(source : Gwenchlan Le Scouezec : La médecine en Gaule)

L’art de guérir

par l’emploi de substances médicamenteuses, les interventions chirurgicales, les cures thermales et la thérapeutique magique.

Thérapeutique et pharmacologie (quelques exemples)

La centaurée est citée sur une tablette d’argent découverte à Poitiers portant un texte qu’on peut traduire par « deux fois tu prendras de la centaurée; et deux fois tu prendras de la centaurée. Que la centaurée te donne la force, c’est-à dire la vie, la force, c’est à dire la (force) paternelle. Viens moi en aide, art magique, en suivant Justine, qu’a enfantée Sarra ». Il semble que ce soit une formule de magie médicale, utilisant à la fois l’activité pharmacologique de la centaurée et la puissance de l’incantation (voir : http://lamainrouge.wordpress.com/2008/01/12/viens-moi-en-aide-art-magique/ )

Pline nous dit « les druides ont donné le nom de samolus à une plante qui croit dans les lieux humides. Celle ci doit être cueillie de la main gauche, à jeun, pour préserver de la maladie les bœufs et les porcs. Celui qui la cueille ne doit pas la regarder, ni la mettre ailleurs que dans l’auge, où on la broie pour que ces animaux puissent l’avaler ».

Du même : « à la sabine ressemble la plante appelée selago. On la cueille sans l’entremise du fer, avec la main droite passée à cet effet par l’ouverture gauche de la tunique, comme si on voulait faire un larcin; il faut être couvert d’un vêtement blanc, avoir les pieds nus et bien lavés, et avoir préalablement sacrifié avec du pain et du vin. On l’emporte dans une serviette neuve ».

Comme les Romains, les Gaulois considéraient la verbena comme une herbe sacrée. Selon Pline, ils l’employaient « pour tirer les sorts et prédire l’avenir » . Et puis : « ils (mais on ne sait pas s’il parle des « magiciens » en général ou des « druides ») disent que si l’on s’en frotte, on obtient ce qu’on veut, on chasse les fièvres, on se concilie les amitiés, on guérit toute maladie; qu’il faut la cueillir vers le lever du Chien, de manière à n’être vu ni de la lune, ni du soleil, et après avoir donné à la terre en expiation des rayons de miel; qu’il faut la circonscrire avec le fer, l’arracher de la main gauche et l’élever en l’air … ».

L’ouvrage de Marcellus de Bordeaux nous fait connaître un très grand nombre de médications où sont mêlés des ingrédients fort différents : simples, mais aussi éléments minéraux et produits d’origine animale, ainsi que de collyres mais sans qu’il soit possible de différencier médicaments étrangers et remèdes gaulois.

Ces données diverses nous permettent de conclure que l’art de prescrire était fort développé en Gaule et qu’un nombre assez considérable de médicaments étaient à la disposition des praticiens, généralistes ou spécialistes. Il est impossible dans l’état actuel de nos connaissances de déterminer quelle part les Grecs ont prise dans l’élaboration de cette science et ce que les Gaulois et les pré-indo-européens en possédaient avant la venue des Hellènes. Mais ce qui nous paraît incontestable, c’est, dans la suite des temps, le goût particulier des Celtes pour les préparations compliquées, utilisées à des fins magiques ou médicales.

Thérapeutique chirurgicales

La chirurgie d’une façon générale s’est pratiquée fort anciennement, et dès la prégistoire nous avons la preuve de son existence en Gaule.

Instruments de chirurgie

Au Ier siècle de notre ère, Celse, dans son Traité de médecine, cite trente instruments différents parmi lesquels le scalpel et le trépan, la tarière, le forceps, les sondes, les canules, les cautères, la petite scie, l’aiguille à ponction d’ascite, les curettes, les crochets. Il n’y a aucune raison de penser que l’un quelconque d’entre eux n’était pas en usage en Gaule.

Les trousses d’oculistes nous ont également apporté un certain nombre d’instruments gaulois.

La trépanation

Parmi les opérations pratiquées anciennement, l’ouverture de la boite crânienne à l’aide d’un trépan est l’une des plus archaïques et des plus répandues dans le monde dès les âges préhistoriques et dans les tribus primitives.

Pourtant, si la pratique de la trépanation est attestée en Gaule à l’époque celtique, elle ne semble toutefois pas avoir joui de la vogue qu’elle avait connue chez les bâtisseurs de mégalithes. Il est vraisemblable que les idées, en relation avec la magie et la religion, qui avaient présidé au développement du procédé à l’époque néolithique n’avaient pas trouvé d’écho chez les Celtes. En outre, avec le temps et les modifications survenues dans le comportement social -tel par exemple le remplacement de l’inhumation part l’incinération du deuxième âge du bronze- ces conceptions avaient dû perdre de leur vigueur primitive et n’étaient sans doute plus assez vivaces pour s’imposer aux nouveaux venus.

Cataracte et opérations ophtalmologiques

Il semble que ces opérations aient été assez largement répandues dès avant l’ère chrétienne.

Autres interventions

Il y a tout lieu de croire que les Gaulois procédaient à des exérèses de tumeurs, à des incisions de collections purulentes, à des amputations de membres gravement blessés ou gangrenés, et au traitement des luxations, à la réduction et à la contention des fractures.

L’hémostase

La cautérisation était largement pratiquée dans l’ Antiquité et l’on a trouvé des cautères en Gaule. Il faut aussi mentionner l’usage en Irlande de bourrer les plaies avec des herbes médicinales : à l’action propre des plantes, s’ajoutait un effet de compression qui facilitait l’hémostase. Pour qui connait le goût des Druides de Gaule pour les simples, il paraît vraisemblable qu’ils aient suivi une méthode analogue.

L’anesthésie

Les gaulois ne pouvaient manquer de remarquer le pouvoir hypnotique et analgésiant de l’alcool, l’un des anesthésiques les plus anciennement employés.

D’autres moyens ont pu être utilisés tels que l’intoxication par les solanées (jusquiame, morelle, mandragore…)

L’antisepsie

On n’ignorait pas l’efficacité de la cautérisation pour éviter l’infection des plaies. On peut imaginer aussi que divers petits moyens empiriques étaient mis en œuvre dans ce domaine.

La prothèse

De cet art il ne subsiste pas de trace chez les Gaulois mais des mentions en apparaissent chez les Gallois, lkes Irlandais et les Bretons (le bras de Nuada lors de la bataille de Mag Tured)

Hydrothérapie

Les découvertes de l’archéologie ont confirmé l’existence de stations balnéaires dans les Pyrénées, mentionnées par Pline, et montré le développement considérable du culte des eaux et de l’hydrothérapie en Gaule.

L’ancien usage celtique d’adorer la divinité en plein air, auprès des sources, des arbres, des pierres s’était perpétué à l’époque romaine et le culte des sources était répandu dans toute la Gaule.

Les méthodes thermales

Les procédés de la médecine thermale ne différaient pas sensiblement de ceux que nous utilisons aujourd’hui. Tous sont d’une pratique simple et d’évidence et, dès le temps de l’indépendance, ils étaient certainement employés. Des installations de cette époque il ne nous est rien resté, ce qui ne signifie point qu’elles n’aient pas existé, mais comme la plupart des constructions antérieures à la conquête, elles durent être édifiées en bois puis remplacées par les bâtiments gallo-romains.

La boisson, les affusions, les douches étaient courantes sans aucun doute et les bains de boue et de vapeur furent certainement utilisés.

L’eau sacrée

Le culte de l’eau est universellement répandu et se retrouve dans toutes les régions de France mais c’est en Bretagne armoricaine que les rites anciens de l’eau sont aujourd’hui encore le plus répandus. On y retrouve en particulier le lien déjà noté en Gaule entre les sources et l’ophtalmologie : que de fontaines sacrées y ont le pouvoir de guérir les maladies des yeux.

Somme toute, le culte de l’eau vivifiante et guérisseuse paraît avoir été, avec celui du soleil qui régénère, l’une des plus importantes manifestations à la fois de la médecine et de la religion gauloises. C’est sur le sommet des collines d’où l’on peut observer au mieux la course du soleil et, un peu en contrebas, là où jaillit la première source, que sont situés de nombreux lieux sacrés de la Gaule.. Là, sans aucun doute, les druides ont prié, enseigné et guéri.

Thérapeutique magique.

Si la religion suppose l’existence et l’intervention d’une puissance supérieure àç laquelle on s’adresse, la magie ne postule pas cette nécessité. Elle consiste essentiellement à mettre en œuvre des rites dont l’action utile tient à leur exécution même. D’ autre part, ce qui différencie la magie d’une science, c'(est que son efficacité dépend entièrement du psychisme vers lequel elle est dirigée et de la croyance qui lui est accordée.

De ces coutumes médico-magiques de la Gaule, quatre groupes principaux apparaissent : les incantations et les rites, les talismans et amulettes, les pierres et les arbres sacrés, enfin le sacrifice de compensation.

Incantations et rites

Innombrables furent certainement les formules dont certaines se retrouvent sur les tablettes et dans l’ouvrage de Marcellus de Bordeaux.. Toutes, qu’elles se prononcent ou s’écrivent, sont l’objet d’un rite d’accompagnement. Dans toute la magie, en effet, le geste soigneusement prévu et réglé occupe une place prépondérante.

Il n’est malheureusement guère possible le plus souvent de distinguer ce qui date d’un cérémonial celtique et de ce qui a pu être ajouté au cours des siècles.

Il nous faut toutefois citer une curieuse prière découverte dans un manuscrit du XIIe. Elle se compose de deux parties, la première placée sous le titre Incipit precacio terre quam antiqui pagani observabant volentes coligere herbas : « ici commence la prière à la Terre que les anciens païens prononçaient rituellement lorsqu’ils voulaient ramasser des herbes »; la seconde sous les mots : Precacio omnium herbarum : « prière à toutes les herbes ».

Il s’agit d’invocations à la Terre-Mère et aux simples qu’elle produit, pour qu’ils soient propices et efficaces. Le dévot commence par demander la permission de la grande déesse, puis il cherche à se concilier les faveurs des plantes en les assurant d’abord que la « sainte divinité, mère de la nature » a donné son consentement : « celle qui vous a crées avec vos propriétés salutaires veut bien que je vous cueille : faites autant que vos vertus naturelles le permettent, que celui qui vous recevra de ma main recouvre la santé ». On peut se demander s’il ne faut pas voir là une explication à certains gestes signalés par les anciens. Si, par exemple, il faut cueillir les herbes médicinales comme un voleur, n’est-ce pas pour n’être pas vu de la Terre, dont on dérobe le bien, et échapper de ce fait à son courroux ? S’il ne faut pas utiliser le fer, c’est par révérence pour les divinités que sont les plantes, auxquelles le métal vulgaire ne saurait être appliqué sans irrespect. Peut être même l’emploi de la main gauche appartient-il lui aussi à cet ordre de faits : on ne saurait pour une opération sacrée procéder comme pour un geste banal et ce qui est faste dans la vie courante serait ici un sacrilège.

Les talismans et les amulettes

Dès les âges préhistoriques, la prophylaxie magique s’est exercée contre tous les maux possibles par le port d’objets divers, tenus pour capables d’écarter les mauvais génies et les influences dangereuses. A l’époque gauloise elle se manifeste par des amulettes variées : perles et annelets de verre, grains et perles d’ambre, branches et perles de corail, cailloux troués, perles et annelets de pierre, ammonites, coquilles, dents et os, rouelles. Les médaillons en bois de cerf sont aussi très fréquents et il faut citer l’œuf sacré (une ammonite ? Un diamant ? Plus probablement un oursin fossile).

Pierres et arbres sacrés

Si les Gaulois attendaient la santé de l’eau de certaines sources, ils fréquentaient également dans ce dessein des lieux sacrés où une pierre merveilleuse, un arbre vénéré, étaient capables, moyennant un rituel approprié, de guérir ou de féconder : haches néolithiques, mégalithes et rochers remarquables. L’eau conservée dans le creux des pierres sacrées est souvent tenue pour efficace contre les maladies; on s’est servi aussi de la poussière minérale en ingestion.

Le culte médical des pierres rejoint celui des arbres dans une curieuse coutume qui consiste à suspendre les unes aux branches des autres.

Le sacrifice de compensation.

La transmission de la maladie d’un homme à un objet est fréquente dans les thérapies primitives. Voisin du transfert est le procédé du rachat. Dans le premier cas, la maladie est censée passer d’une entité à une autre; dans le second une vie est offerte aux dieux en échange de celle qu’ils menacent : ce n’est pas l’affection pathologique qui est transportée d’un être à un autre, mais son résultat, la mort. Ici comme là, la divinité doit s’estimer satisfaite : l’ordre du monde, la balance du bien et du mal sont respectés.

L’évolution historique.

En bien des endroits les Gaulois ont seulement continué une tradition remontant très loin avant eux. Mais si l’on cherche à définir l’héritage médical que la gaule indépendante a laissé à ceux qui continueront, après sa disparition à pratiquer l’art de guérir, on le trouve essentiellement dans ces deux domaines : la pharmacologie et l’ hydrothérapie.

C’est surtout dans le domaine chirurgical que la médecine gauloise paraît avoir progresser après la conquête.

Caractères de la médecine gauloise.

Deux types de médecine coexistent généralement dans les société primitives : l’un, instinctif et empirique, est l’apanage des médecins proprement dits; l’autre, magique et sacerdotal, est celui du sorcier, puis, à un stade d’évolution plus avancé, du prêtre. Le diagnostic consiste à rechercher la cause du mal, que celle ci soit un dieu ou un démon irrité, un ennemi ou un rival, ou bien encore un défunt. Le pronostic se fonde sur des présages et des méthodes diverses de divination que l’absorption de drogues facilite parfois.

La thérapeutique manifeste des croyances fondamentales spécifiques de la mentalité primitive : participation cosmique des êtres, existence de forces immatérielles susceptibles d’être libérées ou retenues, solidarité de l’individu avec les éléments de son propre corps et tout ce qui le touche et l’approche. L’initié peut agir par sympathie ou par télépathie, mettre en jeu des interactions synergiques ou antagonistes. En outre le mot est généralement reconnu comme doué d’un pouvoir particulier et intrinsèque. Aussi paroles et gestes magiques jouiront-ils d’une grande efficacité aux yeux des patients. Le sorcier maniera l’exorcisme, les charmes de conjuration, et des rites plus proprement religieux, comme la prière, la libation ou le sacrifice. Certains modes de traitement, les médicaments ou la profanation, viseront à expulser le mal, imaginé sous les apparences d’un génie malfaisant. D’autres tenteront de le transférer à un autre homme, à un animal, voire à un objet. La prophylaxie enfin joue un grand rôle sous forme d’amulettes, de talismans et de fétiches.

Une grande partie de la thérapeutique gauloise reposait sur de telles bases.

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