« On a écrit tant de stupidités sur l’Atlantide que les gens sérieux ont fini par ranger le problème dans la même catégorie que les extra-terrestres, les soucoupes volantes et la caverne d’Ali Baba. Il faut en finir avec ces élucubrations.

[Jurgen Spanuth a longtemps cru qu’il s’agissait d’un mythe] « et puis en 1933, alors que je travaillais sur l’antiquité du Proche Orient, j’ai découvert les inscriptions de Medinet Habou. »

Le temple royal de Medinet Habou a été retrouvé en 1927 sur le site de l’ancienne Thèbes. Il fut construit sur l’ordre du pharaon Ramsès III (1200-1168 av. notre ère), pour célébrer la victoire de l’Égypte sur les mystérieux envahisseurs que les historiens désignent sous le nom de « Peuples de la mer » (ou « Peuples de la mer du et du Nord »). Le texte des inscriptions murales qui rapportent l’évènement avec force détails, a été publié entre 1934 et 1954.

Spanuth eut alors la surprise de s’apercevoir que ce texte recoupait étroitement le récit de l’Atlantide transcrit par Platon dans deux de ses derniers dialogues, le Critias et le Timée.

Vers 570 av. notre ère, raconte Platon, le législateur Solon se rendit en Egypte pour « recueillir des informations sur les temps passés ». C’est alors qu’il apprit, de la bouche des prêtres, l’existence d’un très ancien royaume d’Atlantide, dont la capitale avait été submergée par les flots à la suite de grandes catastrophes naturelles, et dont les habitants, chassés de leur patrie, s’étaient lancés à l’assaut des pays méditerranéens.

« Solon fut surtout passionné par le rôle héroïque qu’avait joué Athènes, sa ville natale : elle avait été la seule, autrefois, à vaincre les habitants de l’Atlantide qui, partis d’Europe avec une armée très puissante, avait pénétré en Grèce et occupé bien d’autres Etats ».

Les « Peuples de la mer »

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Revenu à Athènes, Solon transmit ce récit à son ami Dropidès, arrière-grand-père d’un contemporain de Socrate, Critias le Jeune, mis en scène par Platon.

Les bas-reliefs de Medinet Habou sont en effet du plus grand intérêt. Ils décrivent les attaques des « Peuples de la mer », disent comment les assaillants furent repoussés et ce que les scribes apprirent de leurs prisonniers. Or Platon ignorait tout de Medinet Habou. Et ceux qui, après lui, localisèrent l’Atlantide dans tous les endroits de la planète en étaient encore plus ignorants.

Les Anciens attribuaient volontiers aux évènements de leur histoire une date d’autant plus reculée qu’ils les jugeaient plus importants. Platon, qui ne fait pas exception, place l’arrivée des Atlantes sur les côtes grecques à quelque 9000 ans avant son temps. Date qu’il est évidemment impossible de retenir puisqu’à cette époque, la ville d’Athènes était encore loin d’être fondée.

Par contre les archéologues savent que dans le dernier tiers du XIIIème siècle av. notre ère, Athènes subit effectivement l’attaque des « Peuples de la mer ». Le «mur des Pélasges », édifié en toute hâte, abritait alors la citadelle de l’Acropole. Les Grecs livrèrent bataille sous la conduite du roi Kodros, qui remporta la victoire, mais perdit la vie. « Cette action héroïque, écrit Platon, est restée ignorée parce qu’elle est très ancienne et que les hommes qui l’accomplirent ont disparu depuis très longtemps ». (Timée, 21 d).

Repoussés par les Athéniens, les « Peuples de la mer » occupèrent le Péloponnèse, la Crète, Chypre, Rhodes et une partie de l’Asie mineure. Enfin, ayant traversé la Palestine et la Syrie, ils arrivèrent aux frontières de l’Egypte, où ils affrontèrent, en 1192 av. notre ère, les troupes du pharaon. Le combat fut terrible. Ramsès finit par l’emporter.

Les envahisseurs refluèrent alors vers l’Europe et le Proche-Orient, qu’ils avaient traversés comme un ouragan.

« Une partie d’entre eux s’installa sur la côte palestinienne, écrit Spanuth. Il s’agissait de la tribu des « Pheres » que l’on connait sous le nom de philistins. Le papyrus wen-Amun indique que les « Saksar » se fixèrent sur la côte ouest de la Syreie, tandis que les « Dori » (les Doriens) colonisaient le Péloponnèse, la Crète, Rhodes et les îles de la mer Égée ».

Compte tenu de ce que nous savons des grandes migrations indo-européennes, Jürgen Spanuth s’est attaché à retrouver l’origine de ces peuples, que les papyrus égyptiens désignent sous le nom de « Haunebou » (terme que les Grecs traduisirent par « Atlantes »). Là encore, il s’est servi des « leçons » de Medinet Habou.

Medinet Habou 2Les bas-reliefs du temple royal dépeignent en effet, avec une grande précision, l’aspect physique des envahisseurs, les casques à cornes et les couronnes, les épées à soie en « langue de carpe », les boucliers ronds qu’ils utilisaient, les vaisseaux effilés, portant des têtes de cygnes ou de dragons à la proue comme à la poupe, avec lesquels ils combattaient. Ces traits, souligne Spanuth, ne correspondent ni à l’outillage, ni aux mœurs du Proche-Orient ancien. En revanche, ils évoquent irrésistiblement l’Europe et plus spécialement l’Europe du nord de l’âge du bronze.

« Il y a tout lieu de penser, écrit-il, que le point de départ des « Atlantes » a dû se situer en Allemagne du nord ou en Scandinavie méridionale, entre le 52e et le 58e degré de latitude nord. Cette région correspond d’ailleurs à la « neuvième courbe » de la cosmologie égyptienne, d’où les scribes faisaient venir les prisonniers dont ils recueillirent le témoignage ». Elle correspond aussi à l’endroit que les Grecs considéraient comme le « pilier du monde », ainsi qu’il est rappelé dans le mythe … d’Atlas.

Les trois tribus principales des « Peuples de la mer », les « Pheres », les « Saksar » ‘et les « Denens » seraient ainsi les lointains ancêtres des Frisons, des Saxons et des danois.

A la redécouverte de l’antique Basiléia

Les Atlantes, dit Platon, utilisaient une matière précieuse, l’ »orichalque ». Il s’agissait très probablement de l’ambre jaune, dont l’Europe du nord faisait, deux mille ans av. notre ère, un commerce intensif. Le dieu Apollon, dont les Doriens apportèrent le culte en Grèce, n’était-il pas censé retourner tous les ans en Hyperborée, là où, sur les rives de l’Eridanos (l’Eider), ses sœurs pleuraient des larmes d’ambre ? « Or il n’y a qu’un endroit souligne Spanuth, où l’on extrayait l’ambre jaune dans l’Antiquité. Et c’est précisément sur le littoral du Schleswig-Holstein, entre la mer du Nord et la Baltique ».

C’est aussi là que confgluent l’Elbe, la Weser et l’Eider, fleuves dont le cours fut brutalement modifié par de grandes catastrophes naturelles survenues précisément au XIIIe siècle av. notre ère. Ces catastrophes qui causèrent l’affaissement des rives de la mer du Nord et de la Baltique sont à mettre en rapport avec celles qui provoquèrent la ruine de la civilisation crétoise et l’éruption du volcan de Théra-Santorin, ravagèrent l’Empire hittite en Asie et le royaume mycénien en Grèce.

Atlantide helgoland

« Tout cela, poursuit Spanuth, nous amène au voisinage de l’île Héligoland, en mer du Nord, qui correspond exactement à la description donnée par Platon de la capitale sacrée des Atlantes, l’antique Basiléia ».

Étymologiquement, Héligoland (heiliges Land) signifie d’ailleurs « terre sacrée ». Dans l’Antiquité, elle porta le nom de Basileia, puis de Balcia et d’Abalcia. Aujourd’hui encore de vieilles légendes rapportent qu’un temple « de verre » ou un château « d’ambre jaune » est englouti dans une fosse marine au large de l’île, transformée en station balnéaire.

Il ne restait plus à Spanuth qu’à vérifier sa thèse. En 1953, deux campagnes de fouilles sous-marines ont été entreprises à l’est de Héligoland. A l’endroit qui leur avait été indiqué, les hommes-grenouilles ont retrouvé des plaques de bronze identiques à celles dont parle Platon, et les imposantes murailles d’une cité disparue. »

Alain de Benoist : Vu de droite

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