[fait prisonnier en 1940, le caporal Jacques Perret n’a qu’une idée en tête : s’évader du camp où il est enfermé]

« Le réveil aux pigeons est un joli souvenir de Parisien. Plumes bouffantes et jabot rengorgé, oeil mi-clos, il roucoule sur la poterie rouge et le doux vrombissement descend par la cheminée comme un soleil vibré. Je sais alors que le premier rayon vient de jaillir du beffroi de la gare de Lyon pour caresser l’auguste cime du cèdre de Linné. La concierge d’en face battra bientôt son tapis brosse. Il y a des jours où je me demande sérieusement si tout cela n’est pas interdit à jamais. Faudra bien qu’on s’y fasse à leur ordre nouvreau, eh oui ! les bouteilles auront leur goulot au cul, les bâtons n’auront plus qu’un bout, le Pont Neuf sera suspendu à vie et Saint Médard ira sonner ses cloches à Passy. Tout ça sans nous consulter. Pauvre petit! Pense donc un peu à Vercingétorix, à Du Guesclin, à François Ier, au Masque de Fer, voilà des gars qui avaient le droit, comme on dit, de l’avoir à la caille. Très salutaires ces confrontations historiques. J’échangeais volontiers mes impressions avec ces héros devenus plus familiers dans l’intimité du cachot. Certes j’entrais dans les grandes prisons de l’histoire par la toute petite porte mais Jean le Bon à la Tour de Londres était mon compère et François Ier me racontait de curieuses choses sur les bouteillons madrilènes et la gamelle espagnole, sur sa relève par les Enfants de France désignés par Charles Quint, sur tous les ignobles marchandages de l’Empereur. « Et où en sommes-nous, disait-il, avec cette Allemagne ? Et m’apprendrez vous pourquoi M.Lavisse m’a tiré si perfidement dans les jambes au profit du tortueux Empereur ? M’en veut-on encore pour Pavie ? -Non, Sire, ce serait plutôt pour Marignan. Vous brillâtes un peu trop et la mission des cuistres est de souffler les lumières. » Laissant là ce prince qui en avait trop à apprendre, je cherchais alors la compagnie d’autres grands captifs et notamment celle d’évadés célèbres tels que Latude et le baron de Trenck qui m’enseignaient la modestie par le récit de leurs prouesses. C’est bien ce que je pensais, ma cellule est dérisoire et mes exploits jeux d’enfants. Encore que Latude et Trenck n’eussent pas à s’inquiéter d’une giclée de mitraillette dans le derrière. Oui, au fait, ne nous emballons pas sur les héros. D’un crabe pris par une patte et l’abandonnant pour se trisser, dit-on qu’il est un héros ? On aurait même tendance à traiter d’imbécile le passereau en cage qui se casse la tête aux barreaux. »

Jacques Perret, Le caporal épinglé.

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en face de cette jolie page au style étincelant, je me contenterai de citer le mari de la chanteuse, s’adressant à Philippe de Villiers : « Toi tu aimes la France, son histoire, ses paysages. Moi, tout cela me laisse froid. Je ne m’intéresse qu’à l’avenir … »

sans commentaire…

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