« Pour l’Histoire, pour forger du passé une série d’images conformes au bien pensant du moment, ce sont, en toute première ligne, fêtes et commémorations. Il est bien dommage que nos journaux qui, sur tant de sujets, pratiquent l’investigation, parfois jusqu’à l’indiscrétion ou l’impudeur, ne parlent pas davantage de la mirifique et surprenante institution gouvernementale appelée sans fausse honte le « Comité des célébrations nationales ». (…) Le citoyen de base serait certainement curieux de mieux connaitre cet organisme d’Etat qui, nullement occulte mais tout de même fort discret, s’arroge le droit de dire ce qui, des grands moments du passé, mérite d’être rappelé par des manifestations, toutes aux frais de l’ensemble des contribuables. (…)

Tout est occasion de parade et de propagande, de faire parler de soi et de dicter le vrai historique. Les fêtes nationales ne sont plus du tout des jours de rassemblement et de recueillement. L’État, l’opinion, se les approprie et en fait autre chose. Qui, en France, se souvient que le cirque patriotique, les défilés, bals populaires, liesse et violences, du 14 juillet, commémorent la Fête de la Fédération qui, en 1790, proclamait l’unité du pays et voulait renier les particularismes ? On ne pense qu’à la prise de la Bastille, un an plus tôt, et l’on porte aux nues cet étrange fait d’armes qui vit quelques centaines d’hommes et de femmes, leurs meneurs pris de boisson, délivrer sans coup férir six ou sept gredins ou demi-fous pour, en fin de triomphe, massacrer le gouverneur qui leur avait ouvert les portes. Les manuels sont, sur ce point, très discrets et, de toutes façons, n’y pourraient rien : pour l’opinion, le 14 juillet célèbre la Liberté et la victoire du peuple (sic) sur l’oppression. »

Jacques Heers, L’Histoire assassinée.

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