(source : Gwenc’hlan Le Scouezec : « La médecine en Gaule »)

La médecine préhistorique en Gaule

Le premier médecin dut être un sorcier. Mêlant à des conceptions imaginaires et traditionnelles ses premières constatations empiriques, il devait pratiquer à la fois la divination, la magie et la médecine, à la manière des chamanes.

Il paraît certain qu’une prophylaxie magique était mise en œuvre par les populations paléolithiques. Dès l’aurignacien, en effet, apparaissent les objets à suspendre au cou.

Il y a tout lieu de penser que les autres grandes thérapeutiques que nous verrons en œuvre aux époques celtique et romaine, plantes et compositions à base de plantes, voire de produits minéraux ou animaux, eaux thermales et minérales, magies diverses, étaient déjà pratiquées avant l’arrivée des Celtes.

Les médecins

Dès l’aurore des temps celtiques : il y a d’une part les druides, que leurs pouvoirs étendus, leurs fonctions religieuses, leur vocation pour la magie, appellent à exercer l’art de guérir parmi les peuplades gauloises; d’autre part, les thérapeutes grecs, installés avec leurs compatriotes sur le sol ligure dès la fin du VIIe siècle. De Marseille, ces derniers se répandent dans tout le pays et plus tard, les Gallo-Romains continueront leur tradition.

L’activité médicale des druides

Les secrets de la nature faisaient plus particulièrement l’objet des recherches des vates mais les druides s’appliquaient également à leur étude. C’était en quelque sorte les plus avancés des vates, ceux qui ajoutaient à la science la réflexion philosophique.

Leur art médical s’insère dans une conception du monde : le « dialogue singulier » du médecin et du malade, cher aux déontologistes et aux psychologues de notre temps, n’existe pas -du moins sous la forme que nous lui connaissons. Le prêtre-médecin n’est pas confronté au patient, mais il sert d’intermédiaire entre l’homme malade et le dieu guérisseur.

Les prêtresses médecins

Pomponius Mela raconte que dans la mer de Bretagne, neuf vierges consacrées possèdent des pouvoirs exceptionnels. Elles commandent aux vents et aux flots; elles se changent à volonté en un animal quelconque; elles prédisent l’avenir et guérisse les maladies incurables. Mais pour obtenir leur secours, il faut, en venant vers elles, n’avoir d’autre dessein que de les consulter.

Expansion de la médecine grecque

Quelle que soit la filiation des divers établissements grecs de Ligurie, il s’y pratiquait évidemment une médecine analogue à celle de l’Hellade. La communauté de civilisation qui liait toutes les parties du monde grec et la ténacité avec laquelle, aux dires de Tite-Live, les Marseillais conservaient intacts à son époque, non seulement les modes et la langue de leur pays d’origine, mais encore le caractère, le genre de coutumes et de lois existant en Grèce, permettent de penser que les principes médicaux, la formation des praticiens et l’exercice de l’art ne différaient pas sensiblement en Gaule méridionale de ce qu’ils étaient en Ionie.

Quelques lignes de Strabon nous montrent, à côté de praticiens appointés par les gens riches, d’autres qui sont les salariés des cités.

Une catégorie particulière de médecins, nettement spécialisés, mérite notre attention par le développement qu’elle prit en Gaule, surtout dans les sanctuaires de l’eau et à partir du début de notre ère : il s’agit des ophtalmologistes que de nombreuses découvertes archéologiques nous font connaître.

Femmes médecins

Les unes s’occupaient d’obstétrique et d’esthétique -c’était le cas des medicae, d’autres étaient gynécologues -c’était les clinicae. L’usage de l’Empire romain comme celui de la Gaule indépendant et l’épigraphie permettent d’affirmer que des femmes exerçaient en Gaule, soit comme prêtresses traditionnelles, soit comme thérapeutes selon l’art grec

Le malade et son médecin

Le thérapeute se présentait avant tout non comme un savant, apte par ses connaissances à soulager les hommes de leurs maux, mais comme l’intermédiaire entre le malade et la divinité secourable.

Il semble que progressivement et suivant en cela le discrédit qui frappait les anciens dieux, la fonction religieuse du médecin soit passée au second rang et que la profession se soit laïcisée.

L’enseignement de l’ophtalmologie

De différentes indications, nous pouvons conclure que les médecins étaient régulièrement instruits des connaissances de leur époque. Des collèges de médecins et des écoles existaient, dont on retrouve la trace en des endroits fort éloignés : Metz, Avenches, Bordeaux, Marseille.

On peut en outre se demander, à voir si vivace à Bordeaux, la survivance des druides et à y constater l’existence, en plein IVe siècle, d’un temple de Belenos (voir Ausone), si les prêtres de l’ancienne religion autochtone ne continuaient pas à y pratiquer, à côté de leurs rites purement religieux, cette médecine magique qui semble avoir été leur apanage.

Les guérisseurs

Bien qu’à côté d’un art savant, Camille Jullian affirmait l’existence d’une médecine populaire « représentée par les sorciers et rebouteurs de villages et de faubourgs », en fait on ne trouve pas de preuves formelles de leur existence en Gaule avant les derniers siècles de l’époque romaine. Mais le nombre forcément restreint des druides et des médecins grecs, leur éloignement des villages et l’absence à la campagne de tout service médical organisé, imposait certainement la présence de semblables guérisseurs.

Parmi les paysans il en était forcément qui se distinguaient des autres, soit par leur habileté manuelle, soit par des connaissances transmises en secret de père en fils, de mère à fille, d’initié à disciple, et qui,utilisant l’eau, les plantes, les formules, les rites magiques les plus divers, les gestes adéquats, savaient chasser l’infection, remettre une articulation, peut être immobiliser une fracture après l’avoir réduite, certainement calmer l’inquiétude et exercer une « psychosomatique  salutaire.

La seule chose certaine, c’est la permanence au long des siècles, sur le vieux sol gaulois, de dynasties de sorciers se transmettant jusqu’à nos jours des pratiques dont certaines remontent sans doute aux âges préhistoriques. La concurrence qu’ils font aux praticiens modernes, ils la faisaient déjà certainement aux médecins grecs et gallo-romains et au clergé druidique dès le temps de l’indépendance.

Les dieux de la médecine

Le panthéon gaulois ne manque pas de divinités capables de vaincre la maladie. Le culte de certaines d’entre elles fut très largement répandu en Gaule; d’autres demeurèrent plus régionaux; d’autres,enfin, purement locaux.

Les grands dieux

Le culte d’Apollon Belenos est attesté.

On doit se rendre à l’évidence que Belenos était le nom le plus couramment employé du dieu du Soleil et de la santé, que les romains assimilèrent à leur Apollon. L’analogie linguistique entre les deux vocables due peut être à une commune origine indo-européenne, a certainement facilité l’identification, et l’on peut même se demander si, dans les formules votives où Apollon est qualifié d’un terme gaulois tel que Grannos ou Borvo, le dieu grec ne tient pas la place de Belenos, autrement dit si Grannos ou Borvo ne déterminaient pas des aspects particuliers de Belenos et cela dès avant l’assimilation aux divinités grecques et romaines.

On trouve donc également le nom grec d’Apollon adjoint à celui de Grannos, mais alors que rien ne permet d’établir une relation entre Belenos et les eaux curatives, Grannos, en revanche, fait partie au premier chef des divinités des sources.

Sous le vocable de Borvo et sous les formes voisines de Bormo et Bormanus, c’est un dieu des sources thermales qu’on vénérait également. Il a pour parèdre tantôt Damona, tantôt Bormona.

A côté d’Apollon, César mentionne Mercure comme le plus grand dieu des Gaulois qui le considéraient comme l’inventeur de tous les arts (assimilé à Lougos). Il n’existe aucun élément permettant de soupçonner une relation quelconque entre cette divinité et l’art de guérir, si ce n’est qu’elle était à l’origine de tous les arts, donc, peut-on imaginer, de la médecine.

La divination, que les druides pratiquaient, était dans l’esprit des anciens, fortement liée à la médecine dont elle facilitait l’exercice, en éclairant le diagnostic et le pronostic.

Les principales déesses

Une déesse Brigantia qui, par analogie avec la divinité irlandaise Brigit, était la patronne des poètes, des forgerons et des médecins. Cette Brigantia-Brigit est aussi assimilée à une autre déesse, Sulis, qui recevait un culte à Bath (GB) où elle présidait aux sources thermales, ainsi qu’à Belisama, parèdre de Belenos, et à Minerve.

En dépit de l’importance religieuse et médicale du site de Bath, on est amené à penser que Sulis n’était pas adorée seulement en Bretagne mais aussi sur le continent.

Le culte de Sulis, comme celui de Brigantia, est lié au feu autant qu’à l’eau : elles président en effet aux sources chaudes.

Les Matrones ou Mères sont l’une des divinités le plus fréquemment retrouvées en Gaule : une, ou deux, ou trois déesses représentées assises avec parfois en enfant dont on a remarqué la constante relation avec les sanctuaires des sources.

Une déesse, Damona, est la parèdre de Borvo au pays des Lingons et semble être une divinité guérisseuse tandis que Sirona (ou Dirona), présente dans l’Est de la France et en Allemagne, parfois associée à Grannos, présente des attributs (épis, fruits, œufs) qui font penser à une divinité de la fécondité.

Les multiples divinités secondaires

Il semble que des noms très divers aient été portés par les nymphes et les génies des sources salutaires : une bonne cinquantaine, dont Divona que nous connaissons surtout parce qu’Ausone l’a chantée dans son fief de Bordeaux :

« Salut, fontaine au jaillissement inconnu, fontaine sacrée, nourricière, éternelle, claire comme le verre, glauque, profonde, bruissante, sans souillure, ombreuse. Salut génie de la ville, à boir en gorgées médicinales, Divona, dont le nom dans la langue des Celtes signifie fontaine, et qui plus est, divine ».

Des divinités étrangères à la Gaule y étaient également l’objet d’un culte : fréquentes découvertes de statuettes de Venus dans les sanctuaires de l’eau. Ces figurines, tout comme les figurations des Matrones, du dieu aux colombes, sont en relation constante avec le culte des sources.

Mithra et Cybèle ont partagé un destin analogue.

Les maladies

Essentiellement identifiées grâce aux ex-votos : forme des parties ou membres malades découpée dans des feuilles de bronze ou figurées en bois de chêne, en calcaire oolithique…

Diagnostic et pronostic

Les méthodes utilisées dans le monde antique pour établir un diagnostic et prévoir l’évolution d’un mal, comme généralement celles utilisées par les médecines non scientifiques, reposaient à la fois sur des connaissances sémiologiques et sur des procédés magiques, n on distingués les uns des autres.

L’incubation était utilisée en Grèce : le malade en dormant dans un lieu sacré, après une certaine mise en condition par des rites spéciaux, recevait en rêve, du dieu médecin, Apollon ou Asklépios, la connaissance de son mal et le remède à y apporter.

Il y avait des pratiques analogues dans les sanctuaires gallo-romains (découverte à Grand dans les Vosges, sur les lieux d’un temple dédié à Grannos d’un fragment portant l’inscription APO et un autre « SOMNO-JVSSVS », soit « invité au sommeil ») et en Irlande avec l’ « imbas forosnai »_(illumination autour des mains) où le file (poète et magicien) dans un sommeil magique, rêvait ce qu’il avait besoin de savoir.

Il y avait d’autres mantiques utilisées par les Gaulois : examen du vol des oiseaux, de la course d’un lièvre, des convulsions des membres d’un homme sacrifié…

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