Il y a juste un an, le 29 novembre 2009, Robert Holdstock, le fabuleux créateur de la Forêt de Ryhope, passait de l’Autre Côté pour rejoindre ses Mythagos…

« Ils se dressent autour de nous » a annoncé Kylhuk. « Les plus Anciens Animaux. Jarag a accompli sa tâche mieux que je ne l’aurais espéré. Quand ils tourneront les talons pour décamper … Les animaux … Nous devrons les suivre. Ils nous conduiront dans le pays qui s’étend au-delà de ces racines, et Mabon n’aura pas le temps de s’enfuir. »

Sur mon épaule, sa poigne s’est brusquement resserrée. « Là ! » a-t-il susurré en indiquant du doigt le point où la surface du tourbillon se bombait, tandis qu’une forme argentée crevait les ondes, un homme poisson, un saumon grimaçant !

« Clinclaw ! » a marmonné Kylhuk, puis il nous a signalé : « Et là ! »

L’herbe près de la forêt enflait selon la forme d’une silhouette humaine géante, gisant sur le dos.

Dans la verte forêt elle même, les arbres s’arquaient et se tordaient, comme si une force invisible les écartait. Le visage d’un hibou nous observait depuis les ténèbres.

« Cawloyd … a chuchoté Kylhuk. C’est ainsi que l’on nomme le chat-huant en mon pays, mais il doit porter un nom plus ancien dont Jarag a fait usage. »

Le renflement d’herbe s’est ouvert et l’homme s’est levé, aussi grand qu’Elidyr, voire plus. Il avait pour visage le museau d’un molosse au-dessous des moignons brisés, fracassés de ses bois. Son corps était revêtu des dépouilles ballantes de martres des pions, de rats, de fouines et d’hermines, toute la vermine de la forêt, assujettie sur son corps par les dents, l’habillant de cadavres.

Celui-ci s’appelait Rhedinfayre, le plus vieux cerf, selon Gwyr.

Du fleuve, l’homme à tête de poisson a pris pied sur la berge, des brochets, des perches, des carpes et des anguilles tressautant à même sa peau, où ils étaient suspendus par leurs petites dents d’os.

Et le hibou aussi se drapait dans des corps d’oiseaux frémissants : corbeaux et rouges-gorges, martins-pêcheurs irisés et l’unique forme massive d’un aigle, son bec accroché dans les ligaments du cou de l’homme, pour pendre sur son ventre, ailes déployées, comme un vivant pectoral doré.

(La Porte d’Ivoire, La forêt des mythagos IV)

(référence est ici faite au conte gallois « Kulhwch et Olwen » et à la quête des animaux les plus anciens du monde pour retrouver le dieu Mabon)

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