« Les philosophes grecs prétendent que les Dieux ont fui hors du monde, ou quelque chose de la sorte. Ils soutiennent à ce qu’il paraît que le monde est comme une machine, avec sa mécanique, et que les Dieux la regardent de loin mais ne s’en soucient pas.

– Que t’importe ce que pensent les Grecs ? Ils se moquent bien, eux, de ce que pensent les barbares(…)

– Ils sont intelligents. Il ne faut pas négliger leurs spéculations philosophiques. D’où leur vient alors cette idée étrange que les Dieux sont indifférents au monde ? Bite d’aurochs, quelle sorte de dieux est-ce là ? Les philosophes n’entendent-ils donc jamais la voix divine ? (…)

Je me calai confortablement contre une charrette, et commençai de raisonner.

– Il faut partir du commencement et produire un discours logique à la mode des philosophes. Ce que disent les Grecs est que ce qui existe est de l’être, et ce qui n’est pas de l’être, du non-être. Cette distinction si sommaire leur pose des problèmes insurmontables, par exemple : si l’on exclut la création par les Dieux afin de raisonner avec rigueur, comment l’être a-t-il pu surgir du non-être ? Tu vois bien que c’est chose impossible : il faut donc admettre que ce qui existe a toujours existé. Mais si l’être a toujours été, et que le non-être n’est pas, comment les changements qui affectent les êtres sont-ils possibles ? Car le changement, cela implique qu’un état donné de l’être est passé au non-être. Donc que le non-être existe au cœur même de l’être. Ou bien que tout changement est impossible.

– Par la vache cornue ! S’exclama Tarvo. Est-ce cela, la philosophie des Grecs ? C’est bien de la masturbation de mangeurs d’ail. Autant me demande d’avaler une potée de gratte-cul ! (…)

– Je suis bien d’accord avec toi (…) A-t-on besoin de démonstrations logiques ? Il suffit d’avoir des yeux pour regarder ! Le vice des Grecs est de tout réduire au seul raisonnement qui n’est que la part la plus étroite de l’intelligence. Nous, Celtes, nous pensons aussi avec notre peau, nos oreilles et nos yeux… Vois chaque saison qui revient à sa juste place ; vois la mathématique parfaite que circonscrivent les étoiles autour de nous, et comment chaque année ressemble à l’année qui la précède ; vois comment les abeilles fabriquent le miel sans faillir une seule fois, et la logique du chien qui toujours naît du chien ! La raison divine gouverne le monde de l’intérieur ; sinon tout cesserait de perpétuer sa raison d’être. Ton œil ne désapprendrait-il pas à voir si les Dieux étaient loin, et ton ventre n’oublierait-il pas l’intelligence de la digestion ? Comment ta chair blessée saurait-elle quand il faut qu’elle cicatrise, et de quelle manière se refermer ? Le monde n’est pas mécanique, il est VIVANT ! Il est intelligent à chaque seconde et sait, quand il le faut, changer ses plans ! La machine de l’artisan le peut-elle ? »

Cécile Guignard-Vanuxem, Vercingétorix, le Défi des Druides. Éditions Cheminements.

***

(NDR) Les mangeurs d’ail, il s’agit ici, bien évidemment, des philosophes grecs qui essorent leur intelligence en questions vaines et finissent par tourner en rond … pourtant, je n’ai pu m’empêcher en essayant de suivre la démonstration que Tarvo appelle à juste titre « masturbation » , de me croire dans une de ces discussions comme les affectionnent aujourd’hui bon nombre de druidisants… Aliam vitam, alio mores …

(branlette de bouffeurs d’ail : mon vocabulaire s’est enrichi, à l’occasion, d’une nouvelle et riche expression … 😉 )

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