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J’ai regardé hier au soir « Robin des Bois, prince des voleurs », avec le fabuleux Alan Rickman dans le rôle du shérif de Nottingham.

On dit que les aventures de Robin des Bois sont une allégorie pour illustrer le combat entre paganisme et christianisme. En fait, plus précisément, on constate un parallèle entre Robin Hood, alias Robin des Bois et l' »Homme Vert » (Green Man) des fêtes païennes de Mai. Il semble bien en effet que la « légende de Robin » résulte d’un amalgame entre des faits historiques et des éléments mythiques incluant le personnage de Jack-in-the-Green.

Jack in the Green intervient dans le cycle des saisons : il représente la transition du printemps à l’été. Il s’agit d’un personnage disposant de pouvoirs de fertilité et de régénération. Dans les campagnes anglaises sa popularité est grande. C’est lui le « roi du mai » (May King) et à ce titre, il « épouse » chaque année la plus jolie fille du village, la « reine du Mai » (May Queen). Jack in the Green est invariablement revêtu de feuilles et de branchages et la tradition veut qu’il disparaisse complètement sous la verdure à l’exception de ses yeux. Au cours de la fête, Jack doit d’abord faire semblant d’être mort (à l’exemple de la terre qui parait morte pendant l’hiver). Puis il ressuscite brusquement et s’élance pour danser avec la reine du mai. On célèbre alors leur union en même temps que le retour annuel de la vie.

Le territoire de Robin des Bois est la célèbre forêt de Sherwood, dans le Nottinghamshire. C’est là, dans cette partie de l’Angleterre qui fut, au IXe siècle l’un des centres de la colonisation scandinave, même si de nombreux lieux-dits dans d’autres régions sont bâtis sur son nom, que Robin aurait défendu la veuve et l’orphelin contre le méchant shérif de Nottingham, sous le règne d’un souverain alternativement identifié à Richard Ier, Jean sans Terre, Edouard II ou Henri III.

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La première mention de Robin remonte à 1377 dans « the vision, of Piers the Plowman ». Mais à cette époque le héros est déjà connu par la tradition orale : le mythe de Robin semble être pleinement élaboré dès la première moitié du XIVe. Sa popularité ne fait que croître et Robin est le héros d’une quantité considérable d’aventures à l’époque élisabéthaine. Vers la fin du Moyen-Age, Robin Hood semble même avoir été le héros par excellence des paysans tout comme le roi Arthur était le héros des couches supérieures. Il est le « fermier idéal » tout comme Arthur est le chevalier idéal.

Il est très probable que le « mythe » de Robin des Bois ait eu une base historique et de nombreuses hypothèses ont été émises même si la version la plus courante en fait un grand seigneur dépossédé de ses terres par l’arbitraire royal.

Il semble que ce soit lors de la révolte paysanne de 1381 contre l’administration royale anglaise que la légende prit corps sous la forme qu’on lui connait. Robin est alors le héros ,populaire, qui joue « de bons tours » aux représentants du roi considérés comme des envahisseurs (à l’instar de Till l’Espiègle aux Pays Bas).

Mais parallèlement à ces « traits historiques », Robin Hood possède bien une dimension mythique qui l’apparente directement à Jack in the Green.

Il est d’abord évident qu’il est lié à la végétation : son costume est traditionnellement vert, il est l’homme vert. Son terrain d’action, la forêt, joue plus qu’un simple rôle géographique et il en apparait, par son nom même, comme la véritable incarnation : le génie de la forêt de Sherwood. Il est un archer, un chasseur, un ami des animaux, le protecteur de la végétation (= fertilité), le protecteur des faibles et notamment des femmes (= fécondité), le protecteur du peuple (= productivité). C’est grâce à ses interventions que les biens matériels sont redistribués et plus justement répartis. Tous ces traits situent bien Robin dans le prolongement d’une ancienne divinité de « troisième fonction » (qui président à presque toutes les fêtes rurales saisonnières).

A cela s’ajoute les liens significatifs que le personnage entretient avec les éléments directement liés aux festivités du 1er mai : la « Morris Dance » et la « Maid Marian ».

Morris-Dance-C.-1475

La Morris Dance est une vieille danse populaire qui, sous Henry VIII constitue l’un des éléments essentiels de la célébration rurale du Mai. Sous une forme quasi rituelle elle est dansée sous forme de spectacle par cinq hommes auxquels s’ajoute un garçon habillé en fille qu’on appelle Maid Marian.

Or cette « Maid Marian » (damoiselle Marion) est une des héroïnes principales de la légende de Robin Hood et le nom de ce dernier se trouva associé, concurremment à celui de Jack-in-the-Green en tant que partenaire de Maid Marian à la fête du Mai : Robin des Bois devient ainsi le Roi du Mai en face de la Maid Marian, le reine. Au XVI e et XVIIe siècles Maid Marian était devenue, en association tantôt avec Robin, tantôt avec frère Tuck, un personnage clé de la fête du mai.

Une légende plus tardive raconte comment Maid Marian, ayant cherché Robin déguisé en page dans la forêt, se bat avec lui pendant une heure avant de le reconnaitre à sa voix. Il y a là aussi déguisement et donc, comme le garçon déguisé en fille de la Morris Dance, quête d’un personnage par l’autre, travestissement, (re) découverte, qui sont courants dans les contes populaires.

Enfin, dernier détail : Robin Hood apparait comme foncièrement antireligieux dans les récits dont il est le héros.Il est en particulier l’ennemi juré des moines et des abbés (Frère Tuck étant un « transfuge », ou, même, certaines théories le donnent comme représentant le paganisme ). Ce trait convient assez bien à une figure d’origine (au moins partiellement) païenne. En revanche, il est dit à plusieurs reprises que Robin honore grandement la Vierge Marie : on peut se demander si cette Vierge Marie n’est pas tout simplement la Maid Marian (Marion)…

(sources : « Les Traditions d’Europe« , sous la direction d’Alain de Benoist. Le Labyrinthe,

« Fêtes païennes des quatre saisons« , sous la direction de Pierre Vial. Editions de la Forêt)

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