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« Les Wisigoths étaient des gens impossibles.

Certaines des plus belles filles de Toulouse, qui fut leur capitale en Gaule, leur doivent encore leur blondeur éclatante, leurs yeux clairs insolents, leur port de tête hautain et leur épouvantable caractère. Quand on sait l’abâtardissement de nos populations, on imagine, à ses derniers éclats, l’impétuosité du sang wisigoth.

Barbares d’élite, venus de Scandinavie après un séjour sur le Danube, une escale sanglante en Grèce et un sac de Rome bien torché, ils apparurent dans le midi de la France au début du Ve siècle. Ils faisaient un tapage épouvantable. D’abord des hordes de cavaliers aux casques encornés, puis d’interminables convois e chariots bruissants d’une marmaille blonde et sauvage, les femmes comme des gorgones érotiques et dépoitraillées pendues aux mors des chevaux hennissants, tandis que se vidaient alentour les plaines et les montagnes au passage de la nation wisigothe en marche. Race de seigneurs, née pour commander. Ils n’alignèrent jamais plus de dix mille guerriers, et, à leur apogée, sept fois seulement ce chiffre pour leur nation entière, race autant que nation, tirant sa force de son intégrité, sa puissance de son homogénéité. Pas de terroir qui leur collât plébéiennement aux talons, mais la fusion de la chair, la communion des cœurs, dans le fracas des chariots et des chevaux : une nation ! Le jeu simple et brutal d’Alaric, leur roi, n’avait pas d’autre signification.

Et en plus, des provocateurs ! On aurait dit qu’ils le faisaient exprès, s’habillant ostensiblement de peaux de bêtes, graissant abominablement leurs cheveux et traînant partout avec eux, dans un cliquetis ostentatoire, leurs armes de géants. Ils accumulaient les différences agressives et proclamèrent, dès leur établissement à Toulouse, l’interdiction des mariages entre Wisigoths et Gallo-Romains. Un défi permanent, et avec ça, haïs des notables et populaires chez les basses gens. Enfin, pour compléter le tableau et montrer qu’ils n’avaient peur de rien. Ils se mirent à dos l’ Église traditionnelle établie, c’est à dire romaine, et se précipitèrent, tête baissée, dans le schisme arien. Ce qui les perdit.

Car le petit Clovis, plus malin, grenouillait et composait avec tout ce que vomissaient les Wisigoths, avec les notables, l’Église, le pape de Rome, l’empereur d’Orient, on serait même tenté de dire : avec les banquiers. Exactement le petit parvenu qui met tout le monde dans sa poche, on se souvient du célèbre marché : « Dieu de Clotilde ! Si tu me donnes la victoire… » La France, clefs en main ! On se serait cru dans l’immobilier, tout y respirait la combine. Les Wisigoths ne mangeaient pas de ce pain là. On leur fit le coup de la croisade, déjà ! Montségur, ce serait pour plus tard. Pour le moment, ce fut Vouillé. En 507, à Vouillé, Clovis, grâce à la supériorité numérique de son armée, régla leur compte aux Wisigoths. L’ Occitanie, c’était raté, inutile d’y revenir. »

 

Jean Raspail : Pêcheur de lunes.

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