Dans la nuit du 15 au 16 octobre 1946, les dix condamnés à mort du procès de Nuremberg (Göring s’est suicidé quelques heures auparavant) sont pendus. Les exécutions s’échelonnent entre 1 h.15 et 3 h.45. Il s’agit de Hans Frank, Wilhelm Frick, Alfred Jodl, Ernst Kaltenbrunner, Wilhelm Keitel, Joachim von Ribbentrop, Alfred Rosenberg, Fritz Sauckel, Arthur Seys-Inquart et Julius Streicher. L’exécution est mal préparée par le bourreau en chef de l’US Army, le sergent John C. Woods et Ribbentrop qui est le premier à monter sur l’échafaud met 17 minutes à mourir. Les onze morts ne reçurent pas de sépulture : dans la journée même, ils furent incinérés et leurs cendres répandues dans l’Isar.

Pour la petite histoire, quatre ans plus tard, le Master Sergeant  Woods , le bourreau qui avait procédé aux  exécutions, mourait lui-même en essayant une chaise électrique.

 » Le vrai fondement du procès de Nuremberg, celui qu’on n’a jamais osé désigner, je crains bien que ce ne soit la peur : c’est le spectacle des ruines, c’est la panique des vainqueurs. Il faut que les autres aient tort. Il le faut, car si, par hasard, ils n’avaient pas été des monstres, de quel poids ne pèseraient pas ces villes détruites et ces milliers de bombes au phosphore ? C’est l’horreur, c’est le désespoir des vainqueurs qui est le vrai motif du procès. Ils se sont voilé le visage devant ce qu’ils étaient forcés de faire et pour se donner du courage, ils ont transformé leurs massacres en croisade. Ils ont inventé a posteriori un droit au massacre au nom du respect de l’humanité. Étant tueurs, ils se sont promus gendarmes. A partir d’un certain chiffre de morts, nous savons que toute guerre devient obligatoirement une guerre du Droit. La victoire n’est donc complète que si, après avoir forcé la citadelle, on force aussi les consciences  (…)
L’écroulement de l’Allemagne ne suffisait pas aux vainqueurs. Les Allemands n’étaient pas seulement des vaincus, ils n’étaient pas des vaincus ordinaires. C’est le Mal qui avait été vaincu en eux : on avait à leur apprendre qu’ils étaient des Barbares, qu’ils étaient les Barbares. Ce qui leur arrivait, le dernier degré de la détresse, la désolation comme au jour du déluge, leur pays englouti comme Gomorrhe et eux seuls errants, stupéfaits, au milieu des ruines, comme au lendemain de l’écroulement du monde, on avait à leur apprendre  que c’était bien fait comme disent les enfants. C’était une juste punition du ciel. Ils devaient s’assoir eux Allemands, sur leurs ruines et se frapper la poitrine. Car ils avaient été des monstres. Et il est juste que les villes des monstres soient détruites, et aussi les femmes des monstres et leurs petits enfants. Et la radio de tous les peuples du monde, et des millions de voix de tous les horizons du monde, sans exception, sans fausse note, se mirent à expliquer à l’homme assis sur ses ruines pourquoi il avait été un monstre. »

Maurice Bardèche, Nuremberg ou la Terre promise.

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