montherlant_tremois

Je me souviens encore, le 21 septembre 1972, jour de l’Équinoxe d’Automne, avoir entendu à la radio annoncé le suicide de Montherlant : d’une capsule de cyanure et d’une balle de revolver dans la bouche, pour être sur… Il avait laissé un mot « je deviens aveugle, je me tue ».

Le même jour, Gabriel Matzneff écrit dans son « Journal »:

« 9 h.15. Le téléphone sonne. C’est Montherlant. Longue conversation. Nous parlons de ma décision de divorcer, de mes vertèbres qui jouent des castagnettes, puis il enchaîne sur  » Nous n’irons plus au Luxembourg ».

– c’est le dernier livre que j’ai lu. Vous me l’auriez envoyé trois jours plus tard, je ne pouvais plus le lire à cause de ce voile sur l’œil. Je vous téléphone parce que je veux vous en parler et que je ne sais si nous pourrons nous voir avant longtemps.

Ce qui le touche le plus ce sont les pages sur Sophie, sur Dulaurier (« votre vieux bonhomme »), sur l’hôpital Cochin; celles où je montre Dulaurier songeant à se donner la mort tel Pomponius Atticus, son idole.

– A la fin du roman, votre Dulaurier semble guéri, mais moi, mon mal est sans remède. Je suis presque aveugle. Quand j’aurai la certitude que ce voile noir ne se dissipera pas, je ferai comme notre ami Atticus.

Il a moins accroché à la partie Grancéola, diététique.

Il évoque l’indifférence de l’être pour l’être.

– Les gens se foutent que vous soyez malade, que vous souffriez. Oui les vivants se foutent des malades, ils ne les comprennent pas.

« Les vivants » au lieu de « les bien-portants ». Lapsus significatif. La maladie, antichambre de la mort; irruption de la mort dans la vie. »

Ce n’est que deux jours plus tard que Matzneff apprendra la mort de Montherlant et comprendra que « son appel était un adieu (…) un dernier geste amical pareil à celui que fait du pont d’un bateau quelqu’un qui s’embarque pour la haute mer à un proche resté seul sur le quai ».

Les cendres d’ Henry de Montherlant ont été dispersées à Rome sur le Forum, entre les pierres du temple de Portunus (ou temple de la Fortune virile) et dans le Tibre, par Jean Claude Barat, son légataire universel et Gabriel Matzneff.

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