’Autriche, les fustigations pascales de lointaine origine païenne et que les chrétiens, ne pouvant les éradiquer ont voulu rapprocher de la flagellation du Christ, se pratiquent surtout dans les populations slaves du Grand Nord jusqu’aux bords de la mer Adriatique, en Slavonie et en Croatie. Pendant la semaine sainte, on accumule des verges dans un coin de l’église et à la fin de la messe de la mise au tombeau, les fidèles se flagellent les uns les autres en disant « Vigueur ! Santé ! ». Les fustigations avec des branches vertes bénies continuent le lundi de Pâques où les hommes vont de maison en maison pour « battre » les amis mais surtout les femmes qui leur offrent des œufs décorés. Par endroits, le mardi après Pâques, ce sont les femmes qui flagellent les hommes. Ces coups sont réputés porter chance et protéger des douleurs musculaires ou articulaires toute l’année. Mais leur caractère sexuel est particulièrement mis en évidence, soit par le décor des verges, soit par les vœux énoncés ayant trait à la fécondité.

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Sources :

dir. Alain de Benoist : les Traditions d’Europe

Yvonne de Sike : Fêtes et croyances populaires en Europe

André Neyton : Les clefs païennes du christianisme

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