On pourrait dire qu’assis sous un pommier comme Merlin l’avait été longtemps avant lui, le druide laissa glisser son regard sur les visages des marcassins qui l’entouraient. Puis il ramassa deux pommes, tombées dans l’herbe juste à côté de lui. La première, il la coupa en deux, dans le sens de la hauteur et quand il tendit les deux parties aux regards de ses élèves, chacun d’entre eux put voir que le dessin, figuré en leur centre, ressemblait au sexe d’une femme, grand ouvert, à l’image de la Sheela-Na-Gig qu’on voit encore sur certaines églises ou les murs de cimetières irlandais et qui est la figuration de la Grande Déesse des Commencements ouvrant son ventre maternel pour engloutir les défunts et les faire renaître dans une nouvelle vie. En lui même, le symbolisme est intéressant, associé à celui des pépins (la fécondité), comme à celui du fruit lui même (la Connaissance druidique), qu’on associe traditionnellement à l’Autre Monde, et qui confère l’immortalité. Mais ce qui l’était tout autant, c’est quand le druide coupa l’autre pomme dans le sens horizontal et présenta à nouveau les deux moitiés aux regards de ses marcassins qui y virent tout de suite une Etoile à cinq branches.
Quand j’ai commencé à m’intéresser au druidisme et que je trouvais des allusions au Grand Livre de la Nature, j’ai commencé par me demander où j’allais bien pouvoir dénicher cet indispensable bouquin, avant de comprendre de quoi il s’agissait. Et regarder une pomme coupée en deux , c’est déjà feuilleter ce Grand Livre…
C’est le pan-celtique Lug, le Samildanach, qui représente la lumière physique stellaire ( les irlandais appellent la Voie Lactée, « la Chaîne de Lug ») et Sirona , la déesse gauloise dont le nom signifie « étoile » manifeste l’aspect lunaire de la Grande Déesse, et illustre la lumière visible dans la nuit .
L’ Etoile à cinq branches apparaît d’abord comme un signe de protection et certains y voient, quand elle est à l’envers avec les deux branches en haut, une connotation maléfique et satanique, surtout quand y figure la représentation de la tête d’un bouc. Mais dans la mesure où il faut être chrétien pour croire en l’existence du diable, païen,  je ne crois pas en l’existence d’un diable quelconque et considére le satanisme comme une simple déviance du christianisme. C’est pourquoi je vois plutôt dans cette figure cornue inscrite dans l’étoile inversée, une simple figuration de Cernunnos, sous l’aspect qui lui fait assumer son animalité, et la transcender pour s’élever au stade de l’Homme Cosmique, qu’on retrouve d’ailleurs, bras et jambes écartés, dans le pentagramme de l’alchimiste Agrippa.
L’Etoile à cinq branches est aussi le symbole du microcosme, de la totalité du monde sensible, de la quintessence des choses et des cinq éléments. On pense aussi aux cinq sens, symbolisés par les cinq courants, charriant les noisettes cassées par le Saumon, qui partent du bassin de la Fontaine de Sagesse et à l’importance de leur stimulation dans la Quête de la Connaissance.
Persigout, dans son « dictionnaire de mythologie celte » ajoute : « l’étoile à cinq branches, emblème d’immortalité, représente la Déesse Mère au cours des cinq stades de la vie : naissance, adolescence (initiation), maturité, vieillesse, mort et renaissance ». On voit que tous ces symbolismes se juxtaposent et s’interpénètrent pour parvenir à ce qui s’apparente à « un symbolisme total ».
Et puis, le pentagramme était le symbole préféré des Pythagoriciens (dont on sait les liens avec le druidisme) qui le traçaient sur leurs lettres en forme de salutation équivalant à « porte-toi bien ».
Cinq est le nombre des Dieux fondamentaux du panthéon celtique cités par César. Il est aussi la somme du premier nombre pair et du premier nombre impair, et à ce titre, il assure un rôle d’union et d’équilibre. Et comme il est en même temps le nombre du Centre, il est donc le nombre de l’union du principe céleste et du principe terrestre de la Mère. Principe de Vie pour tout dire.
L’Etoile à cinq branches est encore l’illustration le plus parfaite de l’application du Nombre d’Or (1,618) dont l’essentiel des propriétés géométriques est exposé dans les « Eléments de Géométrie » d’Euclide, et qui contient les idées d’équilibre, de mesure et d’harmonie car il engendre ce qu’on appelle la « divine proportion » (qui se retrouve partout à l’état naturel quand on prend le temps de « voir » la Nature).
Pour tracer une Etoile à partir du Nombre d’Or  à partir d’un carré ABCD, tracer un cercle de centre E (milieu de DC) et de rayon EB. L’arc coupe la droite DC en F. Monter la perpendiculaire jusqu’à G. On obtient un carré long AGFD de divine proportion. Tracer la droite IH pour que AH=BG. Du point B tracer un cercle de rayon BG. Du point H, tracer un cercle de rayon AH. Les cercles se coupent en K et L. Tracer la droite KM qui passe par H et la droite KN qui passe par B. Puis la droite MG et la droite NA.
Mis à part le Nombre d’Or et la divine proportion, ce qui est intéressant dans ce tracé, c’est qu’il s’élabore à partir d’un double carré ( carré = symbole du monde manifesté, donc de la Terre) et d’un double cercle ( cercle = symbole des puissances célestes, donc du Ciel) pour construire au sommet de l’Axe du Monde qui relie la Terre au Ciel, la brillante Etoile Polaire, symbole de la Grande Déesse des origines, centre de toute énergie, à laquelle s’accroche la voûte étoilée, en même temps que rappel de notre lieu d’origine.
Les chrétiens, passés maîtres dans l’art de la récupération ne se sont pas trompés sur l’importance du symbolisme de l’Etoile polaire dont ils ont fait l’étoile du berger, guide des rois mages, pour la naissance de leur dieu lors du solstice d’hiver.
C’est précisément au solstice d’hiver, c’est à dire dans quelques jours, que le sorbier atteint une grande puissance : dénudé et recouvert de givre, il semble couvert d’étoiles et exprime la manifestation de la lumière au moment le plus sombre de l’année. Arbre des déesses, plus particulièrement associé à Brigit, la Déesse Mère ( = Rhiannon = Rigantona), proche de l’eau et des rivières, il est au seuil de l’Autre Monde, comme au seuil de la nouvelle année solaire et ses fruits présentent la particularité, à l’opposé de leur tige, d’arborer une minuscule…étoile à cinq branches.
Pour continuer à feuilleter le Grand Livre de la Nature, on rappellera que l’Etoile à cinq branches symbolise la quintessence des choses. Or l’Oursin fossile qui symbolise les structures secrètes  et harmonieuses du monde associées au principe vital de l’Océan des origines et qui illustre toutes les potentialités et le principe de fécondité de toutes choses, présente lui aussi, sur sa coque, le dessin d’une…étoile à cinq branches…Son symbolisme l’assimile donc à l’œuf cosmique primordial que les bâtisseurs romans (détenteurs, dit-on, de la Connaissance druidique) ont souvent fait figurer lui même dans une …étoile à cinq branches .

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