Rebatet 2J’ai au moins un trésor qui dort dans mes étagères depuis des années … un trésor en double en fait : « Les Décombres » de Lucien Rebatet dans son édition originale, et puis « les Mémoires d’un fasciste » en deux volumes, du même qui sont la réédition du premier amputé de quelques passages. Le premier n’est pas en très bon état, et c’est pourquoi j’ai acheté les 2 et 3ème à leur parution. Et depuis, les uns et les autres dormaient, attendant mon bon plaisir, comme tant d’autres … C’est vrai, on achète par crainte de rater et puis on range, et puis on oublie plus ou moins, ou on a autre chose à faire, autre chose à lire …

J’avais un vague souvenir du Rebatet signant dans Rivarol (oui, j’ai cet âge qui m’a permis de lire les chroniques de Rebatet …) mais je n’imaginais pas, en ouvrant le bouquin, quelle jubilation allait me prendre au fur et à mesure des pages tournées…

J’ai commencé à cocher au crayon de papier les phrases qui me plaisaient et puis j’ai vite vu que j’allais devoir cocher les trois quarts du bouquin ce qui me semblait un peu inutile …

Et ça m’a donné envie de ressortir son « Histoire de la Musique » et ses « Deux étendards », ses « Épis mûrs »et le petit bouquin que lui avait consacré Pol Vandromme aux éditions Universitaires.

Il est dit que « la publication des Décombres fit exactement l’effet d’une bombe. Au propre et au figuré,cet énorme pamphlet de 672 pages était un pavé. L’avant-guerre, Munich, la drôle de guerre, la débâcle, Vichy, peints avec une justesse, une férocité impitoyables et un éclatant talent de grand reporter, servaient de décor. Les bourgeois, les militaires, les politiciens, les juifs, les curés, les franc-maçons, les capitalistes, l’Action Française, le Front Populaire étaient les cibles, mitraillées avec une violence, une fureur et un lyrisme qui stupéfièrent. « Torrentiel, apocalyptique, écumant » sont les adjectifs qui reviennent le plus souvent dans les critiques de l’époque ».

Front PopuPour exemple : « Jules Renard, dont j’aime à croire qu’il n’eût jamais été un socialiste à la mode du Front Populaire disait « Oui, le peuple. Mais il ne faudrait pas voir sa gueule ». Les dieux savent si on la voyait ! Ça défilait à tout bout de champ, pendant des dimanches entiers, sur le tracé rituel de la République à la Nation. Il y avait les gueules de la haine crapuleuse et crasseuse, surtout chez les garces en cheveux. Il y avait encore à profusion le prolétaire bien nourri,rouge, frais et dodu dans une chemisette de soie, un pantalon de flanelle, d’étincelants souliers jaunes, qui célébrait avec une vanité rigolarde l’ère des vacances à la plage, de la bagnole neuve, de la salle à manger en noyer Lévitan, de la langouste, du gigot et du triple apéritif. Le peuple, dans ces revues, était entrelardé de cohortes maçonniques, arborant d’incroyables barbes toulousaines, et des bannières, des ceintures, des scapulaires bleus et roses de congréganistes sur des ventres de Tartarins; ou encore d’escouades d’intellectuels, les penseurs de mai 36, dont l’aspect me mettait un voile rouge devant les yeux, les vieux pions de Sorbonne, les suppôts à lorgnons et barbiches de toute la suffisance primaire, bras dessus bras dessous avec tel homme qui avait eu du talent et qu’on reconnaissait avec un étrange dégoût dans ces chienlits. N’y manquait jamais, avec sa figure dévorée de tics, le sieur André Malraux, espèce de sous-Barrès bolcheviste, rigoureusement illisible, et qui soulevait pourtant l’admiration à Saint Germain des Prés, même chez les jeunes gogos de droite, grâce à un certain éréthisme du vocabulaire et une façon hermétique de raconter des faits divers chinois effilochés dans un bouillon d’adjectifs »

un site à visiter : http://etudesrebatiennes.over-blog.com/

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