« Ainsi donc, le Daghdha transportait sur son dos le cadavre de l’un de ses fils, Cearmaid Milbhéal, qui avait été tué par Lugh. Le Daghdha avait eu recours à sa grande science : le corps de Cearmaid avait été oint d’encens, de myrrhe et d’herbes, puis son père l’avait mis sur son dos et le transportant ainsi , il parcourait le monde [à la recherche d’un moyen de le rendre à la vie] […] Il rencontra trois hommes qui voyageaient en emmenant leur patrimoine. Le Daghdha leur adressa la parole et ils lui dirent :

-Nous sommes trois frères, fils de mêmes père et mère et nous profitons en commun de notre héritage.

– Quel est-il ? Interrogea le Daghdha.

– Une tunique, une massue et un sayon, répondirent-ils

– Quels pouvoirs ont-ils ? interrogea le Daghdha

– La massue que voilà possède un bout doux et un bout dur. Le premier ressuscite les morts et l’autre tue les vivants.

– Et la tunique et le sayon : quelles sont leurs vertus ? Questionna le Daghdha.

– Celui qui s’enveloppe du sayon peut prendre la forme la taille et la couleur qu’il désire, quelles qu’elles soient. Quant à la tunique elle préserve de tout chagrin et de toute maladie celui qui l’endosse.

– Montrez-moi la massue, demanda le Daghdha et ils la lui passèrent.

Aussitôt il les frappa tous les trois avec le mauvais bout et il les tua, puis il toucha le corps de son fils avec le bon bout et celui-ci se leva plein de vie. Il se passa la main sur les yeux et interrogea son père :

– Qui sont ces trois cadavres près de moi ?

– Ce sont trois frères que j’ai rencontrés ; ils possédaient trois trésors légués par leur père, dont cette massue qu’ils m’ont prêtée. Je les ai tués avec un bout et je t’ai ressuscité avec l’autre, répondit le Daghdha.

– Il ne serait pas bien de ne pas leur rendre la vie de la même façon qu’à moi, dit Cearmaid.

Le Daghdha les toucha alors du bon bout de la massue et ils se relevèrent aussitôt.

– Comprenez vous que je vous ai tués avec votre propre massue ? Leur demanda le Daghdha.

– Oui, et c’était une méchante ruse, rétorquèrent-ils.

– Je connais maintenant le pouvoir de votre massue et je m’en suis servi pour vous ramener à la vie : faites-m’en don, dit le Daghdha.

– D’accord, mais comment partager désormais notre héritage ?

– Vous établirez un tour de rôle, expliqua le Daghdha, de sorte que chacun de vous ait l’un de vos trésors, puis n’en ait plus jusqu’à ce que son tour revienne. »

 

(cité dans Claude Sterckx, Mythologie du monde Celte)

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