« Les uns après les autres, ils tournèrent leur visage vers Léonidas, qui se tenait droit et calme au centre de la ligne. En cet instant il était plus que leur général et plus que leur roi. Il était l’incarnation de Sparte, le symbole du courage et de la discipline qui les maintenaient à leur poste sans faiblir, devant un ennemi supérieur en nombre. Il était aussi leur ami, celui qui partageait avec eux leur brouet de blé noir et leur fromage de chèvre, celui qui plaisantait avec eux, qui pouvait battre chacun d’eux à la lutte et lancer le javelot plus loin qu’aucun autre.

2 à 300 pas seulement séparaient encore les deux groupes et la marche des Perses s’accélérait. Puis il n’y eut plus que 200 pas, 150… Les Spartiates étaient soudés les uns aux autres, boucliers contre boucliers, en un mur impénétrable hérissé de lances. Les Perses levèrent leurs boucliers et chargèrent.

Mardonios, maréchal de camp des Perses, commandait l’attaque en personne. Sous ses yeux, les Perses se battaient furieusement, chargeant les Spartiates à cent contre un, et toujours, les officiers derrière eux les fouettaient jusqu’au sang. Des douzaines d’entre eux culbutèrent par-dessus le bord de la falaise dans la mer en contrebas. Des centaines furent piétinés. Les Spartiates ne cédaient pas un pouce de terrain, se battant comme des démons, abattant les Asiates jusqu’à ce que le sol fut trempé de sang. Leurs lances ne tardèrent pas à se briser dans la violence de la mêlée; ils continuèrent avec leurs épées. Ils ne pouvaient résister longtemps à une telle pression, mais ils allaient vendre chèrement leur vie. Même blessés, même abattus, même couverts de sang, ils frappaient encore les Perses qui déferlaient au dessus d’eux. Chaque fois qu’un Spartiate tombait, son ilote prenait sa place. Dominant les hurlements des Perses, montait encore, invincible et clair, le cri « Eleleu! » invocation des Spartiates au dieu de la guerre. »

Roderick Milton, Va dire à Sparte. Robert Laffont.

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