« Le 7 février [1934], dans l’après midi, un fidèle de l’Action Française, Pierre Lecoeur, entrait fort animé dans la grande salle de notre rédaction et allait droit à Maurras, qui était en train d’écouter trop galamment le caquetage d’une pécore du monde :

« Maître, Paris est en fièvre. Il n’y a plus de gouvernement, tout le monde attend quelque chose. Que faisons-nous ? »

Maurras se cambra, très froid et sec, et frappant du pied:

« Je n’aime pas qu’on perde son sang-froid. »

Puis, incontinent, il se retourna vers la perruche, pour lui faire, à n’en plus finir, l’honneur bien immérité de son esprit. »

Lucien Rebatet : « les Décombres ».

Dubout-

Pierre Vial vient de rejoindre la Nouvelle Droite Populaire qui affirme, entre autres, son attachement aux valeurs chrétiennes de l’Europe . Et quand on lui demande comment il assume en même temps son paganisme, il fait référence à Maurras et parle du « nécessaire compromis nationaliste  qui repose sur l’impératif de grouper toutes les forces disponibles pour faire face au péril mortel» qui nous menace.

Je ne peux pas m’empêcher de penser que la vie de ce pauvre Maurras a été une bien triste vie, faite de camouflets et de frustrations :

– agnostique convaincu, il fait un compromis avec le catholicisme et se fait le chantre d’une Église-facteur d’union entre tous les Français pour voir son Action Française officiellement condamnée par le Pape en 1926;

– monarchiste, il est renié par le prétendant, le Comte de Paris qui rompt avec fracas tous liens avec l’AF en publiant une lettre définitive, pour se tourner vers des élites plus proches du régime républicain et davantage « fréquentables »;

– propagandiste du « coup de force » il rate l’opportunité, qui ne se représentera pas, du 6 février 1934;

– inventeur du « nationalisme intégral » et germanophobe extrême, il s’engage derrière le Régime de Vichy pour se voir jeté en prison en 1945, et condamné à perpète, accusé de collaboration avec les nazis …

Non vraiment, je suis pas bien sur que Vial ait raison, je suis pas bien sur que Maurras soit la bonne référence à prendre…

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D’un autre côté, toujours au chapitre des « nécessaires compromis », Pierre Vial rappelle aussi : « au FN, sans état d’âme, je travaillais en tandem avec le catholique de tradition Bernard Antony pour la formation des cadres » … le même Antony, président de Chrétienté-Solidarité, ne doit pas avoir les mêmes souvenirs, puisque, sans état d’âme lui non plus, il déclarait en 2001 préférer « un Noir catholique à un Blanc païen »…

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