« Certains auteurs ont défendu la thèse du monothéisme druidique. Mais, outre que ces auteurs étaient eux-mêmes monothéistes et voulaient à toute force nourrir l’illusion d’une « supériorité » du monothéisme sur le polythéisme, il n’est pas un seul témoignage d’auteur ancien qui vienne conforter cette hypothèse.

Les Grecs et les Latins parlent toujours des dieux gaulois et non d’un seul. On a prétendu qu’Esus était primitivement le dieu unique des celtes, et il est vrai qu’Esus, qu’on peut identifier à l’énergie vitale, est un dieu primordial. Mais en tirer argument au profit d’un monothéisme celtique supposé reviendrait à prétendre que les Grecs étaient monothéistes puisqu’ils faisaient d’Éros le créateur du monde, la première force en action après le Chaos originel. Or les Gaulois, tout comme les Grecs, avaient pleine conscience (des siècles avant Darwin !) de ce que l’évolution biologique est essentiellement un processus de différenciation, de diversification et de sélection, qui enfante logiquement le particularisme concurrentiel de toute manifestation animique. Individualisme et monothéisme sont nécessairement inconciliables car le premier distingue et particularise, ce qui favorise l’élévation des meilleurs, tandis que le second uniformise, égalise et grégarise, paralysant ainsi tout progrès de la vie

Cette exaltation de la personnalité de chaque être (…) était le fondement de la philosophie gauloise. »

Pierre Lance : Alésia, un choc de civilisations.

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