« La brume se déchire sous les rayons d’un chaud soleil; elle s’évapore rapidement dans l’air bleu. Le monde des Hommes réapparaît; un pont sur la rivière, les peupliers, les routes reviennent à l’existence dans une lumière bleu-rose, délicate, pastel. Des colombes tournoient joyeusement, venant des pigeonniers du village de Cénac, qui me reste invisible sous les falaises; et tout compte fait le monde de Hommes me demeure lointain et me parvient surtout comme une sourde et vilaine rumeur, obstinée, assez puissante aujourd’hui, car c’est probablement le dimanche de Pâques, et de petites autos, chargées de familles ravies de profiter du beau temps, passent rapidement sur le pont, dont les arbres se reflètent maintenant dans une eau très bleue, parfait miroir du ciel.

A nouveau, je ressens intensément mon isolement, mon désaccord avec une race usée. Ces gens vont à leurs petites affaires qui ne sont pas les miennes; et s’il faut m’exaspérer davantage, une cloche sonne à toute volée, cette fois ci du côté de Vitrac. Là-bas, des gens iront adorer faiblement, car le christianisme s’achève…

Aussi ne puis-je que bénir le hasard qui me donne un pur sanctuaire sur une discrète prairie inconnue des humains, un autel de pierre où je peux adorer la Lumière, et, secrètement, rendre un culte à l’Energie Primordiale. Et pourquoi donc secrètement ? Le temps est venu de tenir tête aux Hommes, presque ouvertement ! Sur ma prairie persiste une exquise odeur d’encens; les stupides cloches de Pâques achèvent de me pousser à la provocation : ici même, chaque jour, j’adorerai l’Univers sans me cacher aucunement ! Des fumées monteront vers le soleil. »

François Augiéras, Domme ou l’essai d’ocupation.

—————————————————————————————————

 

Advertisements