« La France a toujours été une étoile polaire sur le plan intellectuel. Pourtant j’ai l’impression qu’aujourd’hui elle est dans une impasse. Il faut aussi dire qu’à la différence de l’Italie, qui est une colonie depuis soixante-six ans, la France a joué pendant des décennies un rôle dans le monde. Son abdication géopolitique rapide en Afrique, son abdication civilisationnelle, graduelle mais accélérée, dans l’Hexagone même, bien que compensées par des intérêts boursiers et par des participations aux trafics les plus obscurs de l’Amérique Latine desquels la France n’avait jamais profité avant, ont dépossédé d’un coup les Français de tout optimisme en cette première décennie du siècle. Ne serait-ce que sur le seul plan économique.

Chiffres en main, bien que plus riches en salaire, les Français ont payé beaucoup plus que nous autres Italiens la crise économique mondiale déclenchée par la finance.

Par ailleurs la culture française est en recul, y compris dans les écoles de l’Hexagone où la langue est devenue un succédané pour tout nain inculte et un bien rare et précieux chez les moins de 45 ans. En dehors de quelques millionnaires francocosmopolites, personne n’a de raisons d’être enthousiaste vis-à-vis de la situation que connaît la France actuellement. Et, en l’absence d’une culture et d’une philosophie — qui ont été démantelées scientifiquement par des professeurs imbus de psychopathies gauchisantes — il est même difficile de trouver un dépassement du désespoir dans le monde de l’art. Ni joyeux ni tragiques, les Français se sentent confinés aujourd’hui dans la détresse. Un peu comme les Américains qu’ils se sont pris à imiter depuis un quart de siècle. Et comme les citoyens américains subissent et ne partagent pas les conquêtes des oligarchies qui les gouvernent, les citoyens français font de même par rapport à leurs princes vivant dans une autre dimension faite d’abstractions. Le but à atteindre pour se forger un futur est bien celui de ne pas voir ce processus de dépossession s’étendre à toute l’Europe. Il faut, pour cela, vouloir et savoir. La volonté et la connaissance : ceux contre qui la machine infernale à broyer la civilisation emploie tous ses moyens. Le défi est grand mais la volonté peut l’être davantage. Et si elle se nourrit de connaissance rien n’est joué définitivement. Rien. »

Propos de Gabriele Adinolfi recueillis par Yann Kermadec pour « RIVAROL ».

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