« Je crache sur la Russie » disait Lénine. C’était vrai pour les autres aussi. Les vainqueurs de la révolution [de 1917] ne se sentaient pas Russes, n’aimaient pas le peuple russe, et ils ne tardèrent pas à le lui prouver. C’étaient avant tout des intellectuels qui avaient une vision théorique et abstraite de la révolution. Et qui admiraient par dessus tout la révolution française, référence absolue, qu’ils connaissaient bien pour avoir vécu à plusieurs reprises en exil à Paris.

Les analogies ne manquent pas d’ailleurs entre les deux révolutions : toutes deux menées par une minorité au nom du peuple, elles se sont toutes deux accompagnées de terreur comme moyen de gouvernement -une terreur destinée dans les deux cas à « régénérer » l’humanité en éliminant les nuisibles-, elles se sont toutes deux réclamées des droits de l’homme pour mieux les violer systématiquement, elles ont toutes deux espéré propager l’incendie aux pays voisins, elles ont toutes deux massacré leurs rois pour, du passé, faire table rase et construire un ordre nouveau.

Et enfin, elles ont toutes deux été favorables aux juifs : la révolution française les a émancipés en 1791, la révolution bolchevique a interdit l’antisémitisme sous peine de mort dès 1918.

On peut même affirmer que la révolution bolchevique est l’enfant monstrueux et abouti de la révolution française. Et que c’est là la vraie raison pour laquelle le régime qu’elle a engendré continue à bénéficier, encore aujourd’hui, malgré ses crimes et ses faillites, d’une secrète tendresse et d’une coupable indulgence de la part de ceux qui, en France, n’ont pas eu à le subir.

 

Anne Kling, La France LICRAtisée.

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