« Je répugne naturellement aux modes d’emploi, au prêt-à-penser comme au prêt-à-s’émouvoir. Je ne trouve aucun intérêt à dire : je suis païenne, donc je fais mon pain de telle et telle façon. Je ne vais ni suivre une recette ni obéir à un décalogue -je vais éveiller des cohérences, tenter d’exprimer la totalité de ce que je suis, donner la pleine mesure dans chaque geste- et cela sans lyrisme, sans exubérance, dans l’ équilibre et l’autonomie.

Pétrir le pain ce n’est pas un raisonnement,

c’est faire couler la farine entre ses doigts.

Ce n’est pas une leçon d’histoire,

c’est le souvenir de l’épi, du champ de blé, et du moissonneur.

Ce n’est pas peser le sel

c’est cligner des yeux avec le paludier au grand soleil de l’été.

Voir pousser le levain,

ce n’est pas une chimie amusante,

c’est sentir battre le sang de la terre.

Façonner tresses et couronnes,

c’est embellir la table et, bientôt, réjouir les amis.

Et, du pétrin au four, savoir ce que vaut l’attente.

Sentir monter cette odeur chaude, ensorcelante,

du pain, de notre pain.

Être tout entière dans ces gestes,

avec intensité et légèreté, sans lourdeur ni contrainte,

être là, dans ce geste mille fois répété

qui relie aux gestes de la lignée. »

Anne-Laure Blanc (in « Païens ! »  Les Éditions de la Forêt)

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