Jacques Laurent est mort il y a dix ans aujourd’hui, le 29 décembre 2000 à Paris.

« Les grammaires sont des manuels d’éducation sexuelle. Nous ne pourrons jamais oublier que buffet est masculin et armoire féminine. A peine sait-on parler qu’on marie la grenouille et le crapaud, le tigre et la panthère, le parapluie et l’ombrelle. Le buffet en prenait aussitôt une solidité plus pataude que l’armoire, la grenouille auprès du crapaud trapu se trémoussait comme une bavarde et l’évidente frivolité de l’ombrelle confirmait la sexualité de ce vocabulaire. Les hommes se servent d’une épée, pourtant elle est toujours femelle pour moi, femelle du sabre. Malgré que j’en aie je distinguerai toujours par des impressions sexuelles la vaillance, du courage, la mer, de l’océan. En France nous attendons une mort plus feutrée, plus insidieuse qu’en Angleterre où elle est neutre. Même dans la cour du lycée Condorcet, la statue de l’instruction, parce que le vocabulaire l’exige, porte des mamelles; la République a les cheveux longs alors que l’Empire est un oiseau mâle et le criminel un gaillard grincheux poursuivi par une alerte jeune femme.
Ainsi était née ma sexualité.

Les Bêtises.

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