DRUIDE2

Je ne suis qu’un maillon de l’invisible chaîne

dont Esus, pour toujours, a soudé les maillons.

Je ne suis qu’une feuille au front du vaste chêne,

Que diadème encore le rameau de Gwyddon.

Tout enfant j’ai suivi les leçons de nos sages,

Écouté les propos et recueilli les chants.

Ma mémoire fidèle a transmis leur message

Des monts calédoniens aux îles du couchant.

Je ne suis qu’un chaînon de la chaîne invisible,

Je ne suis qu’un écho des vieilles vérités.

Si mes maîtres, prudents,n’ont pas laissé d’écrits,

Leur voix parle à tout cœur de l’écouter.

Bien des étés ont lui, bien des hivers neigé,

Depuis que j’ai reçu les dons qui ne s’accordent

Qu’aux porteurs de l’Awen : l’anneau de fer forgé,

La coupe rituelle et la harpe à neuf cordes.

Pèlerin jamais las de la terre celtique,

Bien des étés ont lui depuis les jours lointains,

Où j’allais consulter les oracles antiques,

Des rivages de l’ambre aux îles de l’étain.

J’ai chanté mes espoirs et j’ai chanté mes rêves,

J’ai chanté les héros, honneur du vieux pays.

Sous les coups du destin comme sous ceux du glaive,

Mon cœur n’a pas tremblé, mon chant n’a pas faibli.

Tout jeune encore j’allais, interrogeant les sages,

Méditant les conseils et recueillant les chants.

Les aïeux m’ont légué, transmis du fond des âges,

Les secrets arrachés autrefois aux géants.

Je sais des chants d’espoir et des chants de détresse,

Des chants pour le combat, des chants pour le festin.

J’ai chanté les secrets de l’antique sagesse,

La gloire des héros et les jeux du destin.

Je suis un chaînon de la mystique chaîne

Et j’attends seulement, car mon heure est prochaine,

L’enfant blond que Gwyddon a marqué de son sceau,

Pour lui rendre la coupe, la harpe et l’anneau.

André Savoret

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