« Le navire, pillé par nous, coula lentement, pendant les premières heures de la nuit. Longtemps nous vîmes briller, comme un ver luisant, la lumière d’une lanterne abandonnée dans la gabie. Puis la lumière s’éteignit à son tour.

Nous autres, rassemblés sur le pont, nous mangions rapidement pour réparer nos forces ; le punch servi par le coq et le contremaitre coulait en flammes vertes dans les écuelles de terre.

George Merry, les deux lèvres avancées en moue sur le fin tuyau de sa pipe en terre de Gouda, tâtait les éraflures de son navire, comme un chirurgien la plaie d’un blessé. « Ah ! Ah !… » faisait-il avec indignation. Une indignation feinte, car le pont de l’Étoile-Matutine était encombré de marchandises de prix et de captives que nous avions sauvées du navire pour des raisons faciles à comprendre. »

Pierre Mac Orlan, A bord de l’Étoile-Matutine. Livre de Poche.

(illustration N.C.Wyeth)

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