« Vous me parlez de la loi de la jungle, et il se trouve que j’y suis tout à fait opposé ; mais alors dites-moi comment vous appelez ce paysage actuel où l’on voit frémir de l’échine tant de hyènes communautaires qui ne s’excitent qu’à la perspective d’imposer par le chantage au gouvernement le vote de lois répressives, et dont les babines dégoulinent de joie à la perspective du paradis qui s’offrira à leurs ébats lorsque ces lois seront enfin promulguées ? Je trouve cette jungle-là, cette jungle sociétale, encore mille fois plus alarmante que l’autre, ne serait-ce que parce que personne n’en semble horrifié. L’envie du pénal gronde partout. Jamais la liberté n’a été plus haïe. De plus en plus de maniaques travaillent du droit comme on travaillait du chapeau. Je sais très bien que la vie en société impose des contraintes. Mais les mensonges de ceux qui veulent encore les accroître par de nouvelles lois, et leur capacité de manipulation effrénée de tout, chiffres, statistiques, faits-divers, etc., deviennent stupéfiants, et se résument en fin de compte à une guerre honteuse et hystérique contre ce qui reste de l’humanité. Ce sont les véritables nihislistes et les véritables haïsseurs de la vie. Ils apsirent au pouvoir pour y faire régner leurs destructions et leurs délires. Ils veulent réduire l’humanité c’est-à-dire la liberté, comme les écologistes « profonds » veulent remplacer cette même humanité par la chouette mouchetée, et comme les dingues de la santé veulent non pas supprimer le plaisir mais faire oublier jusqu’à son souvenir. Ces nouveaux persécuteurs ont le mensonge pour méthode, la pression constante pour stratégie, des « observatoires » de toute nature comme ouvrages fortifiés, et un style d’appel à la mobilisation facilement identifiable : toutes leurs phrases commencent par « : « A l’heure où ». C’est le style de l’état d’alerte, de la levée en masse. On peut l’appeler l’Aleurou. « Aleurou l’extrémisme devient extrême » ; « Aleurou le combat s’impose » ; « Aleurou l’intolérance galope » ; « Aleurou le repli menace » ; « Aleurou les femmes sont battues » ; « Aleurou les homosexuels sont persécutés » ; « Aleurou l’ironie fait rage contre les handicapés ». Etc. Il n’y a plus qu’à espérer que leurs croisades échoueront. Que toutes leurs croisades sans exception échoueront. En tout cas, c’est la seule chance que l’on ait de revoir un jour une vie humaine. »

Philippe Muray, Festivus Festivus. Champs essais.

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