Ostara est la fête du Printemps, de l’Éternel Retour de la vie qui avait semblé menacée de disparaitre sous les rudes coups de l’hiver. Avec l’équinoxe, le recul des neiges et un soleil redevenant de plus en plus vif font éclore fleurs et bourgeons. Les prairies se couvrent d’une herbe nouvelle et drue, gorgée de sève. C’est la renaissance de la fertilité, de la fécondité pour les plantes, les animaux et les hommes, la régénérescence de toutes les forces vitales.

La fête d’Ostara remonte à la haute antiquité indo-européenne. Quand arriva la christianisme, elle devint la fête de Pâques, la célébration de la résurrection du Christ -élément central des croyances chrétiennes- se greffant, subtilement, sur la célébration de la résurrection de la nature. Une trace linguistique très claire en est restée : Pâques (mot d’origine hébraïque) se dit en allemand Ostern et en anglais Easter.

Comment interpréter cela ? Bède la Vénérable, auteur monastique du VIIIe siècle, fournit une clé importante lorsqu’il écrit : « le mois d’avril chez les Anglo-Saxons se dénomme eosturmonath, d’après le nom d’une déesse Eostre en l’honneur de laquelle on organise des fêtes durant ce mois ». A l’époque, les Anglo-Saxons, installés en Bretagne (l’actuelle Grande-Bretagne), sont, officiellement, devenus chrétiens.

La phrase de Bède a suscité interrogations et recherches chez les historiens et les philologues. Ceux ci ont établi que cette déesse Eostre (appelée aussi Erce chez les Angles, ou encore Eostur ou Eastur) est désignée en allemand (forme restituée) sous le nom d’Ostara (le mois d’avril étant dénommé en vieil-haut-allemand ôstarmânôth). La toponymie apporte ses témoignages avec des noms de lieux caractéristiques (Osterberge, Osterkopf, etc.)

Ostara serait le nom d’une déesse du printemps, dont le souvenir aurait été encore bien présent dans la mémoire collective des Anglo-Saxons au temps de Bède. Cette déesse du printemps serait liée à l’aurore et, donc, au symbole du soleil levant, dont l’apparition déclenche la vitalité de toutes les formes du vivant. On notera à cet égard que le lieu du soleil levant, c’est à dire l’Est, s’appelle east en anglais et ost en allemand. Une déesse du printemps et de l’aurore, montée sur un char de lumière tiré part des chevaux d’or, se retrouve chez tous les peuples indo-européens (Eos en Grèce -où Homère chante « l’Aurore aux doigts de rose »-, Ushas dans l’Inde védique, Aurora à Rome, etc.) Symboliquement donc, l’aube du jour et l’aube de la renaissance de la vie sont intimement liées à Ostara, comme le blanc et le jaune de l’œuf qui vont donner la vie.

Une autre notation permet de cerner plus précisément la signification d’Ostara : ce mot, ainsi qu’Eostre (mentionnée par Bède), serait, d’un point de vue philologique, un pluriel.. Et désignerait, du coup, des « divinités du printemps ». Robert de Herte (in Alain de Benoist : les Traditions d’Europe) rappelle que divers auteurs ont fait le rapprochement entre Ostara et des figures bien connues de la mythologie germanique : Njördhr, Freyr, Freya, Berchta, Holla et Frija.

Njördhr, divinité de troisième fonction (que les auteurs latins, en particulier Tacite, appellent Nerthus) est en charge de la force vitale qui anime tous les éléments de la nature.. Holda qui a survécu dans les contes et légendes sous le nom de Frau Holle, bonne fée protégeant tout spécialement les jeunes enfants, est proche de Berchta, déesse de fécondité.. Quant à Freyr et Freya, enfants de Njördhr, ils patronnent la fertilité de la nature.

Ostara est à mettre en relation avec la lune, selon certains chercheurs.. En particulier Wilhelm Teudt, s’appuyant sur l’étude d’un site archéologique, l’Oesterholz, qu’il interprète comme un lieu d’observation astronomique consacré aux mouvements de la lune, estime qu’il y avait là un sanctuaire à la déesse Ostara (qui aurait donné son nom au site). Celle ci aurait été assimilée à un personnage bien connu des légendes indo-européennes : la vierge lunaire qu’un héros solaire vient délivrer lors de l’équinoxe (moment de rencontre de la lune et du soleil, jour et nuit étant de même durée). Les histoires emblématiques d’Ariane délivrée par Thésée, de Brunhilde, délivrée par Siegfried, de la Belle au bois dormant délivrée par le Prince charmant renvoyant à cette thématique mythologique.

La référence lunaire se retrouve dans la christianisation d’Ostara en fête de Pâques, laquelle est fixée au premier dimanche suivant la pleine lune la plus proche de l’équinoxe de printemps. Ma is il est révélateur que l’abbaye de Corvey (en Saxe, fondée en 822) important centre missionnaire chargé d’éradiquer le paganisme ait conservé un manuscrit où figure une prière bien curieuse … puisqu’elle est adressée à Ostara : « Ostara, Ostara, Terre-Mère, accorde à ce champ de croître et de prospérer, de fleurir, de porter des fruits, protège-le, que la terre repose et qu’elle soit féconde, comme les saints qui sont dans les cieux ». Les saints mobilisés pour mettre en valeur Ostara : bel exemple de syncrétisme. Une bonne question étant : les moines de Corvey étaient-ils conscients ou non de l’ambiguïté d’un tel texte ?

Toujours est-il qu’il était d’importance vitale, pour le christianisme, de récupérer à son profit la fête d’Ostara, en lui donnant bien sur un habillage « convenable ».

Fêtes païennes des quatre saisons -sous la direction de Pierre Vial

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