Il est absurde d’affirmer que le Druide était membre de la classe guerrière comme je l’ai lu récemment car c’est faux, comme d’ utiliser le mot en terme générique et de définir le barde et l’ovate comme deux de ses spécialisations, ce qui n’est qu’une hypothèse.

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C’est en partie à cause de Jules César que nous faisons une fixation sur le Druide, le barde et le vate ne devenant donc que les deux spécialités d’un même grand prêtre omnipotent et omniscient. Pourtant les autres auteurs comme César compilateurs de Poséidonios, et qui parlent des druides, Diodore de Sicile, Strabon et Ammien Marcellin laissent bien à penser que ces différentes fonctions correspondent bel et bien à des personnages différents et que les druides ne constituent pas, à eux seuls, l’ensemble du personnel religieux. Strabon, par exemple : « chez tous les peuples gaulois d’une manière générale, il y a trois catégories d’hommes qui sont exceptionnellement honorés : les bardes, les vates et les druides ».

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D’ailleurs les trois auteurs qui font cette distinction vont même jusqu’à respecter cet ordre précis… est-ce à dire que le druide serait le moins honoré d’entre eux ? Georges Dumézil affirme : «  [les bardes] forment à côté des druides une corporation non moins prestigieuse et souvent rivale ». Il est fort probable que le barde faisait partie intégrante de la société celtique depuis la nuit des temps pour la simple raison qu’il remplissait là une mission primordiale dans une société guerrière bien plus que le simple rôle de gentil troubadour qu’on veut bien d’ordinaire lui accorder : « vanter les vertus guerrières des vivants et des morts et prôner les valeurs héroïques » face aux hommes et face aux dieux. Le vate, selon Strabon, s’occupait  des cérémonies religieuses et pratiquait les sciences de la nature (incluse celle de la médecine) tandis que Diodore, plus précis, en fait un sacrificateur et un devin, doué sans doute du don de prophétie, ce qui permet là encore de situer sa présence quelque part dans la nuit des temps, auprès des rois quand ils perdirent à son profit, la pratique cultuelle.

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D’habitude si précis dans les détails, César semble, là, vouloir expédier le sujet en vitesse et cumule ces différentes fonctions dans les seules mains du druide. Ce qu’on appellera procéder par simplification… En revanche, il leur octroie le droit et la justice (et par extension les pouvoirs de « légitimité » et de « caution morale »)qui n’ont pas l’air de trouver leur place dans les attributions des bardes et des vates, tout ce qui concerne la vie publique et politique ainsi que l’enseignement et tout ce qui fait intervenir l’écriture …et il semble bien que là soient les attributions effectives du druide…

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Le druide n’est pas membre de la classe guerrière : c’est méconnaitre complètement le modèle tri-fonctionnel sur lequel fonctionne la société celtique que de le croire. Le roi et le druide se partagent les honneurs et les devoirs de la première fonction (« administration mystérieuse et régulière du monde, souveraineté, puissance sacerdotale, magie droit, politique, science, sagesse, qualités de l’homme mûr »), mais le druide n’est pas le premier personnage de la société celtique, c’est le roi, même si ce dernier ne parle qu’en second lieu et s’il a impérativement besoin de la présence du premier. Tandis que les membres de la classe guerrière sont ….. les guerriers… C’est là un fonctionnement typiquement indo-européen.

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De son côté, César est formel : les druides ne vont pas à la guerre, ils sont exempts du service militaire… mais rien n’indique que se battre leur est interdit. On sait qu’ils pouvaient, entre eux, en venir aux armes en cas de désaccord sur la désignation du Grand Druide. Mais pour ce qui est des guerres, il est probable, au contraire, qu’ils intervenaient avant la bataille pour essayer de réconcilier les parties (sauf peut être dans des conditions extrêmes comme la révolte des Gaulois derrière Vercingetorix où il est usuel de présenter l’Arverne comme « l’homme des druides »: pourtant César écrit qu’il se fait livrer Gutuater comme « principal coupable et auteur responsable de la guerre » en l’employant comme si c’était un patronyme alors qu’il semble bien que « Gutuater » désignait le personnage procédant aux sacrifices). S’ils n’y parvenaient pas, les bardes, endossaient alors le rôle qui était le leur dans la coutume pour un combattant de se mettre en valeur par rapport à son adversaire, et, à côté des insultes des belligérants, devaient réciter les arbres généalogiques glorieux et chanter les louanges de leurs « maîtres »…

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Le druide se devait quand même de porter une arme s’il était une personnalité publique et Diviciacos, le seul druide cité par César, et donc le seul druide de l’Antiquité dont l’existence est avérée, n’y manque pas quand il se présente devant le Sénat romain : c’est parce qu’il est en même temps le chef politique des Eduens et qu’une coutume veut que les Gaulois traitent des affaires publiques en armes …

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