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Je commence à en avoir un peu ras le bol de voir si souvent affirmé sentencieusement que si le christianisme ne s’était pas imposé c’est Mithra qui l’aurait emporté. Alors que rien n’est moins sur puisqu’on notait en Gaule au III ème siècle un net retour aux croyances et aux traditions religieuses indigènes les plus anciennes.

Un exemple le confirme : en 1953 à Mackwiller dans le Bas Rhin en Alsace, on découvrit les fondations d’un sanctuaire dédié à Mithra dont on a pu préciser l’histoire. Le site proche d’une source avait été consacré aux dieux dès l’époque gauloise. Un sanctuaire aux divinités topiques y était installé dès le Ier siècle. Vers le milieu du IIe siècle, le propriétaire du domaine fit construire un sanctuaire de Mithra, décoré de bas reliefs dont le plus grand représentait l’immolation du taureau. Sur le socle, et dans l’inscription, dont un morceau a été retrouvé, la divinité topique indigène, Narius Intarabus, était associée à Mithra.

Le sanctuaire fut en partie ruiné à la fin du III e siècle et à sa place fut alors aménagé, à l’aide des blocs subsistants, un sanctuaire de source construit sur un plan indigène, en forme de deux carrés concentriques, le centre de la cella interne étant constitué par une vasque d’où s’épandait la source. Il apparaît donc que dans l’histoire du sanctuaire, l’épisode mithriaque ne représente qu’un intermède de 120 à 130 ans. Après les invasions du III e siècle, Mithra a disparu et l’ancien dieu gaulois a repris toute la place en un lieu qu’il n’avait d’ailleurs jamais abandonné.

Pour Jean-Jacques Hatt (« Les celtes et les gallo-romains »), ce cas est exemplaire et symbolique:

« les dieux gréco-romains et les divinités orientales ont pu temporairement s’associer aux divinités indigènes; il arrive qu’ils les aient éclipsées; ils ne les ont jamais supprimés totalement ».

Ce rythme d’évolution des croyances religieuses gauloises -recul progressif au Ier et II e siècles des divinités indigènes sous leur forme primitive; assimilation du panthéon gréco-romain mais survivance réelle des traditions anciennes; puis brusque résurgence à partir du III e siècle- se retrouve pour le sacerdoce gaulois. En effet, les druides ont été tolérés sous Auguste à condition de n’être pas citoyens romains, mais persécutés sous Tibère et pourchassés sous Claude. Ils font une réapparition lors de la crise de l’Empire Romain en l’an 70. Il n’en est plus question au cours du II e siècle mais on les retrouve au III e alors que les Empereurs romains eux mêmes adressent leurs dévotions aux dieux gaulois : Caracalla au dieu des sources de Baden-Baden, Dioclétien et Maximien au dieu Belenus d’Aquilée.

Les druides, cités par Ausone, reparaissent officiellement dans la société gauloise au IV e siècle. Force est donc de constater que, persécutés au I er siècle, puis relégués dans l’ombre par l’héllénisation et l’orientalisation, ils reviennent en pleine lumière au III e siècle, précisément à l’époque où les dieux gaulois de leur côté, surgissent à nouveau sous leurs noms indigènes et leur aspect primitif. Ce qui nous éloigne quand même assez sensiblement de l’opinion selon laquelle à cette époque, les dieux agonisaient déjà comme je l’ai lu récemment, et qu’il ne s’agissait plus que d’une histoire de concurrence entre le christianisme et le mithriacisme…

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