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Les raisons avancées par Jean Jacques Hatt à la persistance des traditions gauloises sont intéressantes.

La première a été le maintien, envers et contre tout, et quoi qu’on en dise, de la classe sacerdotale des druides. Celle ci a été persécutée, certes, mais n’a pas disparu. Sans doute a-t-elle été amenée à composer peu ou prou avec les Romains dans le cadre de l’interpretatio romana des dieux gaulois. Mais il est probable que, parallèlement, elle a joué un rôle important dans l’interprétation gauloise des dieux et des mythes gréco-romains…

Si les druides surgissent de nouveau en pleine lumière à partir du III e et du IV e siècle, en même temps que les dieux gaulois eux mêmes, c’est parce qu’ils ont pu maintenir les traditions gauloises à l’ombre des grands sanctuaires, dont certains étaient des temples d’Apollon indigène/Belenos, et dont d’autres étaient des lieux de rassemblements et de pèlerinages dans le genre de celui du Donon, sanctuaire protohistorique situé prés de Schirmeck dans le Bas-Rhin. Dans les temples d’Apollon, toujours placés à côté d’une source, étaient pratiqués, avec l’accord des Romains, les rites de la médecine prophétique et de la divination. Ce furent là les principaux bastions du druidisme et de la résistance religieuse gauloise, contre lesquels l’autorité romaine ne pouvait rien.

Autre raison des survivances de la religion et des usages gaulois : la persistance, en marge des zones romanisées, de régions au particularisme indigène développé, qui allaient devenir en fait, de véritables conservatoires des traditions gauloises. Ce sont tantôt des régions montagneuses comme les Vosges, le Palatinat, le massif rhénan, le Massif central, les Pyrénées, soit des régions agricoles comme la Normandie.

Pour que les traditions indigènes se maintiennent dans ces milieux gallo-romains « particularistes », il a d’abord fallu la permanence d’un système d’habitat et de culture différent des modes ordinaires d’occupation et d’exploitation du sol : au lieu du « fundus » (domaine, propriété), on a des hameaux dispersés. La seconde condition était l’existence et la persistance de petites communautés de villageois ou de gens de métier (en référence à un autre article du blog, je pense là aux charbonniers), librement associés, groupés étroitement autour d’un sanctuaire, d’un lieu de culte, d’une nécropole, d’un champ des morts, ou toute autre forme de lieu de culte.

Ces conditions se trouvent réalisées en Normandie,avec les « fana », petits sanctuaires gaulois, en Comminges (Haute Garonne) et en Couserans (Ariège), dans les Pyrénées centrale, avec les nécropoles, voisines des sanctuaires des dieux locaux, ainsi que dans les Vosges avec les cimetières placés côte à côte et en relation avec les temples de Mercure/Lug. Dans ces deux dernières régions, la conservation des croyances religieuses et celles des usages funéraires vont de pair, car les stèles-maisons, pyrénéennes et vosgiennes, sont héritières d’un long passé remontant aux constructions intérieures des tumulus de l’Age du Bronze.

Un autre signe de la survivance des usages indigènes est l’extrême fréquence, dans les sanctuaires campagnards et urbains, d’un type de statuettes exclusif mais aussi d’un temple particulier à la Gaule : sur plan carré, polygonal ou rond dont l’origine architecturale se perd dans la nuit des origines gauloises mais qui, selon certains chercheurs, se rattachent aux temples en bois des héros ou dieux chthoniens, associés aux enclos funéraires à partir de la période la Tène.

Certains de ces sanctuaires sont isolés dans les campagnes comme en Normandie, d’autres, en Rhénanie, sont groupés en de petites enceintes sacrées , d’autres sont associés en grand nombre dans de véritables quartiers religieux comme à Trèves, cité des Trévires (Gaule Belgique). D’autres enfin, comme à Autun ou à Périgueux , sont intégrés dans de grandes villes gallo-romaines et comptent parmi leurs monuments les plus importants.

On voit donc que c’est bien dans le domaine religieux que les survivances gauloises sont les plus apparentes et les plus remarquables au sein de la civilisation provinciale romanisée de la Gaule.

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